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Le Roméo et Juliette de Maillot entre au Capitole

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Opéra national du Capitole, Toulouse. 28-X-22. Ballet de l’Opéra national du Capitole : Roméo et Juliette. Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot. Musique : Sergueï Prokofiev. Scénographie : Ernest Pignon-Ernest. Costumes : Jérôme Kaplan. Lumières : Dominique Drillot. Maîtres de ballet des Ballets de Monte-Carlo : Bernice Coppieters, George Oliveira, Bruno Roque, Asier Uriagereka. Avec les Étoiles, les Solistes et le Corps de ballet du Ballet de l’Opéra national du Capitole, direction de la danse : Kader Belarbi. Maîtres de ballet : Gabor Kapin et Erico Montes. Orchestre national du Capitole, direction musicale : Garrett Keast. Production des Ballets de Monte-Carlo.

Pour la première fois, une compagnie française, le Ballet de l’Opéra national du Capitole, inscrit à son répertoire le Roméo et Juliette de , créé en 1996 pour les Ballets de Monte Carlo. Une version plutôt musclée du drame légendaire des amants de Vérone.

Pas moins de quatre maîtres de ballet des Ballets de Monte Carlo, dont , créatrice du rôle de Juliette à Monaco, ont fait le déplacement aux côtés de pour remonter le ballet et le transmettre aux danseurs du . Aux côtés des versions de Noureev, mais aussi de Mats Ek ou Preljocaj, la version de Roméo et Juliette par Jean-Christophe Maillot suit la dramaturgie de la pièce de Shakespeare, mais adopte un point de vue original : la présence comme un messager de malheur du frère Laurent qui pressent le drame à venir. Tout le monde connaît l’histoire : deux familles patriciennes, les Capulet et les Montaigu, qui se vouent une haine tenace, dont font fi Roméo, fils Montaigu et Juliette, fille Capulet, qui s’éprennent l’un de l’autre au détour d’un bal. Mais on ne conjure pas son destin et l’histoire finira mal, forcément.

Jean-Christophe Maillot met en scène tous les passages obligés du ballet : le marché, le bal et bien sûr la scène du balcon, matérialisé par une rampe descendant jusqu’au plateau recouvert d’un tapis de danse blanc, puis la scène du mariage, avec la jolie trouvaille d’un léger dai blanc articulé. C’est l’artiste de rue qui a imaginé ce dispositif scénique d’une grande sobriété, constitué de panneaux incurvés blancs, modulables à l’envi, qui évoquent les feuilles blanches qu’il épingle dans son atelier. Aucune image ne vient cependant orner ce décor austère, si ce n’est le croquis d’un palais Renaissance et la bande-annonce du spectacle calligraphié de son écriture.

La chorégraphie, en revanche, est chargée et volubile. Sur la partition de Prokofiev, jouée à un train d’enfer par un Orchestre du Capitole branché sur la nuance fortissimo, ensembles, duos et trios se croisent et se juxtaposent ne laissant quasiment aucun répit aux danseurs. La musique de Prokofiev est-elle indansable, comme le prétendait les musiciens du Kirov en 1940 ? L’histoire de la partition est pour le moins rocambolesque et ne fut figée dans sa forme actuelle qu’en 1986, avec de nombreux ajustements effectués par le compositeur à la demande des interprètes !

Les danseurs du Ballet de l’Opéra national du Capitole relèvent en tout cas le défi haut la main ! Les parties chorégraphiques des garçons sont plutôt musclées et viriles, celles des filles, sur pointes, énergiques mais un peu périlleuses car le tapis de danse blanc est glissant. Roméo, incarné par , est un jeune homme plutôt espiègle et frondeur dans la première partie, tandis que Juliette, dansée par l’incontournable , étoile du Ballet de l’Opéra national du Capitole, est une jeune fille qui oscille entre timidité et effronterie. Dans la deuxième et la troisième partie, son interprétation est un peu perturbante, car elle incarne la douleur et la colère d’une manière trop sérieuse pour le rôle. Parmi les seconds rôles, mention spéciale à , qui danse une Lady Capulet impériale, particulièrement vengeresse dans son solo après la mort de Tybalt et à Pâris, le prétendant de Juliette, incarné par , toujours étonnant. , la nourrice, est tout aussi savoureuse, grâce à son caractère enjoué, particulièrement quand elle est houspillée par le trio d’amis formé de Roméo, Mercutio et Tybalt.

Dans cette version signée Jean-Christophe Maillot, le frère Laurent a parfois le pouvoir de figer une scène, de stopper ou de ralentir le rythme de l’action, comme lorsque le drame se noue après l’agression mortelle de Mercutio par Tybalt, puis l’étranglement insoutenable de celui-ci par Roméo (modalité que Juliette utilisera à son tour pour se suicider) dans un tableau spectaculaire. Pas de prince régnant intimant l’ordre de s’exiler à Roméo mais un destin qui continue de s’incarner à travers la figure de frère Laurent et de ses deux acolytes, dans une lecture qu’aurait pu faire Roland Petit.

La scène de la chambre, où les deux amants se retrouvent est d’abord colérique puis lyrique. C’est une Juliette déchaînée que l’on voit sous les traits de dans un duo glaçant et un peu trop long avec frère Laurent alors que paradoxalement, les duos avec Roméo sont presque toujours les plus courts. Les proches de Juliette se succèdent près de son linceul, la nourrice, puis Lady Capulet et quand Roméo arrive, on ne comprend pas qu’il devait être prévenu par un message du frère Laurent. La fin, avec un frère Laurent qui revient comme un ange du malheur, n’en paraît que plus absurde et déchirante.

Crédits photographiques : © David Herrero

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Opéra national du Capitole, Toulouse. 28-X-22. Ballet de l’Opéra national du Capitole : Roméo et Juliette. Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot. Musique : Sergueï Prokofiev. Scénographie : Ernest Pignon-Ernest. Costumes : Jérôme Kaplan. Lumières : Dominique Drillot. Maîtres de ballet des Ballets de Monte-Carlo : Bernice Coppieters, George Oliveira, Bruno Roque, Asier Uriagereka. Avec les Étoiles, les Solistes et le Corps de ballet du Ballet de l’Opéra national du Capitole, direction de la danse : Kader Belarbi. Maîtres de ballet : Gabor Kapin et Erico Montes. Orchestre national du Capitole, direction musicale : Garrett Keast. Production des Ballets de Monte-Carlo.

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