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Mathieu Ganio et Amandine Albisson subliment le Roméo et Juliette de Noureev

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Paris. Opéra Bastille. 26-III-2016. Ballet en trois actes d’après William Shakespeare. Musique: Serguei Prokofiev. Chorégraphie, mise en scène: Rudolf Noureev, réglées par Patricia Ruanne et Frederick Jahn. Décors: Ezio Frigerio. Costumes: Ezio Frigerio, Mauro Pagano. Lumières: Vinicio Cheli. Roméo: Mathieu Ganio. Juliette: Amandine Albisson. Tybalt: Karl Paquette. Mercutio: François Alu. Benvolio: Fabien Révillion. Rosaline: Héloïse Bourdon. Pâris: Yann Chailloux.

romeo-et-juliette_mathieu-ganio_amandine-albisson_3Autour du couple  harmonieux formé par et , une distribution sans fausse note donne toute la mesure du chef-d’œuvre de .

Roméo et Juliette. Rien que le titre est évocateur et plein de promesses. La célébrissime tragédie de William Shakespeare est devenue le symbole de l’histoire d’amour tragique. Les attentes sont d’emblée immenses. On espère « et transir et brûler ». On voudrait du sang et des larmes, de la passion et de la violence. Le succès du spectacle repose bien entendu sur le couple choisi pour incarner Roméo et Juliette. Mais les seconds rôles – Mercutio, Benvolio et Tybalt – ont toute leur importance.

De prime abord, on pouvait s’interroger sur le duo formé par et . Ils ont su s’imposer comme un couple harmonieux et intense.
Mathieu Ganio était tout désigné pour être le parfait Roméo. Sa technique est toujours aussi précise et élégante, ses bras et ses mains dessinent dans l’espace des lignes d’une pureté absolue. Mais ses qualités d’interprète ont longtemps été en-deçà de ses qualités techniques. On lui a reproché un jeu trop lisse et une interprétation un peu figée. Aucun de ces défauts ne transparaît ici. Il interprète un Roméo sensible et rêveur, qui observe d’un œil amusé et distrait les facéties de ses amis Mercutio et Benvolio. Il parvient à allier romantisme et  sensibilité sans tomber dans la mièvrerie. Son personnage prend de l’épaisseur lorsqu’il en vient à tuer Tybalt et que son amour pour une Capulet devient une trahison. L’interprétation fine et musicale de Mathieu Ganio révèle un artiste complet qui a gagné en profondeur au fil des années.

Amandine Albisson se démarque par sa fraîcheur et sa vivacité. Son travail du haut du corps est remarquable, tout en souplesse et en fluidité. Elle parvient subtilement à faire évoluer le personnage de Juliette, jeune fille insouciante et espiègle dans le premier acte, qui devient une femme à travers l’amour que lui inspire Roméo, puis une amante désespérée, capable de mourir d’amour. Sa transformation à la fin du deuxième acte, lorsqu’elle découvre le cadavre de son cousin Tybalt et comprend que Roméo en est l’assassin, est poignante.
L’alchimie avec Mathieu Ganio est excellente, sinon parfaite. Les duos expriment toutes les étapes du sentiment amoureux, de la découverte étonnée de l’amour, à la passion puis au déchirement provoqué par la séparation et la mort. Ils parviennent à susciter l’émotion, sans toutefois nous bouleverser complètement.

Romeo et Juliette Julien Benhamou ONPAu-delà du couple central, les personnages de Mercutio et Tybalt sont essentiels à la réussite du spectacle. La prestation réalisée par en Mercutio est en tout point remarquable. Par sa présence scénique et son charisme il est capable d’éclipser n’importe quel autre danseur. Il campe un Mercutio potache et espiègle, dont les pitreries et les mimiques sont irrésistibles. On lui découvre un potentiel comique, clownesque même, en plus de sa technique explosive. Celui qui ne prend rien au sérieux – pas même la rivalité avec les Capulet – ne croit pas à sa propre mort, qui est interprétée par ses amis comme une farce supplémentaire. Seulement cette fois, Mercutio, frappé par Tybalt, ne se relèvera pas. Cette mort marquée par le fatum sonne la fin de l’insouciance. Roméo, malgré lui, doit s’engager dans le cycle des représailles, et respecter la loi de l’honneur qui lui impose de venger son ami et l’affront fait à sa maison.
est très à son aise en Tybalt. Il excelle dans ces rôles sombres qui lui permettent de faire ressortir ses qualités de comédien. Peut-être a-t-il manqué à son personnage la dimension tragique, qui tranche avec l’insouciance de Mercutio. On a parfois l’impression qu’il reste dans le second degré lorsqu’il croise le fer avec Mercutio. Il est néanmoins capable d’affirmer avec talent sa personnalité face à , dont la présence peut être écrasante pour ses partenaires.
Le trio formé par Roméo, Mercutio et Benvolio, incarné par , fonctionne à merveille. La complicité entre les trois danseurs est parfaite et parvient à nous faire croire à cette amitié entre trois personnalités très différentes mais complémentaires.
Enfin, n’oublions pas , qui incarne une Rosaline vive et piquante, avec une technique toujours aussi précise et délicate.

Le ballet en lui-même, créé en 1984, a été pensé par Noureev comme une œuvre d’art totale. Les décors et les costumes sont majestueux, avec des nuances de couleurs dans les tons mordorés et un éclairage subtil qui scande les étapes de l’intrigue. Le rythme, qui fait souvent défaut dans les ballets classiques, est parfaitement mesuré. Noureev est parvenu à susciter un mouvement continuel dans les ensembles, animés par la somptueuse partition de Prokofiev. Les affrontements entre Montaigu et Capulet, dans le premier acte, rappellent l’esthétique maniériste, avec des couleurs vives, des corps en torsion et des groupes foisonnants de personnages imbriqués et en mouvement. Tout est fait pour envoûter et subjuguer le spectateur.

Il est rare de trouver réunis une telle conjonction de talents et une telle réussite chorégraphique, sur une musique qui est un chef-d’œuvre à part entière. Cette distribution est un sans faute, du début à la fin.

Crédits photographiques: © Julien Benhamou / Opéra national de Paris

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Paris. Opéra Bastille. 26-III-2016. Ballet en trois actes d’après William Shakespeare. Musique: Serguei Prokofiev. Chorégraphie, mise en scène: Rudolf Noureev, réglées par Patricia Ruanne et Frederick Jahn. Décors: Ezio Frigerio. Costumes: Ezio Frigerio, Mauro Pagano. Lumières: Vinicio Cheli. Roméo: Mathieu Ganio. Juliette: Amandine Albisson. Tybalt: Karl Paquette. Mercutio: François Alu. Benvolio: Fabien Révillion. Rosaline: Héloïse Bourdon. Pâris: Yann Chailloux.

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