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La Messe en si par le Bach Collegium Japan : du métier et de la ferveur

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Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 7-XI-2022. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Messe en si mineur BWV 232. Aki Matsui et Joanne Lunn, sopranos ; Alexander Chance, contre-ténor ; James Gilchrist, ténor ; Christian Immler, basse. Bach Collegium Japan, direction : Masaaki Suzuki

Au milieu de sa tournée européenne, la première depuis la pandémie, l’ensemble de est accueilli dans la grande salle de la Philharmonie pour son étape parisienne.

 

À voir le chœur relativement réduit, à quatre par voix, on peut avoir des craintes pour l’équilibre sonore. Mais si effectivement les chanteurs, même renforcés par les solistes, peuvent paraître en léger retrait dans le premier Kyrie ou au début du Gloria, la suite fait penser qu’il s’agit plutôt d’un choix de progression dans l’intensité musicale. Le deuxième Kyrie eleison, fugué, a ainsi beaucoup plus de force, de même que la suite du Gloria. , d’ailleurs, veille constamment aux équilibres, et plus le concert avance, plus on sent que tout est pensé et travaillé pour une montée en puissance, pour une augmentation de la ferveur qui trouve son plein accomplissement dans le Dona nobis pacem final. Avec cela, aucun musicien n’en fait jamais trop et ne donne l’impression qu’il n’y a pas dans l’écriture de Bach tout ce qu’il faut pour donner toute sa puissance et sa signification au texte. Ceux qui craignaient une Messe en si de routine ont de quoi être rassurés !

Les solistes sont en plein harmonie avec cette conception, en particulier , soprano 1 impeccable en tous points, et , solide et éloquent comme à son habitude. , à qui échoient les deux airs a priori les plus attendus (Qui sedes et Agnus dei), fait preuve du souffle nécessaire et d’une qualité d’élocution supérieure. Par rapport à d’autres de ses prestations, son timbre toujours superbe, s’est quelque peu arrondi. a beaucoup de métier et fait preuve d’une musicalité sans faille, ce qui lui permet de compenser un timbre quelque peu inégal. Ses accents d’humilité et de reconnaissance dans le Benedictus sont touchants. La seule déception de la soirée vient de , qui a ce jour-là un vrai problème d’émission empêchant sa voix de s’imposer. C’est d’autant plus dommage que l’investissement et la qualité musicale ne sont pas en cause. L’équilibre est cependant un peu meilleur dans le duo Et in unum Dominum avec .

Après la pause, située entre le Gloria et le Credo, les solistes masculins ne chantent plus avec le chœur (sauf pour le Dona nobis pacem final). Économisent-ils leurs voix pour leurs airs ou est-ce un choix visant à préserver l’homogénéité d’une formation à laquelle ils n’appartiennent pas ? Toujours est-il que leur absence ne se fait pas ressentir dans les sublimes pages chorales du Credo et du Sanctus, maîtrisées et habitées comme rarement. Le Crucifixus en particulier bénéficie d’un mélange de force et de finesse tout à fait saisissant.

Les instrumentistes sont impeccables d’un bout à l’autre, et, que ce soit dans des solos ou non, chacun ressort avec clarté lorsqu’il le faut. Seul l’orgue positif est totalement noyé dans la masse, et malgré toutes les excellentes et implacables raisons qui ont dicté le choix de cet instrument, on ne peut s’empêcher de regretter que l’orgue de concert de la Grande salle n’ait pu être utilisé pour apporter encore plus de splendeur à cette magnifique soirée.

Crédit photographique : Masaaki Suzuki © Marco Borggreve

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Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 7-XI-2022. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Messe en si mineur BWV 232. Aki Matsui et Joanne Lunn, sopranos ; Alexander Chance, contre-ténor ; James Gilchrist, ténor ; Christian Immler, basse. Bach Collegium Japan, direction : Masaaki Suzuki

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