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Éloge de la légèreté par Anne Teresa De Keersmaeker sur les « Sonates du Rosaire » de Biber

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Lyon. Maison de la danse. 8-XI-2022. Mystery Sonatas / for Rosa. Chorégraphie : Anne Teresa De Keersmaeker. Interprétation : Lav Crncevic, Sophia Dinkel, José Paulo Dos Santos, Rafa Galdino, Frank Gizycki, Mariana Miranda, Mamadou Wagué. Musique : Mystery Sonatas, Heinrich Ignaz Franz Biber. Musiciens : Gli Incogniti (enregistrement). Violon et direction musicale : Amandine Beyer, viole de gambe Baldomero Barciela Varela, théorbe et guitare baroque : Ignacio Laguna Navarro, archiluth : Francesco Romano, clavecin et orgue : Anna Fontana. Scénographie et lumières : Minna Tiikkainen. Direction des répétitions : Diane Madden. Costumes : Fauve Ryckebusch

À la Maison de la danse de Lyon, Mystery Sonatas / for Rosa, la nouvelle chorégraphie de l’incontournable enchante par sa légèreté et sa rigueur géométrique épousant les chapelets baroques d’, dont les sonates, écrites en 1676, résonnent en trois temps bibliques, évoquant « les Mystères sacrés de la vie de la Vierge Marie ».


Ces quinze Mystères se divisent en trois cycles : cinq sonates expriment la joie (de la naissance du Christ), les cinq suivantes la douleur (de sa passion) et les cinq dernières la gloire (de sa résurrection). La danse géométrisée, suivant des tracés bien rodés, plus ou moins apparents en fonction de la variation des lumières au sol, épouse la musique et les silences en évoquant les pétales des roses ; les danseurs se détachant les uns des autres.

, maîtresse en matière d’alchimie entre la musique et la danse, propose dans Mystery Sonatas / for Rosa ces sonates pour violon et autres instruments baroques d’, dans leur intégralité – ce qui donne 2h15 de danse aérienne, frénétique et au cordeau de haute volée -, en suggérant que « sub rosa », sous la rose, l’indicible peut être dansé. Elle y parvient avec grâce et précision par la magie de sept danseurs inouïs, en solos, duos, trios, etc. ou tous ensemble, dansant des gigues, des allemandes ou des courantes, exultant de joie glorieuse en des jetés fulgurants dans la dernière partie du ce spectacle époustouflant où les costumes sombres du début laissent place à plus de nudité, au blanc de la résurrection et aux couleurs de la gloire en des toiles de soie légères (le bleu de Marie, le rouge du sang versé, le vert de l’espoir). Par le titre de son spectacle, Anne Teresa De Kerersmaeker dédie cette œuvre aux Rose, femmes résistantes, qu’elle admire : la peintre Rosa Bonheur, la révolutionnaire Rosa Luxemburg, l’activiste noire Rosa Parks, son professeur de latin Rosa Vergaelen, et Rosa, une jeune activiste pour le climat de quinze ans, morte à Marcourt, en Belgique, pendant les inondations de juillet 2021.


La chorégraphe poursuit ainsi son long cheminement avec le symbolisme de la rose (comme le nom de sa compagnie, Rosas, créée en 1983), qu’elle semble envisager comme la possibilité de faire parler la musique en la dansant méthodiquement, tout en finesse et subtilités, proposant ainsi une forme de révolte très dynamique, passant par le corps dansé et le danser-ensemble (ou pas). On se souvient de son solo Fase, sur la musique de Steve Reich, qui a déclenché son écriture chorégraphique bien singulière, toute en répétition et circularité hypnotique ; elle avait conçu ce solo fondateur dans son petit studio à New-York, en tournoyant sans faille sur la musique répétitive. On retrouve encore ici les grands mouvements dansés qui ponctuent son opus, à savoir : suivis géométriques, circulaires, répétitifs, enlevés, extrêmement précis, respectant chaque soubresaut de la musique. Cette dernière est jouée de mains de maitres sous la direction de la violoniste et son ensemble . La partition est un exercice de style très calé, car elle impose des techniques de « scordatura », accorder certaines cordes du violon à des hauteurs inhabituelles. Les Mystery Sonatas/ for Rosa démontrent qu’Anne Teresa de Keersmaeker est la grande maestra en matière de noces subtiles entre musique et danse, qu’elle sait indéniablement faire parler la danse pour dire quelque chose de fort non seulement de la musique, mais du monde, de ce que nous avons à transmettre en terme de beauté, de rigueur et d’espoir.

Crédits photographiques : © Anne Van Aerschot

 

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Lyon. Maison de la danse. 8-XI-2022. Mystery Sonatas / for Rosa. Chorégraphie : Anne Teresa De Keersmaeker. Interprétation : Lav Crncevic, Sophia Dinkel, José Paulo Dos Santos, Rafa Galdino, Frank Gizycki, Mariana Miranda, Mamadou Wagué. Musique : Mystery Sonatas, Heinrich Ignaz Franz Biber. Musiciens : Gli Incogniti (enregistrement). Violon et direction musicale : Amandine Beyer, viole de gambe Baldomero Barciela Varela, théorbe et guitare baroque : Ignacio Laguna Navarro, archiluth : Francesco Romano, clavecin et orgue : Anna Fontana. Scénographie et lumières : Minna Tiikkainen. Direction des répétitions : Diane Madden. Costumes : Fauve Ryckebusch

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