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À la (re)découverte de la Messa di gloria de Rossini

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Gioachino Rossini (1792-1868) : Messa di gloria. Eleonora Buratto, soprano ; Teresa Iervolino, mezzo-soprano ; Lawence Brownlee, ténor ; Michael Spyres, ténor ; Carlo Lepore, basse ; Orchestra e coro dell’Accademia nazionale di Santa Cecilia, direction : Antonio Pappano. 1 CD Warner Classics. Enregistré du 27 au 29 janvier 2022 à l’Auditorium Parco della musica de Rome. Texte de présentation en anglais, français et allemand. Durée : 61:10

 

Bénéficiant d’une splendide distribution de solistes, cette œuvre religieuse atypique devrait satisfaire les amateurs de bel canto au même titre que les auditeurs férus de musique sacrée. Bel acte de foi de la part d’un compositeur encore manifestement tourné vers le théâtre.

Beaucoup moins connue que le Stabat mater et la Petite messe solennelle, la Messa di gloria de Rossini est une œuvre intrigante et déroutante. Riche de dissonances et de chromatismes presque avant-gardistes qui ne manqueront pas de surprendre l’auditeur, c’est de loin de toutes les compositions religieuses de Rossini celle qui doit le plus à la tradition du bel canto. Nombre de ses airs ne dépareraient pas une œuvre scénique des premières décennies du XIXᵉ siècle, et l’on pourra reconnaître ici ou là une formule entendue dans un opéra passé ou à venir. Qu’on ne s’en offusque pas, on sait que l’auto-plagiat était monnaie courante à l’époque. Est-ce à dire que la Messa di gloria manque de spiritualité ? On pourrait le penser, tant le geste musical est théâtral et l’écriture vocale virtuose. Mais n’est-ce pas justement le propre de cette esthétique musicale encore post-baroque que d’encourager le chemin vers Dieu par la richesse de l’ornement et par la volupté de la ligne ? Les amateurs de volutes et de vocalises, en tout cas, seront comblés. Écrite pour Naples en 1820, dans des circonstances dont en réalité on ne sait pas grand-chose, l’ouvrage est ce qu’on appellera un produit de son temps, aussi déconcertant pourra-t-il paraître à nos oreilles actuelles.

L’enregistrement réalisé à Rome par à la tête des forces de l’Académie Sainte-Cécile devrait satisfaire à la fois les amateurs de musique religieuse et de chant virtuose. La direction très théâtrale du chef accentue les excès de religiosité baroque inhérents à l’œuvre, et contraste ainsi avec le hiératisme un peu statique imposé autrefois à la partition de Rossini par Neville Marriner et The Academy of St Martin-in-the-Fields, dans l’une des rares versions discographiques de l’œuvre à avoir tenu l’affiche en son temps. Le chœur n’en est pas moins investi, et les solistes instrumentaux (clarinette, cor anglais) de l’Académie de Sainte-Cécile sont encore plus virtuoses que leurs homologues anglais. Si l’enregistrement de Marriner bénéficiait d’un quatuor vocal d’exception – Sumi Jo, Ann Murray, Raul Gimenez, Francisco Araiza et Samuel Ramey –, les solistes de la nouvelle version parviennent tous à tirer leur épingle du jeu, et leur fréquentation régulière des ouvrages rossiniens de la période paraît évidente à tout moment. , belcantiste renommée, dispose ainsi d’un instrument plus lyrique que Sumi Jo, qu’elle sait parer de belles couleurs mélancoliques grâce notamment à un timbre légèrement voilé. dispose elle aussi d’une belle pâte vocale, qu’elle sait alléger à l’envi dans le plus pur style rossinien. Seul déçoit quelque peu, son instrument un rien caverneux ne parvenant pas à restituer, en dépit de réelles facilités dans la vocalise, l’altière noblesse qui était celle autrefois de la voix du magistral Samuel Ramey. Dans les deux parties de ténor, les époustouflants et fêtent leurs retrouvailles, quelques mois après leur ébouriffant CD consacré à des ensembles d’opéras rossiniens. Ne serait-ce que pour cette fête vocale, on ne saurait que trop recommander la (re)découverte d’une œuvre qui ne manquera pas d’étonner l’auditeur.

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Gioachino Rossini (1792-1868) : Messa di gloria. Eleonora Buratto, soprano ; Teresa Iervolino, mezzo-soprano ; Lawence Brownlee, ténor ; Michael Spyres, ténor ; Carlo Lepore, basse ; Orchestra e coro dell’Accademia nazionale di Santa Cecilia, direction : Antonio Pappano. 1 CD Warner Classics. Enregistré du 27 au 29 janvier 2022 à l’Auditorium Parco della musica de Rome. Texte de présentation en anglais, français et allemand. Durée : 61:10

 
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