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Le couple Bizet-Carmen : échec, mort et gloire

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manifesta un talent précoce qu’il mit essentiellement au service de l’opéra. Il doit sa célébrité posthume à son opéra Carmen, chef-d’œuvre unique avec son climat réaliste et sa sensualité. Il meurt peu après la création et avant la diffusion mondiale inextinguible de son ultime contribution opératique.

Enfant précoce, le jeune , né en 1838, fils d’un professeur de chant, sait lire la musique à l’âge de quatre ans et joue du piano dès l’âge de six ans. A neuf ans, il entre au Conservatoire de Paris (avec Jacques Halévy) et à dix-sept ans il compose sa remarquable Symphonie en ut majeur (1855). Il élabore d’abord des opéras dans le style italien au cours des années 1850 puis rencontre le succès avec Les Pêcheurs de perles (1863) et La Jolie Fille de Perth (1866). Des partitions instrumentales bénéficient également des faveurs du public (Jeux d’enfants) puis Bizet s’attache à la composition de Carmen dont le réalisme marqué allait heurter les critiques lors de sa création à Paris en 1875. La déception de Bizet fut intense et la mort, malheureusement, l’emporta avant que le triomphe de son opéra ne se répande dans le monde entier. Plus tard également, le mélodrame L’Arlésienne ne s’imposera qu’une douzaine d’années après sa présentation en 1872 sous forme de célèbres suites orchestrales.

Georges Bizet commence son travail sur Carmen en 1873 et l’année suivante s’installe à Bougival, commune de villégiature bien connue à proximité de Paris, afin de pouvoir travailler au calme à son opéra, et en particulier en achever l’orchestration. L’Opéra-Comique avait exigé une œuvre facile et joviale susceptible de convenir au goût du public ; plus, une fin heureuse était très fortement recommandée. Bizet et ses librettistes et  mirent tout leur talent de persuasion en avant pour convaincre le directeur de l’établissement en faveur d’une orientation sensiblement différente. Trois mois plus tard, après un travail acharné, la partition de Carmen était parachevée.

Les répétitions débutèrent à l’Opéra-Comique en septembre 1874 et exigèrent énormément d’énergie du fait de sa nouveauté, de son indécence pour l’époque, des déplacements inhabituels des chanteurs… Une très grande partie de la presse ne ménagea pas ses violentes critiques dès le soir de la première qui se déroula le 3 mars 1875. Le public ne cacha globalement pas sa désapprobation On a évoqué un véritable désastre. Le compositeur ne dissimula pas son fracassement moral.

Après qu’une angine se soit déclarée, le 29 mai 1875, Bizet se baigne dans l’eau glacée de la Seine déclenchant dès le lendemain une violente crise de rhumatisme articulaire aigu. Pire encore, il est victime d’une rupture d’anévrysme lors d’une représentation de son opéra. Enfin, un autre drame se produit lorsqu’il déclenche un infarctus du myocarde qui l’emporte dans la nuit du 2 au 3 juin 1875. Il n’avait que 36 ans et Carmen 3 mois seulement.

Les trois pathologies qui se sont rapidement enchainées ne pouvaient à cette époque bénéficier de traitements curatifs efficaces. Il n’existait pas d’antibiotiques, pas de anti-inflammatoires, et aucun traitement à visée circulatoire ou cardiologique dignes de ce nom. Le père de Carmen et d’autres chefs-d’œuvre inoubliables est inhumé au cimetière du Père-Lachaise de Paris. Quelques jours plus tard sa dépouille est placée dans un tombeau dû à Charles Garnier, l’architecte de l’Opéra de Paris.

Carmen est rapidement devenue une des œuvres les plus emblématiques du répertoire français et international, mais aussi un des opéras les plus souvent joués et enregistrés. Rappelons que le premier grand triomphe de Carmen se déroula en Autriche, à Vienne, dès le mois d’octobre 1875. Des monuments du monde des arts et de la culture comme Johannes Brahms, Richard Wagner, Friedrich Nietzsche, ont manifesté leur admiration. Le compositeur russe Piotr Ilitch Tchaïkovski prédit sans détour la gloire universelle de Carmen. Certains commentateurs ont apporté leurs analyses, pas toujours sérieusement étayées. On pense au compositeur Camille Saint-Saëns, rejoint par d’autres, qui avance que le défunt se serait laissé mourir de chagrin face à l’échec de sa dernière œuvre. Plus scientifique et documentée, l’analyse récente des rhumatologues Trêves et Laroque met en doute l’hypothèse d’un suicide en sautant (en réalité il s’y baigne) dans la Seine. Ils rappellent à juste titre que le compositeur était sujet aux otites et aux angines à répétition compliquées de douleurs rhumatismales.

Des témoins rapportent qu’il se plaignit de douleurs thoraciques accompagnées de malaises puis d’une perte de connaissance suivies peu après de son décès. Le RAA suspecté et l’endocardite consécutive (infection du feuillet interne tapissant le cœur) ne sont guère plausibles pour nos deux médecins qui confessent ne pas disposer de preuves irréfutables. Il en est de même pour le diagnostic de rupture d’anévrysme opportunément survenu au moment exact où était évoqué « le Mort » au troisième acte de Carmen. La veuve du père de Carmen longtemps après, un demi-siècle, dit qu’elle pensait qu’une tumeur de l’oreille l’avait emporté. Absolument rien ne le prouve. La cause la plus probable de sa disparition est sans doute la survenue d’un infarctus du myocarde aigu.

Crédits photographiques : Georges Bizet © Étienne Carjata, 1875 ; Affiche pour la Première de Carmen (1875) © Prudent-Louis Leray

Choix biographiques

DEAN Winton, Bizet, Georges, New Groves Dictionnary of Music and Musicians, ed. by Stanley Sadi, MacMillan Publishers, London, 1980.

LACOMBE Hervé, Georges Bizet, Fayard, 2000.

THIEBLOT Gilles, Georges Bizet, bleu nuit éditeur, 2012.

Sources complémentaires

LARROQUE Delphine, Le mystère de la mort de Georges Bizet, Thèse, Université de Limoges (Faculté de médecine), 2000.

TREVES et LARROQUE Delphine, Georges Bizet est-il mort d’un rhumatisme articulaire aigu ? Vesalius, VII, 2, 65-66, 2001.

Lire aussi :

Gaëlle Arquez, indomptable Carmen dans l’arène de Bastille

 

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