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Molière en musiques, une exposition sur la comédie-ballet

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Paris. Palais Garnier. Bibliothèque-musée de l’Opéra. Molière en musiques. Exposition jusqu’au 15 janvier 2023. Commissariat : Laurence Decobert

Musique et danse sont liées étroitement dans l’œuvre de . Cette exposition organisée par la BnF et l’Opéra de Paris fait traverser les 360 ans de l’histoire de la comédie-ballet, de l’émergence jusqu’aux restitutions actuelles.

Il s’agit de débuter l’exposition dans le bon sens, tant la disposition de l’espace invite à partir sur la gauche en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre. Pourtant c’est bien tout droit, sous une grande arche jaune qu’il faut pénétrer sous peine d’aller à rebours du temps. Un sens qui, malgré un marquage au sol discret, n’est ni intuitif ni évident pour le visiteur.

L’exposition aux couleurs chaleureuses allant du jaune au rouge commence logiquement par un espace consacré à l’invention de la comédie-ballet dans le prolongement des fêtes de cour. Louis XIV aime la danse et la musique, les ballets de cour et les pièces à machines leur font la part belle et amèneront le genre. Les Fâcheux de , première comédie-ballet, est commandée par Fouquet, le Surintendant des finances, et donnée à Vaux-le-Vicomte en 1661 en présence du roi. La musique et la chorégraphie sont de Pierre Beauchamps, prenant soin « de ne faire qu’une seule chose du ballet et de la comédie ». En 1664, Louis XIV donne pendant dix jours une fête somptueuse dans les jardins de Versailles, intitulée « Les plaisirs de l’île enchantée ». Des dessins de décors et de scène illustrent ces festivités historiques et notamment un superbe ouvrage offert à Louis XIV à cette occasion, manuscrit illustré, comportant des poèmes dédiés au roi et à la reine. La même année, le roi commande Le Mariage forcé sur la musique de Lully. Une collaboration qui verra naitre onze comédies-ballets et la tragédie-ballet Psyché (1671) avant la rupture entre le dramaturge et la compositeur en 1672. Lully obtient alors le privilège de l’Académie royale de musique et décide de réduire la part des intermèdes dansés ou musicaux des troupes de théâtre (l’ordonnance du 14 avril 1672 « de part le roy » est présentée dans une vitrine).

Parmi différents documents consacrés à Molière, Lully et , son nouveau compositeur pour Le Malade imaginaire (1673), figure un matériel d’orchestre manuscrit du Bourgeois gentilhomme (1670) pour un spectacle donné en 1716 devant le roi Louis XV, alors âgé de 6 ans, qui vient pour la première fois à l’Opéra. Également un recueil de danses datant de 1700, dont une double page présente le croquis de la chorégraphie pour la « Sarabande espagnole pour homme » de la même œuvre.

En poursuivant, le thème des comédies-ballets à la ville au XVIIᵉ siècle permet de découvrir différents documents ayant trait aux spectacles initialement donnés devant le roi puis repris par Molière et sa troupe au Palais-Royal, où ils s’installent dès 1660. Pour se rapprocher des intermèdes de cour, musiciens et danseurs sont engagés, avant de devenir permanents et d’accompagner toutes les représentations après 1671. Des registres de comptes tenus par des comédiens en témoignent ici, indiquant les dépenses et recettes et le nombre de danseurs ou musiciens (12 violons).

Comment restituer aujourd’hui les musiques et les danses originales ? Une très jolie petite scène entourée de lumières et voilée de tulle présente deux costumes du Malade imaginaire joué au Théâtre du Châtelet en 1990 et restitué dans sa version de 1673, sous la direction de William Christie. Une banquette invite à s’asseoir pour les contempler tout en écoutant des extraits de Monsieur de Pourceaugnac, du Mariage forcé ou de Psyché dirigés respectivement par Marc Minkowski, Hugo Reyne et Jérôme Correas.

Dans la salle à côté et dans la pénombre, il est possible de visionner sur grand écran plusieurs extraits de reconstitutions de comédies-ballets. Le charme et la magie opèrent devant les mises en scène du Bourgeois gentilhomme par Benjamin Lazar (direction Vincent Dumestre) ou des Amants magnifiques par Vincent Tavernier (avec la compagnie Les Malins plaisirs), exaltant toute la poésie, la grâce et la saveur du genre.

Puis l’exposition nous plonge dans la redécouverte du genre à la fin du XIXᵉ siècle faisant suite à un XVIIIᵉ où seule la Comédie-Française à Paris présentait les comédies-ballets de Molière. Camille Saint-Saëns « restaure » la musique de afin de remonter Le Malade imaginaire, en ne conservant pas tous les intermèdes et en en composant d’autres. La partition d’orchestre, manuscrit autographe, est présentée, ainsi qu’une lettre du compositeur qui cherche à retrouver ou recréer certains accessoires (les mortiers d’apothicaire), côtoyant de très belles maquettes de costumes ou esquisses de décor d’autres œuvres.

Avançant dans le parcours et dans le temps, nous arrivons au XXᵉ siècle et à la création des ballets et opéras-comiques d’après l’œuvre de Molière, accueillis par le costume en feutre noir et blanc d’un allumeur de lanternes dans Fourberies, comédie chorégraphique de Serge Lifar (1952) pour qui les comédies de Molière « se développent suivant un rythme éminemment dansant ». On admire par ailleurs une maquette de décor pour Les Fâcheux, gouache de George Braque (1924), œuvre pour laquelle Diaghilev commande à Boris Kochno l’argument d’un ballet.

À partir de la Seconde Guerre mondiale, des metteurs en scène commandent de nouvelles musiques pour ces pièces. Cela avait déjà été le cas auparavant mais à présent ces compositions remplacent les tentatives de restitution. Dans un autre espace, il est possible d’écouter les musiques d’Henri Dutilleux (La Princesse d’Elide, 1946), de George Auric ou de Maurice Jarre (Le Malade imaginaire, 1969 et 1957) à côté de belles maquettes de costumes et décor du Bourgeois gentilhomme (mise en scène Philippe Faure, Théâtre de la Croix-Rousse, 1996).

Enfin, le dernier espace évoque l’insertion de musique dans les autres œuvres théâtrales de Molière, celles qui n’en avaient pas à l’origine. C’est Offenbach qui, en 1847, insère des extraits de l’opéra de Mozart dans Dom Juan à la Comédie-Française (partition d’orchestre) ou en 1947 Francis Poulenc qui collabore avec Jean-Louis Barrault sur Amphitryon au Théâtre Marigny (lettre, manuscrit, très belle maquette de décor représentant Mercure sur un nuage). Le metteur en scène fera appel par la suite à d’autres compositeurs, comme Pierre Boulez ou Arthur Honegger. C’est aussi Henri Sauguet qui compose la musique sur les mises en scène de Louis Jouvet : Dom Juan en 1947 au Théâtre de l’Athénée et Les Fourberies de Scapin au Théâtre Marigny en 1949.

Comme à l’habitude, les pièces issues des collections de la BnF, de l’Opéra de Paris et de la Comédie-française permettent de très belles découvertes. À l’occasion des 400 ans de la naissance de Molière, une exposition en contrepoint de celle du site Richelieu de la BnF, à voir jusqu’à la mi-janvier.

Crédits photographiques : © ResMusica

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