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Nouvelle version vidéo du Giulio Cesare de Haendel

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Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Giulio Cesare in Egitto, dramma per musica en trois actes sur un livret de Nicola Francesco Haym d’après Giacomo Francesco Bussani. Mise en scène : Keith Warner. Décors et costumes : Ashley Martin-Davis. Lumières : Mark Jonathan. Chorégraphie : Mandy Demetriou. Vidéo : David Haneke. Réalisation : Tiziano Mancini. Avec : Bejun Mehta, contreténor (Giulio Cesare) ; Louise Alder, soprano (Cleopatra) ; Christophe Dumaux, contreténor (Tolomeo) ; Patricia Bardon, mezzo-soprano (Cornelia) ; Jake Arditti, contreténor (Sesto) ; Simon Bailey, baryton-basse (Achilla) ; Konstantin Derri, contreténor (Nireno) ; Joni Österlund, acteur (Pompeo) ; Concentus Musicus Wien, direction : Ivor Bolton. 1 Blu-Ray Unitel. Enregistré en décembre 2021 au Theater an der Wien. Sous-titres en italien, anglais, allemand, coréen et japonais. Notice de présentation en anglais, allemand et français. Durée : 183:00

 

Dans une mise en scène créative mais prêtant à confusion, le gratin du chant haendélien nous régale de son talent. Pour la musique et pour le théâtre mais aussi pour le casse-tête cérébral…

Donnée en décembre 2021 au Theater an der Wien, cette mise en scène d’un des plus grands succès opératiques de Haendel fait preuve de la plus grande créativité, même si les différentes transpositions opérées risquent fort de priver l’opéra de sa lisibilité. L’action, telle qu’elle est représentée, est censée se dérouler dans un cinéma cairote, à l’image du célèbre « Egyptian Theatre » de Grauman qui est aujourd’hui encore un des plus beaux fleurons de la ville historique de Los Angeles. Embrigadés dans une sorte de spectacle dans le spectacle, les interprètes de la production visionnent, en début d’ouvrage, une projection d’un film muet hollywoodien, lequel affiche à l’écran ce que sont supposés être les sentiments des personnages. L’action, on le comprend assez rapidement, est donc partiellement portée par une kyrielle d’acteurs, producteurs, ouvreuses et vendeuses, tous affairés, parfois dans des mouvements discrètement chorégraphiés, dans la salle de cinéma où ils jouent leur rôle. Elle est également portée par les personnages du drame, sortis de l’écran pour donner corps et chair à l’action filmique encadrante dont ils proposent ainsi une sorte de prolongement. Parallèles, échos, interactions entre les deux niveaux de lecture compliquent quelque peu le discours, même si les rejaillissements d’un plan sur l’autre ne sont pas, de temps à autres, dénués d’humour. On apprécie par exemple le traitement du personnage de Tolomeo, vu à la fois comme un souverain veule et décadent dans le film, et comme un producteur un peu louche dans la salle de cinéma. Cléopâtre, aux allures de Liz Taylor, s’adonne à divers déguisements pour ne rien dire des curieux jeux érotiques auxquels elle se livre notamment dans ses agissements avec son demi-frère Tolomeo. Plus obscure est la place accordée au personnage muet de Pompeo, quasiment omniprésent dans cette production riche en idées mais pas toujours, il faut bien le dire, de la plus grande transparence. L’utilisation de la vidéo, en plus des projections de films muets, ne contribue pas toujours à clarifier le propos. Raison de plus pour saluer au passage la réalisation de Tiziano Mancini, lequel a dû avoir beaucoup de mal pour donner à sa captation un semblant de cohérence. Ajoutons à cette impression de fourre-tout la présence de nombreuses coupures – plusieurs reprises da capo, la totalité du rôle de Curio, un des plus beaux airs de Sesto –, sans compter la restructuration partielle des actes 2 et 3, dont on ne perçoit pas nécessairement l’utilité. Oserait-on en faire de même avec Mozart, Verdi ou Wagner ?

La distribution réunie sur le plateau du Theater an der Wien rassemble sans doute ce que l’on pourrait espérer de mieux aujourd’hui. , à son sommet, n’a aucun mal à surclasser les trois autres contreténors, pourtant tous parfaitement convaincants dans leurs rôles respectifs. Très à l’aise dans la vocalise et l’ornementation, il sait se montrer juste et sincère dans les pages plus intimes et son jeu scénique est particulièrement convaincant dans son rôle de maître du monde. Si est une fois encore impayable en Tolomeo, déçoit quelque peu en Sesto. Il est vrai que le personnage n’est pas avantagé par la mise en scène, qui en fait un personnage encore impulsif et immature. a toute la dignité vocale et scénique qui convient au personnage de Cornelia, dont elle brosse un portrait noble émouvant. Sans avoir le physique parfaitement adéquat, se prête sans réserve à ce qui est attendu d’elle, et donne à Cléopâtre une incarnation à la fois comique et attachante. Sa prestation vocale est un pur enchantement, notamment pour les airs pleins de pathos comme « Se pietà » ou « Piangeró ». Belles participations également de et , qui n’ont malheureusement pas grand-chose à se mettre sous la dent sur le plan musical. Dans la fosse, à la tête du , fait une fois encore preuve de son professionnalisme et de son expertise. Spectacle intéressant et stimulant donc, même si l’on n’en trouvera pas forcément toutes les clés.

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Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Giulio Cesare in Egitto, dramma per musica en trois actes sur un livret de Nicola Francesco Haym d’après Giacomo Francesco Bussani. Mise en scène : Keith Warner. Décors et costumes : Ashley Martin-Davis. Lumières : Mark Jonathan. Chorégraphie : Mandy Demetriou. Vidéo : David Haneke. Réalisation : Tiziano Mancini. Avec : Bejun Mehta, contreténor (Giulio Cesare) ; Louise Alder, soprano (Cleopatra) ; Christophe Dumaux, contreténor (Tolomeo) ; Patricia Bardon, mezzo-soprano (Cornelia) ; Jake Arditti, contreténor (Sesto) ; Simon Bailey, baryton-basse (Achilla) ; Konstantin Derri, contreténor (Nireno) ; Joni Österlund, acteur (Pompeo) ; Concentus Musicus Wien, direction : Ivor Bolton. 1 Blu-Ray Unitel. Enregistré en décembre 2021 au Theater an der Wien. Sous-titres en italien, anglais, allemand, coréen et japonais. Notice de présentation en anglais, allemand et français. Durée : 183:00

 
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