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Bruce Liu magnifique dans deux concertos à la Chaux-de-Fonds

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La Chaux-de-Fonds. Salle de Musique. 12-I-2023. Frédéric Chopin (1810-1849) ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Les Sylphides, Nocturne n° 2 en la bémol majeur, op.32. Frédéric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano et orchestre en fa mineur. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto n° 5 pour piano et orchestre en fa majeur « L’Égyptien », op.103. Bruce Liu, piano. Igor Stravinsky (1882-1971) : L’Oiseau de Feu, suite de ballet de 1919. Ensemble Symphonique Neuchâtel, direction musicale : Victorien Vanoosten

À la Chaux-de-Fonds, Bruce Liu propose la même soirée le Concerto pour piano n° 2 de Chopin suivi du n° 5 de Saint-Saëns, accompagné de l’ et du chef .


Depuis son Premier Prix au Concours Chopin de 2021, la carrière de Bruce Liu explose et lui permet de passer en ce début d’année à la Chaux-de-Fonds avec un programme nommé « Piano gastronomique façon Bruce Liu », dans lequel il interprète le même soir deux des plus grands concertos pour piano romantiques du répertoire. Introduit symphoniquement par Les Sylphides dans la transcription de Stravinsky, le programme fait un lien très intelligent entre l’ouverture et la dernière pièce symphonique du concert, puisque ce court Nocturne n° 2 d’après Chopin est en réalité une étude de style, demandée par Diaghilev dans le but de vérifier la capacité du jeune Russe à pouvoir lui composer par la suite des ballets, le premier des trois grands, L’Oiseau de Feu, est justement proposé en conclusion. Sans doute la pièce la plus romantique de Stravinsky, Les Sylphides permet de profiter des timbres aérés de l’ et plus particulièrement de sa flûte solo.

Pièces maîtresses du concert, les concertos permettent de découvrir un peu mieux un artiste canadien encore peu entendu en Europe, qui compte déjà parmi les pianistes les plus passionnants du moment à seulement vingt-cinq ans. Avec le Concerto n° 2 de , celui-ci démontre d’une dextérité hors du commun, sans la moindre démonstration et avec cette rondeur déjà caractérisée lors de la Finale du Concours Chopin, puis en récital au Théâtre des Champs-Élysées un an plus tôt. Bruce Liu développe à sa manière, sans jamais trop utiliser les pédales, un Maestoso tout en finesse, puis un doux Larghetto, à chaque fois avec une main droite de la plus pure souplesse, particulièrement géniale dans la partie aigüe de la coda du 1er mouvement. Moins sautillant que sous d’autre poignets, l’Allegro vivace trouve un bel accord avec le petit ensemble qui l’accompagne, laissant le plus beau moment à la cadence.


Après l’entracte, les mêmes reviennent pour le Concerto n° 5 de , créé par l’artiste à la Salle Pleyel en 1896, une année marquante pour la Société de Musique La Chaux-de-Fonds fondée seulement trois ans plus tôt et qui fête cette année ses 130 ans. Le compositeur était venu y jouer en mai sur l’orgue du Temple lors d’un concert pour lequel le critique de L’Impartial avait pu entrevoir le « sublime et l’insurpassable ». Sur de hautes sphères, Bruce Liu débute avec le même doigté que pour Chopin un Égyptien qui trouve dans l’accompagnement léger de l’Ensemble Symphonique Neuchâtel et dans ses bois des sonorités subtiles, aux couleurs françaises bien mises en valeur par la direction de . Superbe de virtuosité dans les variations sagement abordées de l’Allegro animato, Liu contraste d’abord assez peu l’Andante avant d’en faire ressortir sa chanson nubienne, avec l’appui des violons et notamment du premier d’entre eux, Felix Froschhammer. Le finale, Molto Allegro, bénéficie d’une hausse de dynamique par laquelle le pianiste étale les splendeurs de son jeu, avant de proposer en bis avec le chef un joli Jardin Féérique de Ravel, initié dans la douleur de quatre mains enchevêtrées pour s’affiner à mesure jusqu’à une coda magique.

En dernière partie, la Suite 1919 de L’Oiseau de Feu, la plus courte du ballet, logiquement choisie puisque interprétée après déjà deux concertos, donne plus de volume à la formation, bien que celle-ci ne soit constituée que d’une cinquantaine de musiciens. Avec une belle dynamique insufflée par le directeur musical, l’œuvre débute par des graves bien marqués aux cordes, malgré la présence de seulement trois contrebasses et quatre violoncelles. Les équilibres font parfois trop ressortir certains instruments, notamment la harpe à la Ronde des Princesses ou le triangle à la coda, mais permettent aussi la belle mise en avant des bois – le basson cependant moins marquant dans son grand solo qu’il ne l’était pendant les concertos – pour laisser plutôt se démarquer la flûte et la première clarinette. Très nets, les accords brusques de la Danse Infernale parviennent à faire sursauter une partie du public, tandis que le premier cor introduit avec soin le Finale pour conclure cette très belle soirée suisse.

Crédits photographiques : © Xavier Voirol

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La Chaux-de-Fonds. Salle de Musique. 12-I-2023. Frédéric Chopin (1810-1849) ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Les Sylphides, Nocturne n° 2 en la bémol majeur, op.32. Frédéric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano et orchestre en fa mineur. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto n° 5 pour piano et orchestre en fa majeur « L’Égyptien », op.103. Bruce Liu, piano. Igor Stravinsky (1882-1971) : L’Oiseau de Feu, suite de ballet de 1919. Ensemble Symphonique Neuchâtel, direction musicale : Victorien Vanoosten

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