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Les splendeurs de la 3e de Mahler par l’OPS et Aziz Shokhakimov à Paris

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Paris. Philharmonie ; Grande Salle Pierre Boulez. 20-I-2023. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 3 en ré mineur. Anna Kissjudit, mezzo-soprano. Chœurs de femmes et d’enfants de l’Orchestre de Paris (chef des chœurs : Ingrid Roose). Orchestre philharmonique de Strasbourg, direction musicale : Aziz Shokhakimov

Régulièrement programmée depuis l’ouverture de la Philharmonie de Paris, la Symphonie n° 3 de Mahler bénéficie à nouveau d’une interprétation magnifique en ces lieux, par l’ et les Chœur de l’Orchestre de Paris placés sous la ferveur d’.


Impressionnant la saison passée avec l’Orchestre National de France, revient à Paris cette saison avec la formation dont il est directeur musical, pour s’atteler à l’ample Symphonie n° 3 de , encore entendue dans la Grande Salle Pierre Boulez quelques mois plus tôt dirigée par Klaus Mäkelä. Et si le chef ouzbek a huit ans de plus que le directeur d’Oslo, il ne reste pas moins jeune pour s’atteler à un tel ouvrage, qu’il magnifie à sa façon par une intelligence et une ferveur rares.

Parmi les plus prometteurs et passionnants de sa génération, Aziz Shokhakimov entre dans le Kräftig de la grande symphonie avec puissance, d’une fougue qui n’est pas sans rappeler celle installée par Gustavo Dudamel lorsqu’il avait proposé cette partition ici en tournée avec le Los Angeles Orchestra, une saison avant Andris Nelsons avec Boston. Mais si le geste se montre dynamique, il n’est – jamais caricatural, maintenant un souffle vigoureux, profondément nietzschéen dans la façon d’aborder les climax et les penchants plus sombres. Pour cela, le chef bénéficie de l’une des plus belles formations symphoniques de France, l’ particulièrement en verve pour cette interprétation, dans laquelle les cuivres brillent dès leur première intervention.

En ensemble complet dans lequel l’OPS s’est permis une quatrième trompette et un cor de soutien (le neuvième sur scène) rarement présents en dehors des formations comme Munich ou Berlin, l’orchestre alsacien déploie ses plus belles sonorités particulièrement avec les contrebasses, splendides tout au long de l’interprétation. Les autres pupitres, tant de cordes que de bois, mettent régulièrement en avant leurs solistes, notamment la première violon et les percussions toujours parfaitement équilibrées, les roulis de la grosse caisse dans les transitions parvenant à créer de superbes moments de latence. Plus impressionnants encore, les trombones se démarquent tout particulièrement par leurs sonorités profondes, magnifiées à chaque solo du premier d’entre eux, encore plus éclatant que la première trompette.

Puis vient le tour du hautbois et de la clarinette pour introduire l’insouciance du Tempo di Minuetto, ensuite doucereusement porté par des violons toujours exaltés par les gestes du chef. Aussi subtil, celui-ci laisse le scherzo se colorer par les harpes et les bois pour en faire ressortir les animaux de la forêt dès le thème initial, récupéré par le compositeur à partir d’un de ses lieder de jeunesse, Ablösung im Sommer. Caché en coulisse, le cor de postillon tient avec justesse ses longs appels contemplatifs, qui emportent dans le diaphane toute la partie médiane du Scherzando, avant que celui-ci ne se ravive


Applaudis à chaque fin de mouvement, les musiciens profitent de l’entrée de la chanteuse pour se réaccorder succinctement, puis replonger dans la nuit de Nietzsche et de son O Mensch !. Débuté avec réserve, le chant de la mezzo-soprano se déploie rapidement pour s’ouvrir en volume dès le Gib Acht ! (Prends garde !) avant de superbement nuancer ensuite les sons nocturnaux, toujours maintenus dans une sombre clarté à l’orchestre par Shokhakimov et ses pupitres de bois extrêmement concentrées. Les enfants et les femmes du Chœur de l’Orchestre de Paris se lèvent d’un seul geste pour débuter le Lustig im Tempo et l’emporter lui aussi dans la pureté, malheureusement interrompue par des applaudissements particulièrement inadaptés à la fin, qui cassent partiellement l’atmosphère recueillie longuement installée pour débuter le finale.

Avec un Orchestre Philharmonique de Strasbourg toujours aussi précis, le Langsam conclusif est mené intelligemment avec une grande douceur, sans parvenir toutefois à émouvoir autant que les visions plus matures entendues ces dernières années, par exemple sous les baguettes d’Abbado à Lucerne, de Levine à Berlin ou de Haitink à Munich. Il n’en reste pas moins une interprétation très raffinée, superbe de cohésion et de clarté dans la lecture d’Aziz Shokhakimov, définitivement parmi les chefs les plus à suivre de cette décennie.

Crédits photogrpahiques : © ResMusica (scène Philharmonie) & © Nicolas Roses (gros plan Strasbourg)

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Paris. Philharmonie ; Grande Salle Pierre Boulez. 20-I-2023. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 3 en ré mineur. Anna Kissjudit, mezzo-soprano. Chœurs de femmes et d’enfants de l’Orchestre de Paris (chef des chœurs : Ingrid Roose). Orchestre philharmonique de Strasbourg, direction musicale : Aziz Shokhakimov

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