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Semele de Haendel à Munich, enchantements musicaux et scéniques

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Munich. Nationaltheater. 20-VII-2023. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Semele, oratorio en trois actes sur un livret de William Congreve. Mise en scène : Claus Guth ; décor : Michael Levine ; costumes : Gesine Völlm. Avec Brenda Rae (Semele), Michael Spyres (Jupiter), Jonas Hacker (Apollo), Jakub Józef Orliński (Athamas), Emily D’Angelo (Juno), Nadezhda Karyazina (Ino), Jessica Niles (Iris), Philippe Sly (Cadmus/Somnus), Milan Siljanov (Priest). LauschWerk (choeur) ; Bayerisches Staatsorchester ; direction : Gianluca Capuano

La mise en scène de , aussi divertissante que profonde, répond idéalement à une distribution de haut niveau dominée par et Emily D’Angelo.


Le public, aujourd’hui comme hier, aime l’opéra baroque, et il le montre en faisant un triomphe à cette Semele et en ne laissant aucune place vide. Cinq représentations seulement à Munich avant que la production parte au Met, qui comme souvent délègue à des scènes européennes le soin de fabriquer ses spectacles quand ils ont des ambitions artistiques (le Parsifal de François Girard à Lyon, Agrippina déjà à Munich). Pourquoi en rester là, pourquoi ne pas répondre à ce légitime enthousiasme ? Nous ne le saurons pas. , le metteur en scène de cette Semele, est capable du meilleur (ses Noces salzbourgeoises, plus récemment Bluthaus de Haas à Munich et Lyon) comme du pire (Fidelio à Salzbourg, ou ce Don Giovanni que l’Opéra de Paris va faire entrer à son répertoire la saison prochaine) : ici, c’est la lisibilité du propos et la haute qualité technique du spectacle qui emporte l’adhésion. Le spectacle est très vivant, parfois de façon un peu complaisante (la scène de noces au premier acte), mais le plus souvent en étroite association avec les thèmes évoqués par le livret et la musique. On ne s’ennuie pas un moment au cours de cette longue soirée parce que Guth alterne avec esprit scènes humoristiques parfois hilarantes (les interactions entre Junon et Iris) et moments d’émotion : pendant une bonne partie de l’acte II, Semele se retrouve transportée chez les dieux, perdue dans un monde qu’elle ne comprend pas et qui ne la satisfait pas, et son désespoir est particulièrement touchant – on en vient à penser, si différent qu’en soit le contexte, à celui de Rusalka. Pourtant, Jupiter se donne du mal : tente de la consoler en la divertissant de son mieux, mais sa danse pataude et peu convaincue n’y peut rien. Il faut l’apparition comme en rêve d’Athamas, le fiancé rejeté par Semele au premier acte, pour lui redonner un peu de vie. obtient au deuxième acte, sans chanter, sa plus grande ovation par un numéro de breakdance ; du point de vue vocal, cependant, c’est bien Spyres qui l’emporte, avec une élégance et un goût qui n’affaiblit jamais la puissance héroïque du chant ; Orliński, lui, chante Athamas comme la mise en scène le lui fait jouer, en petit jeune homme timoré mais plein de bonne volonté : il manque de puissance et, à vrai dire, un peu de couleur, mais le chant reste élégant et le timbre agréable.

Rien à voir avec la vraie force agissante de l’œuvre, la Junon volcanique d’Emily D’Angelo, formidable méchante de comédie en costume gothique, avec une voix qui brise tous les obstacles. Elle malmène Iris (), manipule Ino (, au timbre somptueux) en en faisant une sorte de robot privé de sa personnalité : un des grands mérites de la soirée, grâce au metteur en scène et à la collaboration enthousiaste des chanteurs, c’est qu’elle nous fait prendre conscience à quel point le livret de William Congreve, écrit près de 40 ans plus tôt et adapté pour Haendel, est une formidable machine théâtrale. Guth s’emploie avec gourmandise à tirer parti de tout ce que la musique et le livret lui offrent, entre autres grâce aux formidables décors de Michael Levine, qui varient au fil des scènes autour d’une configuration commune de grande salle bourgeoise. Il suffit de voir Semele, au premier acte, pendant ses noces avortées avec Athamas, attirée irrésistiblement vers une unique plume noire, en contraste avec le blanc des murs et des costumes : la plume suffit à évoquer l’aigle qu’est Jupiter, et la suite du spectacle ne se privera pas d’évoquer les relations troubles entre l’humain et l’animal.

La direction d’acteurs attentive et vivante pèche seulement sur un point qui renforce une des faiblesses du spectacle : peine à se faire entendre, surtout au premier acte ; elle chante les notes de sa partition virtuose avec aplomb, mais en sacrifiant trop le style au profit de l’effet, et la mise en scène l’encourage parfois sur le chemin d’une certaine vulgarité. Peut-être la tâche ne lui est-elle pas facilitée par , qui dirige comme souvent à un niveau sonore élevé qui n’aide pas les chanteurs, mais propose un orchestre riche en couleurs et en séduction : l’orchestre de l’Opéra joue Haendel régulièrement depuis des années, et il fait merveille dans ce répertoire. La vivacité de la partie musicale va de pair avec la richesse de la mise en scène : le tout donne une soirée enthousiasmante qui montre que l’Opéra de Bavière n’a pas perdu tous ses sortilèges.

Crédits photographiques : © Monika Rittershaus

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Munich. Nationaltheater. 20-VII-2023. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Semele, oratorio en trois actes sur un livret de William Congreve. Mise en scène : Claus Guth ; décor : Michael Levine ; costumes : Gesine Völlm. Avec Brenda Rae (Semele), Michael Spyres (Jupiter), Jonas Hacker (Apollo), Jakub Józef Orliński (Athamas), Emily D’Angelo (Juno), Nadezhda Karyazina (Ino), Jessica Niles (Iris), Philippe Sly (Cadmus/Somnus), Milan Siljanov (Priest). LauschWerk (choeur) ; Bayerisches Staatsorchester ; direction : Gianluca Capuano

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