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Nebukadnezar de Reinhard Keiser au festival hivernal de Schwetzingen

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Schwetzingen. Schlosstheater. 28-XII-2023. Reinhard Keiser (1674-1739) : Nebukadnezar, opéra en 3 actes sur un livret de Christian Friedrich Hunold. Mise en scène : Felix Schrödinger ; décor et costumes : Pascal Seibicke. Avec Florian Götz (Nebucadnezar), Shira Patchornik (Adina), Theresa Immerz (Barsine), Sara Gouzy (Cyrene), Stefan Sbonnik (Beltsazer), Dennis Orellana (Darius), João Terleira (Daniel), Christian Pohlers (Cores), Franko Klisović (Sadrach). Philharmonisches Orchester Heidelberg ; direction : Gerd Amelung

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Dans une mise en scène très peu convaincante signée , le Théâtre de Heidelberg donne une bonne idée du talent d'un compositeur singulier et trop méconnu, .


Nous avions laissé le festival baroque organisé par le Théâtre de Heidelberg à Schwetzingen en 2019, avec Alceste de Schürmann, un des compositeurs majeurs de l'Opéra de Hambourg au tournant du XVIIᵉ et du XVIIIᵉ siècle ; nous retrouvons quatre ans plus tard le petit théâtre du château des électeurs palatins pour un autre opéra de Hambourg, Nebukadnezar de , créé en 1704, jamais repris à l'époque moderne jusqu'à aujourd'hui. Comme son titre le laisse deviner, il raconte l'histoire biblique du roi babylonien Nabuchodonosor, sans beaucoup de points communs avec l'opéra de Verdi. Les sujets bibliques ne sont pas très communs à Hambourg, mais celui-là a le mérite d'offrir des scènes spectaculaires, et c'est ce que Keiser recherche. Ce qui reste du sujet biblique n'est rien d'autre que les rêves prémonitoires du roi et leur interprétation par le prophète Daniel ; pour le reste, il s'agit surtout d'intrigues amoureuses typiques du librettiste Christian Friedrich Hunold, que Keiser cessera vite d'employer au profit de librettistes plus percutants.

Contrairement à d'autres œuvres présentées à Schwetzingen, celle-ci est assez courte pour être présentée en version presque intégrale, à la suppression de quelques-uns des nombreux personnages près. Seule la fin est modifiée : au lieu de la réconciliation générale qui conclut l'opéra, la soirée se finit sur le choral Ach wie flüchtig, ach wie nichtig, qui peut bien résumer la morale de l'histoire – le pouvoir absolu tel que l'incarne Nabuchodonosor est bien fragile -, mais on a l'impression d'une fin brusque qui ne résout rien.

Certes, c'est dans la logique de l'opéra « commercial » tel qu'il était pratiqué à Hambourg que d'en rester à un pragmatisme impitoyable – après tout, le librettiste n'a-t-il pas dû adapter son livret alors que Keiser avait déjà composé le début de l'opéra, quand il a fallu créer un personnage supplémentaire pour accueillir dans la distribution une chanteuse nouvellement arrivée ? Ce personnage, celui d'Adina, la femme de Nabuchodonosor, est la méchante de l'histoire, qui vient fort heureusement briser les obsessions sentimentales du reste du livret : comme les deux héroïnes déjà présentes, elle est amoureuse de Darius jusqu'à tenter d'assassiner sa fille et rivale avant de devoir céder la place.


Hélas, la lecture que le metteur en scène fait du livret et de la musique est trop superficielle pour tirer profit de ce qu'ils lui offrent. Certes, il n'est pas facile pour un metteur en scène d'entrer dans les délais impartis dans une œuvre totalement inconnue, dans l'univers d'un compositeur lui-même étranger au monde lyrique d'aujourd'hui. Il se tire de cette situation par un décor unique et par beaucoup d'agitation, de surcroit souvent bruyante (tout défenseur du théâtre musical que nous sommes, avouons qu'à défaut d'une idée directrice une simple mise en place en costumes classiques aurait beaucoup moins gêné l'écoute). Trop de personnages inutiles sont en scène pour que l'attention du spectateur se consacre sur l'essentiel, et les scènes cruciales que sont les songes du roi bientôt déchu et leurs interprétations prophétiques par Daniel tombent cruellement à plat – il est patent dans l'œuvre que c'est la déchéance de Nabuchodonosor qui entraîne les désordres sentimentaux et politiques des actes suivants, mais Schrödinger n'en fait rien et oublie complètement le personnage du roi. Il joue constamment contre les émotions des personnages ; seul le début de l'acte III, quand Darius pleure Barsine, son amour défunt, avant de la voir ressusciter, laisse place à l'émotion, grâce à la musique et non grâce à la mise en scène.

Dans la fosse, l'orchestre du théâtre de Heidelberg enrichi du riche continuo nécessaire pour donner toute son ampleur à la musique de Keiser est dirigé ce soir par , qui reprend pour quelques dates une production dirigée par la flûtiste et désormais cheffe Dorothee Oberlinger ; c'est certainement à la fois grâce à la préparation qu'elle a assuré et au travail en fosse d'Amelung que la musique de Keiser peut résonner dans toute sa richesse sonore. La distribution est certes un peu inégale, au bénéfice de dans le rôle-titre et de l'étonnant et très jeune sopraniste en Darius, mais il faut bien dire qu'une mise en scène plus ambitieuse aurait permis à tous les chanteurs de travailler leurs rôles avec un peu plus de profondeur.

Crédits photographiques : Susanne Reichardt

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