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Jörg Widmann sait tout faire avec l’orchestre de chambre de Munich

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Munich. Prinzregententheater. 8-II-2024. Felix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847) : Symphonie pour cordes n. 10 ; Jörg Widmann (né en 1973) : 180 beats per minute, pour sextuor à cordes ; Insel der Sirenen, pour violon et 19 instruments ; Carl Maria von Weber (1786-1826) : Quintette pour clarinette et cordes op. 34, version orchestre à cordes ; Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Sérénade symphonique op. 39. Yuki Kasai, violon ; Münchener Kammerorchester ; direction et clarinette : Jörg Widmann.

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Compositeur, chef, clarinettiste : est souvent tout cela à la fois, comme ce soir avec le .

Le programme de la soirée est typique à la fois de l'univers de Widmann et des choix programmatiques du Kammerorchester: face aux grands orchestres munichois, les musiciens qui gèrent de façon autonome la politique artistique de l'orchestre choisissent de se distinguer par l'originalité de leur programmation hors des sentiers battus, aux marges du grand répertoire, avec une place importante pour la musique contemporaine dans toutes ses expressions. Cette fois, le programme est entièrement dévolu aux cordes (à l'exception, bien sûr, de la clarinette de Widmann), tout en réunissant des œuvres d'une théâtralité assumée. La juvénile symphonie pour cordes de Mendelssohn qui ouvre le programme donne le ton : Widmann sculpte le son avec verve et les musiciens le suivent avec énergie, sinon avec beaucoup de variété dans les couleurs.

Le court sextuor avec trois violoncelle de Widmann qui vient ensuite, avec son titre sportif (180 beats per minute), est un plaisant exercice de virtuosité comme il sait en produire ; sa présence au programme s'explique par l'œuvre suivante, le Quintette pour clarinette de Weber : le plaisir gourmand, presque physique que procure la vélocité du quatrième mouvement, rappelle irrésistiblement l'œuvre entendue juste avant. Le choix d'un orchestre à cordes à la place du quatuor qui dialogue avec la clarinette fait penser au Quatuor de Grieg démultiplié autour du quatuor Modigliani en clôture de la récente Biennale de quatuors à Paris, mais les conséquences en sont beaucoup moins délétères : le bénéfice n'est pas très évident, mais du moins l'ensemble garde-t-il toute la mobilité, toute la légèreté, toute sa fraîcheur. Et la clarinette de sait garder elle aussi sa ductilité, sans chercher à passer en puissance.

Après l'entracte, c'est à nouveau Widmann compositeur qui est en lumière : son Île des sirènes pour violon solo et cordes (dont deux violons placés dans la salle) est un bel exemple de son abondante production ; l'œuvre a été créée en 1997 par l'orchestre de chambre de Munich. Ici, c'est qui passe de sa place de premier violon à celle de soliste, autrement dit de sirène en chef : la magie sonore de Widmann fait planer l'ambiguë séduction des sirènes, émergeant du silence inaugural souligné par le frottement sans son des archets sur les cordes ; cette musique plastique, brillante, n'est sans doute pas de celles qui bouleversent les bonnes habitudes du monde musical, mais c'est remarquablement parlant, et c'est déjà ça.

La Sérénade symphonique d' (1947/1948) est jouée dans un effectif orchestral similaire, 23 instruments comme pour les Métamorphoses de Strauss, et non l'effectif plantureux de 68 cordes prescrites sur la partition, ce qui permet un allègement sonore qui ne peut pas nuire. Pour la présenter au public, Widmann assume un quatrième rôle dans cette soirée, celui de conférencier : son enthousiasme est communicatif, certainement, mais il ne résiste guère à l'écoute d'une œuvre qui ne trouve pas l'équilibre entre retour en arrière et expression personnelle. Le troisième mouvement, Lento religioso, rend certes un hommage appuyé à Mahler, mais de façon bien affaiblie, et l'invention mélodique du premier mouvement ne va pas sans mièvrerie. L'interprétation de Widmann, qui souligne le défi que constitue la partition pour les musiciens, fait tout ce qu'elle peut pour donner une présence à cette musique trop sage, mais on n'en tirera que le plaisir modeste de la curiosité.

Dans un programme original et varié, ce sont tout de même les propres œuvres de Widmann qui auront livré les meilleurs moments de la soirée.

Crédit photographique: © Marco Borggreve

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Munich. Prinzregententheater. 8-II-2024. Felix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847) : Symphonie pour cordes n. 10 ; Jörg Widmann (né en 1973) : 180 beats per minute, pour sextuor à cordes ; Insel der Sirenen, pour violon et 19 instruments ; Carl Maria von Weber (1786-1826) : Quintette pour clarinette et cordes op. 34, version orchestre à cordes ; Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Sérénade symphonique op. 39. Yuki Kasai, violon ; Münchener Kammerorchester ; direction et clarinette : Jörg Widmann.

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