Collages cosmiques pour la Symphonie « Quantique » de Molécule
L'Orchestre national de Lille sous la direction d'Alexandre Bloch offre la création de la Symphonie n° 1 « Quantique » du DJ Molécule. Une œuvre hybride et inégale, entre électronique et acoustique, qui a pour ambition d'embrasser l'univers entier.
Pour son dernier disque à la tête de l'Orchestre national de Lille, Alexandre Bloch renouvelle une expérience qu'il avait déjà tenté il y a quelques années. À savoir la confrontation entre l'univers électronique et la musique symphonique. En 2017, nous avions ainsi été très impressionnés par la création de la pièce Inferno de Yann Robin, véritable séisme musical.
En juin 2023, Alexandre Bloch marie à nouveau les sons électroniques et symphoniques avec la création de la Symphonie n°1 du DJ et compositeur Molécule (Romain De La Haye-Serafini dans le civil). Une œuvre beaucoup plus sage que celle de Yann Robin, quoique se voulant également très ambitieuse.
Molécule a voulu avec cette première œuvre symphonique (transcrite sur partitions par Sinian Asiyan) « interroger notre rapport à la mort, dans ce qu'elle a d'universel, d'intemporel, et le souffle de vie qu'elle envoie. » Le musicien a passé deux années auprès de l'orchestre pour capter les sons lors des répétitions : glissements des cordes, craquements des instruments, souffles des musiciens. Autant de fragments, de bribes de sons et d'œuvres qu'il a voulu réajuster dans sa symphonie, comme dans un grand puzzle sonique.
La mécanique « quantique » du titre intervient dans le sens où elle chamboule notre conception du monde, du temps. Passé et avenir, ici et au-delà, pouvant cohabiter dans une même réalité. Le propos peut paraître un peu obscur. L'œuvre ne l'est pas. Elle est même curieusement très « classique », tant dans la forme que dans le fond. Divisée en quatre mouvements, cette symphonie se présente surtout comme une succession de collages, de séquences sonores où l'électronique est finalement assez discrète. Entre tradition et avant-garde fort sage, la Symphonie « Quantique » débute dans une sorte de néant cosmique qui enfle progressivement comme dans un pastiche du Lontano de Giörgy Ligeti, avant de déboucher sur une mélodie de basson et des nappes de cordes qui pourraient sortir d'une musique de film (au demeurant excellente) de John Williams.
Ce côté hybride se retrouve tout au long de l'œuvre. On y entend des échos des Planètes de Gustav Holst, du Sacre du Printemps d'Igor Stravinsky, du Requiem de Mozart, se chevauchant à des nappes planantes électroniques, ou des cellules répétitives à la Philip Glass.
Tout cela est fort joli mais manque singulièrement d'unité. On se laisse malgré tout aller sans déplaisir au gré de ces paysages sonores très hétérogènes, guidés par un excellent orchestre. Mais quant à l'interrogation sur la mort, l'invisible et l'univers, nous retournerons plutôt à Richard Strauss et Gustav Mahler…










