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À la découverte des œuvres moins connues de Kurt Weill

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Kurt Weill (1900-1950) : The Seven Deadly Sins, ballet chanté sur un texte de Bertold Brecht traduit par W. H. Auden et Chester Kallman ; The New Orpheus, cantate pour soprano, violon et orchestre sur un texte de Iwan Goll traduit par David Pountney ; concerto pour violon et orchestre à vent. Avec : Wallis Giunta et Jennifer France, sopranos ; Mats Carlsson et Love Tronner, ténors ; Lars Johansson Brissman, bariton ; Andreas Olsson, basse ; Katarina Andreasson et Benjamin Herzl, violons. Swedish Chamber Orchestra, direction : HK Gruber. 1 CD BIS Records. Enregistré le 24 avril 2023, du 26 au 28 août et du 18 au 22 novembre 2024 au Örebro Concert Hall en Suède. Notice de présentation en français, anglais et allemand. Durée : 08:27

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Programme d'une belle cohérence thématique, qui permet de voir plusieurs facettes du grand compositeur d'origine allemande. Sous la baguette de HK , lecture à la fois théâtrale et musicale de trois œuvres en parfaite complémentarité.

Après un premier album paru en 2023, HK et les musiciens du poursuivent leur exploration de l'œuvre de , et nul ne s'en plaindra. On saluera pour commencer la cohérence de la programmation de ce nouveau CD. Démarrant avec le cycle bien connu Die sieben Todsünden (Les sept Péchés capitaux), il se poursuit avec une autre œuvre vocale, la rare cantate Der neue Orpheus, qui a la particularité de faire appel à un solo de violon. C'est donc en toute logique que le disque s'achève avec le Concerto pour violon du compositeur. La confrontation des trois œuvres rend compte de l'évolution stylistique de Weill, ce dernier ayant de toute évidence été davantage tenté par les sirènes du dodécaphonisme dans ses œuvres de jeunesse, comme en témoignent les deux pièces pour violon, influencées à la fois par Schoenberg et par Busoni. L'écriture du ballet écrit pour Paris dans les années 1930 est, dans sa théâtralité, d'une facture plus classique, et préfigure en ces temps troubles la façon américaine que Weill développera à partir de son émigration vers le Nouveau Monde.

Cet enregistrement, qui nous vient de Suède, a également la particularité de faire entendre les deux pièces vocales dans une traduction anglaise. Pour les Seven Deadly Sins, c'est celle du grand poète W. H. Auden et de son compagnon Chester Kallman. La cantate consacrée à la figure d'Orphée permet de faire entendre celle du metteur en scène David Pountney. Dans les deux cas, les traductions s'éloignent considérablement du texte original et optent pour une version modernisée et recontextualisée. Pour une œuvre créée en 1927 Pountney, qui connait son Weill sur le bout des doigts, n'hésite pas à glisser une référence au 11 septembre dans son évocation du parcours d'un Orphée des temps moderne…

Pour les trois œuvres l'interprétation est de la plus grande qualité, même si l'on a connu des voix intrinsèquement plus belles – Brigitte Fassbaender, Anne-Sofie von Otter – pour les Sept Péchés capitaux, œuvre pour laquelle la capacité à faire ressortir le texte est évidemment primordiale. La soprano n'a ni le grain capiteux de ses devancières ni, pour la restitution de l'anglais, la diction exemplaire de , la seule chanteuse à avoir jusque-là gravé la version anglaise de l'œuvre. Elle n'en propose pas moins une lecture parfaitement engagée et dramatiquement impeccable. Belle prestation également de la soprano pour la cantate The New Orpheus, ainsi que des quatre chanteurs chargés d'incarner la voix collective de la famille pour le ballet. Interprétation pleine d'humour qui donne toute plénitude à la peinture satirique d'une Amérique bien-pensante obsédée par son confort et son obsession de la consommation. Rien à redire sur le jeu des deux violonistes, valeureusement soutenus par le chef HK , soucieux à la fois de la théâtralité des deux œuvres vocales et de la modernité rythmique et harmonique des pièces faisant appel au violon.

Un disque audacieux, original, qui nous rappelle à point nommé que l'œuvre de gagne à être mieux connue.

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Kurt Weill (1900-1950) : The Seven Deadly Sins, ballet chanté sur un texte de Bertold Brecht traduit par W. H. Auden et Chester Kallman ; The New Orpheus, cantate pour soprano, violon et orchestre sur un texte de Iwan Goll traduit par David Pountney ; concerto pour violon et orchestre à vent. Avec : Wallis Giunta et Jennifer France, sopranos ; Mats Carlsson et Love Tronner, ténors ; Lars Johansson Brissman, bariton ; Andreas Olsson, basse ; Katarina Andreasson et Benjamin Herzl, violons. Swedish Chamber Orchestra, direction : HK Gruber. 1 CD BIS Records. Enregistré le 24 avril 2023, du 26 au 28 août et du 18 au 22 novembre 2024 au Örebro Concert Hall en Suède. Notice de présentation en français, anglais et allemand. Durée : 08:27

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