Armin Hokmi construit son répertoire formel à Montpellier
C’est sur la scène de l’Opera Comédie que Armin Hokmi a créé BAZM (répertoire) dans le cadre de Montpellier Danse. Un pas décisif pour cet artiste subtil et conceptuel.
Il perce comme une lumière du Nord, froide et apaisante, dans cette pièce aux couleurs et aux sonorités cristallines. Un univers qui semble inspiré par les années norvégiennes, puis berlinoises, du chorégraphe iranien associé à l’Agora – cité internationale de la danse depuis trois ans, tout juste auréolé du Prix Révélation chorégraphique par le Syndicat de la Critique Théâtre, musique et danse.
Le vocabulaire chorégraphique utilisé dans BAZM (répertoire) est ténu et délicat. Chaque danseur se présente au plateau les deux mains jointes sur une hanche, coudes à angle droit. Le mouvement se déploie avec de subtils haussements d’épaules et d’infinies variations dans les déplacements, à un rythme très maîtrisé. À partir d’une contrainte, des mains jointes et des bras fixes, il crée un éventail de mouvements avec les articulations du corps restant disponibles. Les costumes en patchwork très futuriste aux couleurs sourdes ou froides, en harmonie avec les subtiles variations de la lumière, font parfois vibrer les oscillations du corps et contribuent à isoler et valoriser tel ou tel membre qui bouge tandis que les autres restent immobiles.
Ce n’est qu’au bout d’une vingtaine de minutes qu’à la faveur d’une instrumentation plus rock et plus énergique, les bras des danseurs se coulent le long du corps et accompagnent peu à peu l’élan de la musique en libérant leur balancement naturel. Conçue à l’ordinateur, cette musique percussive – que l’on pourrait parfois qualifier de minimaliste – est répétitive, ce qui contribue à la dimension hypnotique et sérielle de la pièce.
Quand on lui pose la question du minimalisme de son travail chorégraphique, Armin Hokmi répond « qu’il n’y a ni trop, ni pas assez de mouvement, mais juste la quantité nécessaire ». Plutôt que d’ajouter, Armin Hokmi semble retrancher, jusqu’à parvenir à une forme d’épure ou d’acèse. C’est un vocabulaire conceptuel et codifié qui demande beaucoup de rectitude, presque d’austérité, et une certaine tenue du corps. Pourtant, pour concevoir et mémoriser ce écriture extrêmement codifiée, Armin Hokmi n’utilise pas encore le système de notation du mouvement, estimant que la mémoire de chacun des danseurs y suffit.
Armin Hokmi n’utilise pas non plus tous les ressorts de l’unisson dans la composition de sa pièce, ce qui semblerait difficile, compte tenu de la diversité des corps et des trajectoires des danseurs. C’est d’ailleurs le duo central avec deux de ses interprètes fidèles qui est à la fois le plus libre et le plus radical, même si le chorégraphe réfute cette notion de radicalité. Il s’agit pourtant d’un trait constant de son écriture apaisante et toute en retenue, à l’heure où les corps débridés et exubérants sont majoritaires sur les scènes européennes. Un véritable parti pris, en tous les cas !
Crédits photographiques © Laurent Philippe ; © Vahid Amanpour
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