Oh La La La ! à Nancy : promenade ludique dans la chanson française
L’Opéra national de Nancy-Lorraine rend un bel hommage à la mélodie française en utilisant avec à propos ses forces locales dans la conception et la mise en scène sensibles et efficaces de Louise Brun.
Oh la la la ! Expression typiquement française, dont s’amusent les étrangers, mais aussi, dans sa désinence, évocation d’une mélodie fredonnée. Dans ce spectacle qu’elle a conçu et mis en scène pour l’Opéra de Dijon en octobre 2022, Louise Brun se propose donc de revisiter l’opérette et plus largement la comédie musicale et la chanson française de la première moitié du XXe siècle étendue à la fin du XIXe d’un côté (la Barcarolle des Contes d’Hoffmann d’Offenbach ou La Fillle de Madame Angot de Lecoq) et aux années soixante de l’autre puisque on y trouve la « Ballade des badauds » de Pacifico de Paul Nivoix et Joe Moutet (1958) ou le premier succès de Dalida Bambino de Jacques Larue et Raymond Lefèvre (1956).
Le sous-titre « Opérettes en promenade » est un peu réducteur. Certes on y entend des extraits de Là-haut de Maurice Yvain, Brummel de Reynaldo Hahn, L’Enfant et les Sortilèges de Ravel pour finir avec Les Mamelles de Tirésias de Poulenc mais aussi, pour le plus grand plaisir du spectateur, d’émouvantes ou cocasses chansons des Frères Jacques, Francis Poulenc ou Kurt Weill entre autres. De même, si le texte est bien français, l’origine des mélodies peut ne pas l’être comme pour Bambino (Aurelio Fierro), « L’heure exquise » issu de La Veuve Joyeuse de Franz Lehar et même « Oh la la la ! C’est magnifique » qui donne son titre au spectacle, immortalisé par Luis Mariano, mais qui vient de la comédie musicale Can-Can de Cole Porter.

Pour relier le tout, Louise Brun choisit le fil directeur du jeu et de l’imagination, celle des enfants d’abord, celle des adultes ensuite avec un adolescent omniprésent (Alexis Darne) à la frontière des deux mondes. C’est lui qui ouvre la soirée sur le plateau vide en tapotant sur un piano miniature tandis que se matérialisent par transparence ses rêves avec la pianiste et le piano de concert qui va accompagner la soirée. Superbe et poétique entrée en matière. Chaque air est contextualisé par de simples accessoires (cerf-volant ou jouet en forme de bateau pour les enfants, banc, lampadaire, parapluies ou landau pour les adultes) qui laissent toute sa place à l’imaginaire. Avec l’aide d’Alix Coudray au mouvement, chaque tableau est minutieusement réglé et chorégraphié, comme par exemple l’irrésistible tableau des « Boîtes à musique » et ses choristes transformés en pantins mécaniques. Les costumes colorés, les éclairages subtils contribuent aussi à un spectacle si séduisant qu’on en aurait volontiers prolongé la magie ;1h30 c’est bien court…

À l’origine, Oh la la la ! était une commande de l’Opéra de Dijon pour son chœur permanent. Nancy fait de même en faisant appel aux enfants de la Maîtrise citoyenne itinérante de l’Opéra national de Nancy-Lorraine et aux adultes du Chœur de l’Opéra. On avoue avoir été plus immédiatement séduit par le chœur d’enfants, leur vivacité, leur fraîcheur, leur enthousiasme et plus encore par leur précision et leur qualité tant musicales que scéniques. Les adultes ne déméritent pourtant pas. Certes, plusieurs solistes aux origines non francophones ont une prosodie un peu malmenée et on doit déplorer un gros décalage dans le titre éponyme « C’est magnifique ». Mais globalement les ensembles sont parfaitement en place, les chorégraphies impeccablement synchrones et la qualité constante, surtout chez les voix masculines. Du côté des solistes, on retiendra parmi d’autres la nostalgie des « Chemins de l’amour », la vitalité et la justesse de l’interprète de Bambino ou l’intense émotion du « Youkali » de Kurt Weill.

Rompue à l’accompagnement, la pianiste Nima Santonja réalise une éblouissante prestation. Dotée d’une technique précise, sûre et virtuose, elle insuffle motricité, rythmes et couleurs au chœur. L’Orchestre de l’Opéra national de Nancy-Lorraine s’y joint de part en part pour élargir avec bonheur l’espace sonore. La direction est assurée par la cheffe de chœur Virginie Déjos qui assure dynamisme et cohésion mais échoue à rattraper le décalage précité. Outre la joie des nombreux enfants et des familles des jeunes choristes, venus peut-être pour la première fois à l’opéra, c’est l’ensemble du public qui reçoit chaleureusement petits et grands interprètes de ce spectacle fort sympathique.


















