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Tilson Thomas dans Bruckner à Verbier : un concert à marquer d’une pierre blanche

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Anton Bruckner (1824-1896): Symphonie n° 7. Orchestre du festival de Verbier, Michael Tilson Thomas, direction. 1 CD numérique Verbier Festival Gold – Deutsche Grammophon. Enregistré à Verbier, en juillet 2005. Pas de notice. Durée totale : 57:55

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    L’enregistrement de la Symphonie n° 7 de Bruckner captée lors de l’édition 2005 du festival de Verbier parait uniquement en numérique. Voilà une archive inattendue et remarquable du chef américain qui nous a quitté en avril dernier. 

    Espérons entendre dans le futur de nouveaux témoignages en concert de l’œuvre de Bruckner que avait, hélas, délaissé au disque (seuls deux “live” confidentiels avec San Francisco, respectivement des Symphonies n° 6 et n° 7 nous sont parvenus). Le chef fut bien davantage un mahlérien reconnu.

    La prise de son bien étagée et définie, mais très légèrement saturée dans les grands dynamiques met en valeur la mobilité de l’interprétation. Dès les premières mesures, l’auditeur est séduit par l’élégance de l’orchestre, à la fois souple et bien tenu. Les premières pages sont jouées dans une atmosphère de griserie avec un côté aérien, qui évoque la vivacité de l’écriture d’un Mendelssohn. Le caractère pastoral est délicatement restitué grâce à des pupitres de première force dans les bois. Tilson Thomas obtient des pianissimi superbes sans que les tensions se rompent. Les phrases sont relancées avec beaucoup de brillance et de fluidité. Tout rayonne avec une virtuosité et un souffle naturel.

    Aucun pathos dans l’Adagio joué avec un rubato contenu et un vibrato minimal. Le chef s’appuie sur la respiration des musiciens. Les passages d’une densité plus solennelle ne sont pas appuyés. Les pianissimi sont ciselés avec beaucoup de précaution et d’élégance. L’orchestre qui est composé de jeunes solistes ne possède pas les plus belles cordes, mais il joue avec une touchante sincérité et dans une vraie communion musicale. Dans le grand forte du mouvement, le crescendo se raidit jusqu’au fameux coup de cymbales dont il faut rappeler qu’il fut ajouté à la demande de Franz Schalk (au soir de sa vie, Bruckner indiqua cette modification comme “non valable”).

    Le Scherzo fut le mouvement de la symphonie composé en premier. Quel élan, quel panache ! Le tempo est très rapide mais il n’altère en rien l’expression des ländler de la paysannerie autrichienne à laquelle Bruckner était fier d’appartenir. Les pupitres montrent une concentration et un engagement de tous les instants. Tilson Thomas fait vibrer l’orchestre et prend des risques en ne canalisant pas toujours une certaine précipitation assez réjouissante pour l’auditeur.

    Le Finale s’ouvre sur une marche héroïque des cordes, elle même colorée par les bois. Les cors apportent l’élément chaleureux de cette page exaltée et encadrée par deux immenses chorals aux vents. La beauté des cuivres et des cors en particulier tout comme la qualité de la mise en place impressionnent. Le silence qui suit la fin du dernier choral et la reprise du thème sont superbes malgré un petit problème de justesse aux cuivres dont les pianissimi sont périlleux pour ces instruments. Peu importe. Ce concert est à marquer d’une pierre blanche dans une discographie pourtant considérable. On songe, ici, aux témoignages tout aussi gorgés de sève, d’Abbado à Lucerne (2007) et du jeune Haitink au Concertgebouw (1966). 

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