Le Northern Ballet de brillant passage à Londres
Dirigé depuis 2022 par Federico Bonelli, ancien principal du Royal Ballet, le Northern Ballet, basé à Leeds, fait escale chaque année au Linbury Theater, un théâtre à l’italienne contemporain, niché au cœur de la Royal Opera House à Londres avec Trois courts ballets, dont une création de Tiler Peck.
Ce programme de Trois courts ballets est composé chaque année de pièces différentes, permettant de découvrir l’étendue du répertoire du Northern Ballet et le registre d’interprétation de ses danseurs. Cette année, le programme réserve une surprise, une première mondiale de Tiler Peck, célèbre danseuse et chorégraphe américaine du New York City Ballet. Dans Grandes Études, titre de la partition des Grandes Études de Paganini de Listz, jouée en direct au piano par Rose McLachlan, la chorégraphe livre un feu d’artifice de virtuosité stylistique, en écho à celle de la musique. C’est un octuor, composé de quatre couples à géométrie variables, qu’elle module en de multiples et brillantes combinaisons. Son style est très américain, à la fois franc, primesautier, direct et léger. Il y a beaucoup d’humour aussi dans ces pièces dont s’emparent les danseurs avec délice. Les corps des danseurs sont musclés et toniques, ils dansent avec beaucoup d’élan et de volonté. Les quatre danseuses sont plus versatiles, avec d’incessants changements de direction et beaucoup d’énergie. La jeune pianiste de 23 ans, installée dans une loge d’avant-scène devant son demi-queue, accompagne avec musicalité les chassé-croisé des danseurs sur le petit plateau, profitant d’une très grande proximité avec le public.
5 tangos est l’une des plus célèbres pièce du chorégraphe néerlandais Hans van Manen, mort récemment. Presque 50 ans après sa création, ce ballet n’a pas pris une ride, comme on a pu le constater lors de l’Hommage à van Manen du Dutch National Ballet, au Théâtre des Champs-Elysées. Sur la musique d’Astor Piazzolla, qu’il entendit pour la première fois à Berlin Ouest dans les années 70, Hans van Manen cisèle cinq tangos de légende, diablement efficaces. Le casting est plus « stylé » que celui de la pièce de Peck. Par exemple, une danseuse évolue seule au milieu de six hommes, avec beaucoup de rigueur et de retenue. Pas de folklore, mais un tango moderne, sobre, tranchant avec ses costumes noirs et leur touche de rouge pour les filles. Beaucoup de confiance aussi du côté de l’interprétation dans une version impeccablement remontée par Rachel Beaujean et Alexander Zhembrowsky et deux superbes principals : Dominique Larose and Jonathan Hanks. Un ensemble vraiment parfait, avec des montées sur pointes, des arabesques plongées et des cambrés d’anthologie. Chapeau !
Le dernier ballet de la soirée, Fools est une création de Mthuthuzeli November, artiste sud-africain, chorégraphe déjà repéré par les grandes compagnies internationales, comme le Ballet de l’Opéra de Paris, qui a fait entrer au répertoire son Rhapsodie. Fools est un ballet narratif, sorte de Roméo et Juliette dans un township sud-africain. Inspiré du livre Hill of Fools de R.L. Peteni, le ballet concentre son action autour de Juliette, dansée par Sarah Chun, constamment au centre de la scène, tandis que les membres des deux ethnies rivales se jaugent, se défient et se battent. Les femmes se battent avec des balais, tandis que les hommes luttent avec des bâtons, jusqu’à l’issue fatale qui diffère du drame Shakespearien puisque seul Romeo est tué et que Tybalt, Mercutio ou Juliette vivent. Le ballet est extrêmement dynamique avec un mouvement permanent et beaucoup d’entrées et de sortie de scène. Juliette, seule ballerine sur pointe, a tout d’abord un jeu enfantin, qui se transforme un peu au fur et à mesure que le drame approche. La chorégraphie empreinte à la danse contemporaine et la danse sud-africaine, avec des ensembles vifs et toniques, qui soulèvent parfois la question de l’appropriation culturelle. Un ballet attachant et universel que méritait plus d’espace pour se déployer que l’écrin tout en bois du Linbury Theater.











