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Le Fantôme de l’Opéra fait son cinéma à Garnier

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Le Fantôme de l’Opéra. Un film d’Alexandre Castagnetti. Musique : Dan Lévy. Avec : Romain Duris, Deva Cassel, Julien de Saint-Jean, Laïka Blanc-Francard, Guillaume Diop, Dorothée Gilbert, Axel Auriant, Loup Marcault-Derouard. Production : SND Films. Sortie le 28 octobre 2026. Format : 2.35. Durée : 135:00

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Il est des bandes-annonces peu engageantes de films réussis. Celle de ce nouveau Fantôme de l’Opéra disait vrai. La réactualisation du célèbre roman de Gaston Leroux par aligne les motifs de consternation.

« A mon père ». Dédicace forcément touchante. Cependant être, comme , le fils d’un chanteur lyrique n’est pas blanc-seing pour le sujet : c’est ce que l’on découvre tout au long de cette onzième variation cinématographique du roman de 1910, d’ores et déjà une des plus inutiles de toutes. Pour raconter le destin d’Anastasia, jeune ballerine roumaine engagée de nos jours dans le prestigieux corps de ballet de l’Opéra de Paris, confrontée à la jungle de la compétition, sous emprise d’un fantôme-compositeur (le ballet Orpheus jamais crée) errant depuis 1875 du sous-sol aux cintres de la Grande Boutique depuis que son amour de jeunesse, danseuse elle aussi, a péri dans l’incendie de l’Opéra Comique, (déjà six films dispensables à son actif) a fait les pires choix qui soient.

La musique. Pourtant due au talentueux (du duo rock The Do mais aussi de Prodigieuses et de J’ai perdu mon corps, César de la meilleure musique de film 2019), hachée menu pendant deux heures par un montage épileptique, elle n’a le droit de se déployer vraiment qu’au moment du ballet final. L’intérêt en est de toutes façons assez limité, comme si, devant l’ours du film, le compositeur avait déjà ressenti l’effarement à venir du spectateur, aussi bien devant le pompiérisme musical bas de gamme (sommaires interjections chorales) d’une inspiration qui n’adviendra jamais que devant quelques morceaux branchés (, Billie Eilish, le No one noticed par Yorina… ) qui n’auraient pas déparé le sinistre 9 semaines et 1/2, ou encore l’alibi classique de quelques fragrances de Tchaïkovski ou Brahms pour le quotidien des danseurs.

Les interprètes. Les épaules de la jeune Deva Cassel sont mises à rude épreuve. Sadisée par son chorégraphe, moquée par son Fantôme : cela n’est rien en regard du minaudage perpétuel auquel la contraint son réalisateur. Comment s’attacher dès lors au parcours de cette oie pas si blanche, arriviste jusqu’au bout des chaussons, que Castagnetti finira par maquiller comme une influenceuse : un rimmel de façade qui masque mal la pudibonderie générale d’un film qui avance sans crainte du ridicule jusqu’à prôner, plutôt que l’amour ici et maintenant, l’amour dans une commode éternité. On se souvient alors du bon mot de Woody Allen : « L’éternité c’est long, surtout vers la fin ». On songe aussi à la saga Twilight, autrement assumée par le charisme de son prodigieux duo d’interprètes (Pattinson, Stewart). Condamné à la même opalescence chaste, le Fantôme de Julien de Saint-Jean ne convainc pas davantage. Après l’Arsène Lupin de Jean-Paul Salomé, Le Fantôme de l’Opéra d’Alexandre Castagnetti continue d’interroger quant aux choix malheureux de Romain Duris, plutôt bon conteur au début, qui se dépense ensuite sans compter en mentor toxique brossé à la serpe façon Whiplash. Aux côtés de ce pénible trio, pour donner corps à Orpheus, de vrais artistes de l’ONP (, , ) sont condamnés à jouer – et danser – les utilités de cette vague resucée d’un Black Swan à la française autour d’un bébé requin dont le cerveau malade serait peut-être même allé jusqu’à avoir imaginé de toutes pièces la présence réelle du fantôme.

La chorégraphie. Comme , Marion Motin (qui a collaboré avec Stromae, Christine and the Queens, ou France Gall pour sa comédie musicale Résiste) fait avec ce que lui autorisent le tempo et l’imagerie incroyablement vieillotte de la réalisation. Rien ne fonctionne pas même le gloubi-boulga du ballet final : au mépris de la plus élémentaire vraisemblance, ce qu’on annonce comme un événement extraordinaire depuis deux heures commence avec une choré des chevaux sur le grand escalier de Garnier qui vaut son pesant d’avoine, se poursuit sur le plateau avec des impros sans boussole, devient un film projeté sur un écran, et enfin une course-poursuite de tous jusqu’au fameux lac souterrain ! Une chorégraphie d’une absolue ringardise qui ne sera applaudie que par les spectateurs dans le film.

La réalisation. Plutôt qu’un film, ce Fantôme de l’Opéra cru 2026 est un clip. Rares sont les plans de plus de cinq secondes dans ce naufrage (entre jumpscares éculés et sommets de kitsch telle la scène d’amour en rose et mauve dans l’eau du lac) duquel n’émergent que quelques beaux plans sur la capitale, sur les toits de l’institution ou quelques caméos d’interprètes trop rares (Angela Molina, Mounir Margoum). Comment un tel style, digne des pires Marvel, peut-il aujourd’hui servir de credo esthétique à un jeune réalisateur ? Le seul intérêt du film est de se dérouler, hormis le lac souterrain reconstitué en studio, dans le lieu de l’action : le Palais Garnier soi-même (c’est une première) que Castagnetti n’est pas loin de débaptiser en Moulin Garnier tant chacun peut y entrer jour et nuit au mépris de toute vraisemblance. Un laisser-passer dans le Saint des saints qui conduit le réalisateur-dialoguiste à confier à la bouche du Fantôme cette confidence débitée sans fou-rire au cœur d’un film concourant pour la palme du film le plus bruyant de la semaine: « J’aime le silence de Garnier : cette intimité qui ne demande qu’à être écoutée ».

Ce Fantôme désolant (« c’est nul, c’est à ch…  » hurle Duris à Ansatasia, autorisant le spectateur à pouffer enfin devant cette accusation transformée à l’insu du réalisateur en confession) ravive bien évidemment les couleurs du lointain Phantom of Paradise (1974) que Brian De Palma avait décalé avec un certain génie dans l’univers de l’opéra-rock (musique de ). Et même celles de The Phantom of the Opera (2004) de Joel Schumacher, pas le plus subtile des cinéastes, mais dont les angles des choix visuels avaient été arrondis par ceux de choix musicaux autrement convaincants : l’intégralité de la célèbre comédie musicale d’Andrew Lloyd Weber, grand fourbisseur planétaire de mélodies faisant leur petit effet. Grandiloquent et creux, à vrai dire assez monstrueux : on se demande à présent quel public va bien pouvoir toucher Le Fantôme de l’Opéra d’Alexandre Castagnetti.

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Le Fantôme de l’Opéra. Un film d’Alexandre Castagnetti. Musique : Dan Lévy. Avec : Romain Duris, Deva Cassel, Julien de Saint-Jean, Laïka Blanc-Francard, Guillaume Diop, Dorothée Gilbert, Axel Auriant, Loup Marcault-Derouard. Production : SND Films. Sortie le 28 octobre 2026. Format : 2.35. Durée : 135:00

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