A l’écoute d’Arvo Pärt : le voyage initiatique de Karol Beffa
Ce livre joliment écrit par le compositeur Karol Beffa rend hommage à Arvo Pärt, un musicien qui, aujourd’hui encore, ne laisse pas indifférent. Son œuvre peut être rejetée ou adorée. Incontestablement, elle marque notre époque.
Il ne s’agit ni d’une biographie du compositeur estonien et encore moins d’une étude musicologique : les ouvrages d’Enzo Restagno et Leopold Brauneiss chez Actes Sud / Classica ainsi que de Julien Teysssandier aux éditions Pierre-Guillaume de Roux comblent, à ce jour, le mélomane.
Le livre de Karol Beffa tient davantage de la déambulation admirative d’un tout jeune compositeur qui découvre l’existence d’une pensée musicale nouvelle – nous sommes alors dans les années 80 – aux antipodes de l’avant-garde boulézienne. La “résistance” s’organise alors autour de quelques figures en rupture de ban : elles prônent le retour à la consonance, l’intérêt pour le minimalisme et la musique répétitive américaine, autant d’interdits collectés dans Requiem pour une avant-garde (1995), titre de l’ouvrage percutant du regretté Benoît Duteurtre. Une certaine forme de simplicité, une jouissance de l’ut majeur et pour tout dire, le goût de la beauté et du plaisir, préludes à toute musique selon Claude Debussy démontrèrent que l’on pouvait faire l’économie d’une certaine complexité.
Cette époque du combat esthétique est depuis longtemps révolue, non seulement faute de combattants, mais aussi parce que la musique actuelle s’est ouverte à une infinité de courants en provenance des cultures du monde entier.
En tant que compositeur et improvisateur, Karol Beffa témoigne de l’influence profonde du musicien estonien dans sa propre réflexion : elle nourrit son langage et, dans une approche plus philosophique, son rapport à l’écriture. Tout comme chez Messiaen, mais dans un univers sonore éloigné, la dimension du sacré est indissociable de la musique de Pärt. Karol Beffa nous raconte ainsi sa quête à la mesure d’un voyage initiatique, d’abord par le disque puis le concert, et enfin grâce aux rencontres avec son illustre aîné. Il en parle de manière touchante, confiant ses préférences, mais demeurant admiratif devant un “sage” qui offrirait les clés d’un paradis perdu.
Dans la description des pièces, le lecteur gagne beaucoup à posséder une connaissance même réduite de l’œuvre de Pärt. Celle-ci ouvre des perspectives vers d’autres musiciens comme l’Ukrainien Valentin Silvestrov. Pour sa part, Karol Beffa évoque au gré de ses propres créations, les rencontres avec des interprètes familiers de l’œuvre, comme Paavo et Neeme Järvi. Il enrichit également son propos avec le cinéma puisque Arvo Pärt collabora avec François Dupeyron, François Ozon, Denys Arcand et Leos Carax. On aurait aimé en apprendre davantage sur ce lien rétinien entre le son et l’image.
Le livre se referme par un entretien qu’Arvo Pärt accorda au magazine Classica, en 1996. Un échange passionnant mené par Karol Beffa et Bertrand Dermoncourt et qui est publié pour la première fois dans son intégralité.












