Le Parc toujours frémissant de Preljocaj à Garnier
Reprise après cinq années du Parc de Preljocaj par le Ballet de l'Opéra de Paris, qui permet à une nouvelle génération de s'en saisir, après une occasion manquée en raison du Covid. Ce ballet de 1994 n'a pas pris une ride et s'affirme comme une pièce majeure de la fin du XXe siècle.
Dès le prologue, les jardiniers, l'impeccable mécanique de la danse de Preljocaj se met en place dans un quatuor au cordeau. Liant précision et fantaisie, le premier acte est interprété avec malice, voire espièglerie et exactitude par les danseurs du corps de ballet. Le moment le plus délicieux étant cette partie de chaises musicales, très enlevée. Resté seul, le couple formé par Germain Louvet et Hannah O'Neill est d'une grande élégance et délicatesse en ce soir de Première.
Au début du deuxième acte, on s'évanouit beaucoup dans les robes à la française sur fond sonore de petits cris gracieux. Hannah O'Neill, dans une robe rouge en toile de Jouy, est magnifiquement hiératique. Les Demoiselles qui jouent avec elle à cache-cache sont d'une grande féminité, à commencer par Letizia Galloni. Les jeux de l'amour se corsent un peu et des couples se forment autour des arbres. Suit un remarquable quatuor des garçons avec précision, force et puissance.
Germain Louvet, très expressif et musical, vient à bout de la résistance d'O'Neill. Le tableau du sommeil sur fond de nuit étoilée qui ouvre le troisième acte est l'un de ceux fameux de Preljocaj. Hannah O'Neill est parfaite dans ce rôle de jeune femme assoupie, ballotée par les jardiniers. Aux côtés de Louvet, les cinq Messieurs sont vifs et amples. Cela va vite et fort, mention spéciale à Keita Bellali, brillant !
Le duo magnifique et émouvant entre les deux amants est l'acmé du ballet, sur l'adagio en fa dièse du Concerto pour piano n°23 en la majeur K. 488 de Mozart. Hannah O'Neill, déshabillée par les jardiniers, se dévoile en chemise aux pans libres. Elle se hisse sur la pointe des pieds et s'envole comme aimantée à Germain Louvet par leurs seules lèvres. Ce duo, intitulé L'abandon, est sans conteste devenu un tube mondialement connu.
En cette soirée de première, très intense, les deux danseurs sont encore en contrôle dans ce moment très technique. Il devraient relâcher la pression qui pèse sur eux au fil des représentations. À leurs côtés, les danseurs du Ballet de l'Opéra de Paris s'emparent de l'écriture volontariste et dynamique d'Angelin Preljocaj, y insufflant l'énergie qui manque un peu à la direction par Zoé Zeniodi de l'Orchestre de chambre de Paris aux tempi un peu trop lents.














