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Le Ballet de Stuttgart pour un programme mixte en couleurs et en noir et blanc

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Stuttgart. Opernhaus. 21-III-2026, 3-IV-2026. Augen/Blicke.
Shut Eye. Chorégraphie, décor, costumes : Sol León, Paul Lightfoot. Musique : Olafur Arnalds, Bryce Dessner. Avec Martino Semenzato/Friedemann Vogel, Mizuki Amemiya, Christopher Kunzelmann, Elisa Badenes, Peter Hull, Fabio Adorisio, Anton Tcherny, Riccardo Ferlito.
Vermilion. Chorégraphie : Vittoria Girelli. Musique : Davidson Jaconello…. Décor, costumes : Tom Visser ; costumes : Maria Girelli. Avec Rocio Aleman, Diana Ionescu/Vittoria Girelli, Ava Arbuckle, Henrik Erikson, Martino Semenzato, Lassi Hirvonen, Edoardo Sartori, Joaquin Gaubeca, Macéo Gérard, Leon Metelsky.
Within the Golden Hour. Chorégraphie : Christopher Wheeldon ; costumes : Zac Posen ; musique : Ezio Bosso, Antonio Vivaldi. Avec Elisa Badenes, Miriam Kacerova, Veronika Verterich, Gabriel Figueredo, Adhonay Soares da Silva, Satchel Tanner…
Staatsorchester Stuttgart ; direction : Wolfgang Heinz.

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L'art réactionnaire de Wheeldon s'oublie vite face à un classique du duo Lightfoot/León et une création intrigante du talent chorégraphique maison .

La soirée porte le titre de Augen/Blicke, titre volontairement ambigu entre « regards » et « instants » ; cette habitude prise de donner des titres aux soirées mixtes montre la volonté d'unir des pièces crées dans des contextes différents dans une unité dramaturgique, ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi, mais peut tendre comme ici à privilégier une tonalité commune au détriment des contrastes.

La troisième pièce du programme est sans aucun doute la plus faible. La chorégraphie de , créée pour ce bastion du conservatisme chorégraphique qu'est le Ballet de San Francisco, n'essaie même pas de faire illusion : le Ballet de Stuttgart est un haut lieu de la danse classique précisément parce que, dans la lignée de Cranko, ses directeurs successifs ont eu à cœur de questionner sans cesse le langage classique pour préserver son actualité et sa force créatrice. Ici, au contraire, c'est comme si le patriarche Balanchine était encore de ce monde : les hommes sont forts et galants, les femmes légères et élégantes, et la structure du ballet, qui alterne figures collectives et duos homme/femme, est entièrement prévisible ; bien entendu Wheeldon sort à l'occasion dans son écriture du « balanchinesquement » correct, quand des danseurs dansent au sol (pas plus de trente secondes), ou quand la prise d'un porté se fait au niveau du haut de la cuisse de la danseuse, mais ce ne sont que des variations sur un thème trop connu. Le titre, Within the Golden Hour, donne l'atmosphère automnale de la pièce, que viennent encore surligner les costumes de Zac Posen, paraît-il couturier des stars, mais qui sont tout aussi compassés et poussiéreux que la pièce ; on aimerait traduire-trahir ce titre par Comme au bon vieux temps.

Bien sûr, comme pour le répertoire de Balanchine, une telle pièce permet aux danseurs de montrer ce dont ils sont capables, du moins du point de vue de la technique – pour ce qui est d'une interprétation personnelle, la marge offerte aux danseurs est encore plus mince que chez Balanchine lui-même. Les étoiles du Ballet de Stuttgart, , , , sont parfaitement à l'aise, et la soliste a d'évidentes affinités avec cette écriture toute en longueur ; on ne boude pas son plaisir à voir les capacités techniques des danseurs, mais il n'est pas interdit de demander aussi un peu de profondeur dans la chorégraphie elle-même.

La première pièce, Shut Eye, montre sans aucun doute le savoir-faire du duo Lightfoot-León. Créée en 2016 alors qu'ils dirigeaient le Nederlands Dans Theater, cette chorégraphie pour huit danseurs traite des états intermédiaires entre veille et sommeil, tout ce que notre cerveau nous fait voir les yeux fermés. Le spectateur, lui, a plutôt intérêt à avoir les yeux grands ouverts : il n'y a pas beaucoup de lumière sur scène, et les costumes quand ils ne sont pas noirs ne sont tout de même pas très colorés. Le duo qui ouvre la pièce est sans doute le plus surprenant et le plus convaincant : on croirait presque qu'il a été créé spécialement pour Friedemann Vogel, qui fait merveille dans ce rôle décalé mi-humain, mi-animal, mais à vrai dire , dans l'autre distribution, n'est pas moins félin et malicieux que l'étoile absolue de la troupe. Leur partenaire joue avec tout autant de force cette étrangeté qui n'est pas sans humour, en contraste avec l'autre duo, formé par et Christopher Kunzelmann, avec leurs costumes de tous les jours : l'apparente normalité que prennent souvent les rêves n'est pas sans surprises elle aussi.

La pièce centrale, elle, est une création, la première de pour la grande scène du Ballet de Stuttgart, dont elle fait toujours partie en tant que « demi-soliste ». On avait découvert avec intérêt une de ses créations précédentes, SospiriVermilion marque un net progrès dans la dramaturgie des quelque trente minutes que dure la pièce. Cette fois, comme le titre l'indique, il y a de la couleur : le vermillon est la couleur des costumes des danseurs, et il fait aussi des apparitions dans le fond de scène. Les dix danseurs de la troupe apparaissent parfois à deux, à trois, voire seuls, mais la pièce n'en est pas moins une pièce éminemment collective, où les individualités comptent peu – les lumières très travaillées, à la limite du maniérisme parfois, laissent toujours les visages dans l'ombre. On comprend bien le refus de la hiérarchie qui est visible sur scène, tout comme le souci de sortir les danseurs des rôles genrés que Wheeldon préserve si complaisamment, mais oser dessiner des personnages n'est pas un tabou – c'est tout juste si on reconnaît à force d'attention , la star montante de la compagnie, ou qui a fait ses débuts dans sa propre pièce le 3 avril. Le groupe qui nous est présenté commence comme une matière inanimée, à la fin de la pièce, il se dirige d'un pas décidé vers un but inconnu, au fond à droite de la scène – on pourrait dire aussi que ce groupe humain passe de la passivité d'un destin subi à la mise en place d'une volonté commune.

Crédits photographiques : © Carlos Quezada (Shut Eye avec Friedemann Vogel et Vermilion)

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Stuttgart. Opernhaus. 21-III-2026, 3-IV-2026. Augen/Blicke.
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