Samuel Hasselhorn et Ammiel Bushakevitz passeurs d’espoir avec Schubert
À l'orée de la sortie de l'opus 3 des cinq albums que le duo consacre aux lieder de Franz Schubert dans le cadre de leur projet « Schubert 200 », le baryton et son fidèle pianiste ont donné lors de leur dernier récital Salle Cortot une sélection de lieder au dénominateur commun : l'espoir.

Après La belle meunière et Licht und Schatten (lumière et ombre), les deux musiciens ont choisi, parmi les plus de six cents lieder composés par Schubert, une vingtaine d'entre eux pour illustrer l'année 1826, une année d'éclaircie dans la vie du compositeur qui jouit alors d'une reconnaissance et s'autorise l'espoir, Hoffnung en allemand, titre donné au troisième des cinq albums édités jusqu'en 2028, année du bicentenaire de sa mort.
Comme précédemment, le récital donné Salle Cortot présente en majeure partie le programme du disque, à une poignée de lieder près, entrecoupé de deux intermèdes pianistiques (Valses, Ländler et Écossaise), la plupart des lieder entendus ce soir, hormis quelques-uns célèbres (Im Frühling, Der Wanderer an den Mond), étant peu connus et rarement chantés. L'ordre diffère de celui de l'enregistrement, alternant chants apaisés empreints d'espoir (Im Freien), de légèreté (Fischerweise), d'autres d'un optimisme combatif (Lebensmut) et quelques uns où dominent la mélancolie, la nostalgie (Im Jänner 1817 (Tiefes Leid) ), voire tourmentés tel Über Wildemann dont le début ressemble étonnamment au lied Rückblick (Regard en arrière) du Winterreise, mais où une lueur d'espoir finit par percer.
Samuel Hasselhorn nous révèle toutes les richesses de ces lieder pour la plus grande partie strophiques, avec à la fois simplicité, naturel et délicatesse d'expression, loin de toute afféterie. Le chant est subtilement nuancé d'une strophe à l'autre, mettant en valeur le texte parfaitement intelligible, mais jamais surligné, lui donnant toute sa force expressive, dans des inflexions toujours justes. Rien n'est répété à l'identique, dans l'injonction de Ständchen (Sérénade) par exemple, ou encore dans la prière qui termine Das Zügenglöcklein (La cloche des trépassés). L'interprétation prend ici tout son sens, tant le baryton et son complice pianiste savent donner vie à ces lieder, savent avec grande sensibilité être les passeurs des émotions humaines qui les traversent. La voix du baryton homogène, ronde et chaleureuse dans le registre grave, atteint des prodiges de douceur dans les aigus, tendrement éclairés lorsqu'il s'agit d'évoquer les étoiles (An mein Herz, qui ne figure pas dans le disque), un « visage amical » (Am Fenster), la compassion dans Das Zügenglocklein, ou enfin l'amour paternel dans la magnifique berceuse qui conclut le récital sur une poignée d'accords au piano et tout autant de silences : Der Vater mit dem Kind. Elle prend des ailes dans l'alerte Fischerweise, dans l'émoi joyeux d'An Silvia sur l'ostinato léger du piano, elle se personnifie dans Die Blume und der Quell, changeant alternativement de couleur dans le dialogue de la Fleur et de la Source. Le piano d'Ammiel Bushakevitz est là, présent, toujours aussi expressif et vivant, en particulier dans ce dernier lied laissé inachevé, dont il a complété si adroitement la partie instrumentale sous la mélodie, elle écrite, que quiconque ignorerait cela jurerait qu'elle est de Schubert !
Après le poignant Im Abendrot donné en bis, les musiciens esquissent un signe de tête en guise d'au revoir… jusqu'à l'année prochaine pour, gageons-le, les 200 ans du Voyage d'hiver, à moins qu'ils ne le réservent pour leur cinquième et dernier opus.
Crédit photographique © Jany Campello/ResMusica
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