Bomba flamenca, les funérailles musicales de Charles Quint par La Tempête
Reconstituer un évènement historique en musique est un concept souvent utilisé et qui apporte des résultats convaincants et souvent originaux. Ainsi en est-il ici avec ce CD nommé « Bomba flamenca ».

Simon-Pierre Bestion et ses musiciens de La Tempête nous emmènent dans un monde étonnant et insolite entre trame religieuse et œuvres profanes, toutes rassemblées pour dépeindre la vie et l’époque du monarque qui régna à la Renaissance sur une grande partie de l’Europe.
Charles premier d’Espagne et cinquième d’Allemagne fut sacré empereur à Aix la Chapelle en 1520 puis à Bologne dix ans plus tard dans la basilique San Petronio. Puisque le sujet est le rapprochement de ce monarque avec la musique, il est heureux de remarquer que le grand orgue de 24 pieds construit dans le chœur de cette basilique par Lorenzo di Prato en 1475 a sonné pour son sacre et que cet instrument est toujours en place plus de 550 ans après et fonctionne encore parfaitement avec toute l’émotion qu’il suscite à son écoute. Arrivé à la fin d’une vie haute en couleurs, Charles Quint se retire au monastère de Yuste (Espagne) où il décédera quelques deux années plus tard en 1558. Peu de temps avant, le monarque organise la répétition de ses propres funérailles. Voilà une démarche étonnante et rare pour bien préparer son passage dans l’au-delà. Aussi à partir de ces éléments il a été possible d’imaginer une reconstitution de ces obsèques fastueuses.
Logiquement, Simon-Pierre Bestion et ses musiciens ont construit un déroulement autour de l’ordinaire de la Messe, n’hésitant pas à faire appel à un maximum de compositeurs parmi les plus représentatifs de ce temps, afin d’en varier les impressions et les climats musicaux. Ainsi la Messe s’insère dans un programme illustrant certains moments importants de la vie de l’empereur. Après une introduction impressionnante en forme de procession et qui nous plonge d’emblée dans un monde quasi inconnu au niveau des couleurs de voix et d’instruments, la musique emporte l’imagination de l’auditeur dans une Espagne toute de contrastes, d’ombres et de lumières, d’austérité et d’exubérance.
Certaines œuvres connues de ce répertoire sont revisitées, en particulier le Magnificat de Antonio de Cabezon qui prend ici des couleurs et des rythmes des plus enthousiasmants. Également, El Fuego de Mateo Flecha ou le Sanctus de Pedro de Escobar génèrent une émotion peu commune par la force des accents et les timbres rustiques et populaires des voix. Ainsi vont ces funérailles imaginaires en grande pompe, faites de profane et de sacré et portées avec superbe par des musiciens exaltés par ces musiques de braises et de flammes. Simon-Pierre Bastion manie la machine à remonter le temps avec superbe et grande inspiration. A noter une prise de son éblouissante qui augmente encore l’impact et le plaisir d’écoute.











