Les multiples visages de la danseuse Zoé Lakhnati
La danseuse-chorégraphe Zoé Lakhnati creuse le sillon d’un solo, sorte de galerie de portraits, intitulé This is la mort. Elle le reprend au fil du festival Montpellier Danse.

Sur les affiches du festival dans les rues de Montpellier, Zoé Lakhnati apparaît dans un costume de strass argenté avec des allures de Michael Jackson. Mais dans le jardin du charmant hôtel de Grave, siège de la Direction Régionales des Affaires Culturelles, c’est un chevalier en armure qui apparait au loin derrière les bosquets. Le public est serré sur les marches au pied de l’hôtel particulier face à un bassin circulaire au milieu duquel coule un jet d’eau central sous les grands arbres, pendant que s’approche lentement ce personnage guerrier et caparaçonné. La démarche est raidie par les jambières en métal. Les bras sont à peine plus mobiles. Mais au fil de l’évolution du personnage les accessoires métalliques tombent dans un effet comique assuré.
Première mue de Zoé Lakhnati. Le haut de son corps laisse désormais apparaître une veste de survêtement rembourrée façon bodybuilder imaginée par la costumière Constance Tabourga. Les pas de danse deviennent un peu grotesques. La danseuse juchée sur une pierre prend des poses de gros costaud qui fait de la gonflette devant le miroir. « Becoming A Star » (devenir une star) dit la bande-son. Rire du public.

Car au fil de chaque séquence-portrait, les personnages campés par la danseuse dérapent. Si leurs caractères sont vite reconnaissables, le chevalier médiéval, le body builder, la pop star, un espion très Men in Black, à chaque fois les gestes, nous faisant passer par toute une gamme de regards sur ces personnages, rendent insensiblement ces figures un rien ridicules.
Le travail développé par Zoé Lakhanati en solo ou en collectif relève souvent de ce flirt entre happening et chorégraphie. Le discours est politique. Ici les grandes figures plus ou moins héroïques par leurs images véhiculées au quotidien dans notre temps se dégonflent. This is la mort est ainsi pour Zoé Lakhnati une façon d’utiliser son corps avec Impertinence, du nom du festival qu’elle développe à Sète, depuis quelques années avec Dora Pentchev.
Loin de sa formation classique au CNSMD de Lyon, ce sens critique des images et des corps mis en scène imprime un travail singulier de l’artiste. Il sera à suivre dans les années à venir entre Bruxelles, Paris et Sète, villes entre lesquelles elle mène son activité. Et désormais l’Agora de Montpellier, dont Zoé Lakhnati sera artiste associée en 2027.
Crédits photographiques : © Laurent Philippe et Duy Laurent Tran
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