Concert d’ouverture avec Brahms et Chostakovitch pour Lionel Bringuier à Nice
Le lendemain de l’ouverture de saison du Philharmonique de Radio France avec la Cinquième Symphonie de Chostakovitch, l’Orchestre Philharmonique de Nice et Lionel Bringuier ouvraient la leur avec la Sixième du même compositeur, s’accompagnant de la violoniste Sayaka Shoji pour le Concerto de Brahms en première partie.
À en croire les dernières années et encore cette rentrée, Dimitri Chostakovitch est devenu l’un des compositeurs les plus en vogue pour les orchestres français. Et comme s’ils s’étaient accordés dans leurs programmes d’ouvertures de saisons, le Philharmonique de Radio France et celui de Nice enchaînent d’un jour à l’autre les Symphonies n°5 et 6.
Certes, la Cinquième est bien plus célèbre et l’énergie avec laquelle l’a livrée la formation parisienne tranche avec l’approche plus sobre des Niçois dans la plus petite. Mais là où Jaap van Zweden ne semble pas encore savoir proposer à la grande œuvre autre chose que de la vigueur, Lionel Bringuier intéresse dans la plus malaimée par sa capacité à y installer un climat plus incertain. De ces deux symphonies créées à deux années d’intervalle par le Philharmonique de Leningrad et Evgeni Mravinski, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale pour la première et juste après ses débuts pour l’autre, cette dernière perturbe par son caractère plus chambriste et par son long Largo introductif, suivi de courts Allegro et Presto.
Dans leur façon d’aborder la partition, les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Nice proposent de beaux moments de gravité, notamment aux contrebasses et aux bassons, sans jamais chercher trop la tension ni encore moins sembler contraints, à l’inverse de leurs confrères parisiens dans l’Allegretto de la n°5. Et si la flûte piccolo, la clarinette en mi bémol ou même le cor solo ressortent parfois un peu acides, ces sensations rappellent l’aigreur typée des interprétations du passé. Par une gestion fluide des équilibres sur la scène surchauffée de l’Opéra de Nice, Lionel Bringuier tient face à lui un ensemble bien mieux préparé pour cette symphonie que pour le concerto donné en première partie. Le solo de flûte très exposée y est alors superbe en milieu de premier mouvement, tandis que l’aspect grinçant de l’Allegro se maintient sous un rythme allant jamais pris en défaut. De ce même mouvement médian, les percussions et surtout le xylophone et les timbales installent elles aussi leur climat perturbant. En escorte, les cuivres se posent moins de questions et sont juste bien vaillants. Le Presto suit cette ligne à la fois douteuse et légère, ni trop pressé ni encore moins pressuré. Il profite des cordes suintantes de musiciens niçois échauffés par les 28 degrés de cette fin d’été. Jusqu’aux derniers instants, le chef parvient à garder cette atmosphère de fausse jubilation grimaçante très bien adaptée à la pièce.
En début de soirée, le Concerto pour violon de Brahms joué par la soliste Sakaya Shoji fait son œuvre de grand répertoire dans le programme. L’approche très classique de l’orchestre est guidée par celle de Bringuier, auquel la passion semble manquer par rapport au plaisir qu’il montre à diriger la symphonie. Mais surtout, c’est le Stradivarius « Récamier » de 1729 tenu par la violoniste japonaise qui peine à exalter. Sans conteste, sa technique est parfaite, mais il faut attendre la moitié du mouvement et le passage plus pensif introduit par le basson pour enfin apercevoir une première expression, en forme de vraie grimace cette fois sur le visage, pour ressentir enfin une vague sensation sous l’archet. Sans fougue, l’Orchestre Philharmonique de Nice accompagne la violoniste jusqu’à une cadence qui semble par ses thèmes principaux et sa conclusion être celle de Joachim, sans y retrouver la précision ni la fulgurance espérées.
L’Adagio manque de romantisme et de complicité entre la soliste et la formation pour passionner autrement que par la beauté du thème principal. C’est le hautbois qui décide du tempo à suivre dans l’introduction. On préfèrera donc l’Allegro giocoso, plus facile à traiter pour Sayaka Shoji, qui ne s’attèle encore qu’à en enchaîner les notes de sa partie avec une grande dextérité. Gagnante du Concours Paganini oblige, elle choisit comme souvent une œuvre de ce compositeur en bis, cette fois avec la variation conclusive de l’Introduction et Variations sur « Nel cor più non mi sento », elle aussi jouée avant tout comme une pure démonstration de virtuosité. Heureusement, la symphonie avait plus à proposer.
















