Amadis de Jean-Baptiste Lully

La Scène, Opéra

La Chabotterie. Eglise Les-Lucs-sur-Boulogne. 12-VII-2006. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Amadis, tragédie en musique en un Prologue et cinq actes sur un livret de Philippe Quinault. Version de concert. Avec : Françoise Masset, Corisande ; Céline Ricci, Arcabonne, une héroïne ; Guillemette Laurens, Oriane ; François-Nicolas Geslot, Amadis, un héros ; Bertrand Chuberre, Florestan ; Florian Westphal, Arcalaüs ; Camille Poul, Urgande ; Agathe Boudet, suivante d’Urgande, une bergère ; Hélène Richer, suivante d’Urgande, une bergère, une captive ; Benoît Procherot, un berger, un captif ; Thomas Van Essen, un berger, un captif ; Matthieu Heim, Alquif, un geôlier, l’ombre d’Ardan. Le Chœur du Marais et La Simphonie du Marais, direction : Hugo Reyne.

Xe Festival de Musique baroque de Vendée

Il faut aller à ce Festival soutenu avec intelligence par le Conseil Général de Vendée pour son exigence et sa qualité artistiques, sa programmation menée de main de maître par Hugo Reyne, directeur musical du Festival, mais aussi son charme, son public enthousiaste et généreux.

Le Xe Festival de Musique baroque de Vendée qui se déroule dans le ravissant domaine de La Chabotterie où fut capturé le général Charrette lors des guerres de Vendée s’est ouvert ce 11 juillet avec un bijou de musique lyrique baroque : Amadis en un prologue et cinq actes, de Jean-Baptiste Lully. Une œuvre à l’intrigue complexe mais passionnante musicalement et vocalement et surtout admirablement dirigée par Hugo Reyne à la tête des excellents Symphonie et Chœur du Marais. La distribution était éclatante d’homogénéité et de beauté vocale. L’œuvre donnée dans son intégralité sera éditée prochainement en CD par le label « Musiques à La Chabotterie ». L’Eglise de Les-Lucs-sur-Boulogne était pleine à craquer d’un public enthousiaste et conquis par le raffinement, l’élégance, la clarté et l’équilibre impulsés par Hugo Reyne, infatigable explorateur passionné de la musique baroque. Trois heures de bonheur où l’on a pu apprécier la qualité exceptionnelle des musiciens de La Simphonie du Marais et l’intense et vibrant Chœur du Marais.

Dans Lully ou le Musicien du Soleil, Philippe Beaussant écrit : « D’où viens qu’Amadis ait tant plu, et qu’aujourd’hui encore, il puisse nous plaire encore ? » C’est à cause du charme qui s’en dégage. Quinault lui a gardé la magie des vieux contes. Nous sommes entraînés par la diversité des émotions qui en cessent de se succéder de scène en scène : tendresse, cruauté, un peu d’effroi, beaucoup de langueur, et encore de l’amour tendre. Enfin, et surtout, la beauté d’Amadis lui vient de sa musique. Lully lui-même semble s’être laissé aller à cette matière foisonnante et au charme de ces aventures. Nous sommes à l’opposé de ce qui faisait le défaut de Cadmus : ici tout le monde chante, tout le temps, et d’abord l’orchestre… Presque sans récit, il n’y a place que pour des épanchements lyriques, et les airs chantants, les ariosi se succèdent sans interruption.

La seconde caractéristique vient s’ajouter à la précédente, puisqu’il s’agit de l’importance accrue de l’orchestre, non seulement dans de grandes pages symphoniques, dont la chaconne de l’acte V constitue le sommet, mais dans l’accompagnement du chant, qui donne désormais à la voix sa plénitude ».

La distribution a fait passer avec maestria tous les éléments de la passion, de l’amour et du drame qui caractérisent cette œuvre jamais jouée dans son intégralité depuis le XVIIIe siècle ; Enthousiastes, humains, généreux, impliqués avec dynamisme, Françoise Masset, Céline Ricci, Guillemette Laurens, François-Nicolas Geslot, Bertrand Chuberre, Florian Westphal, Camille Poul ont fait admirablement briller le drame. Un feu d’artifice vocal et une élégance dans le jeu théâtral de toute beauté. On retiendra le sens viscéral de la tragédie de Guillemette Laurens, son don inné pour l’expression des passions, son art achevé dans la fluidité des ornements et le naturel raffiné du parler cantando baroques et par-dessus tout son timbre irradiant de chaleur et d’humanité.

En 1987, Hugo Reyne décide de fonder La Simphonie du Marais dont la vocation est la redécouverte du patrimoine musical des XVIIe et XVIIIe siècles ; le nom qu’il lui choisit réunit le mot Simphonie, synonyme à cette époque d’ensemble instrumental, et le Marais, l’un des plus beaux quartiers de Paris, représentatif de la période baroque. Hugo Reyne et La Simphonie du Marais interprètent alors un répertoire allant des débuts de la période baroque jusqu’à la période classique en s’attachant plus particulièrement à la musique française de Lully à Rameau. Cet ensemble rassemble des musiciens parmi les plus éminents de la jeune génération baroque et sa création représente, pour Hugo Reyne, la possibilité de donner vie à ses recherches musicologiques et de faire preuve de l’aspect novateur de son interprétation. L’ensemble explore les répertoires de la musique de chambre avec flûte ou hautbois, la symphonie en orchestre de 15 à 30 musiciens, les musiques de plein-air en bande de hautbois, tambours, trompettes et timbales, et, la naissance de l’opéra français. Le Chœur du Marais est formé en 1998 par Hugo Reyne afin d’aborder le répertoire de l’opéra français des XVIIe et XVIIIe siècles, il se compose de jeunes chanteurs formant quatre pupitres, son répertoire comprend essentiellement des œuvres de Lully et de Rameau. La volonté d’Hugo Reyne étant de réunir musique, théâtre, poésie, danse, histoire, architecture… à La Simphonie du Marais et au Chœur du Marais se joignent des comédiens, des danseurs et même des cavaliers constituant ainsi une véritable troupe pour des spectacles ou, plus subtilement, pour des concerts à thème faisant travailler l’imaginaire du public.

Né à Paris en 1961, Hugo Reyne commence très jeune l’étude de la flûte à bec puis celle du hautbois ; il obtient rapidement les diplômes et premiers prix de plusieurs conservatoires et concours nationaux. En 1981, il remporte le premier prix du concours international de flûte à bec de Hurtebise et, en 1984, le premier prix de musique de chambre du Concours international de Bruges.

Dans les années 80, il joue donc de la flûte et/ou du hautbois dans la plupart des ensembles baroques parisiens, et est notamment première flûte des Arts Florissants de 1983 à 1996. Longtemps compagnon de route apprécié des principaux chefs de file du mouvement baroque (Frans Brüggen, William Christie, Philippe Herreweghe, ou Jordi Savall) il fait une carrière de musicien d’orchestre, avant de fonder son propre ensemble, La Simphonie du Marais en 1987, avec qui il part en tournée aux Etats-Unis, au Canada, en Amérique du Sud, en Australie, au Japon et dans toute l’Europe ; parallèlement, il est amené à diriger d’autres formations comme l’Orchestre National de Bordeaux-Aquitaine. Comme soliste à la flûte, il enregistre les sonates de Haendel, des concertos de Corelli, les suites de Dieupart, la sonate d’Anne Philidor, une collection de pièces de Purcell, de Gautier, de Dornel et de Fiocco. Il consacre également une grande partie de son temps à la recherche musicologique en bibliothèques ainsi qu’à l’édition de partitions anciennes.

Crédit photographique : © Hugo Reyne : DR, Le Choeur du Marais : © André Delacroix

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