tous les dossiers(1)

Lucia à Munich, Kirill Petrenko vole la vedette

La Scène, Opéra, Opéras

Munich, Nationaltheater. 29-I-2015. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Lucia di Lammermoor, opéra en trois actes sur un livret de Salvatore Cammarano. Mise en scène : Barbara Wysocka ; décors : Barbara Hanicka ; costumes : Julia Kornacka. Avec : Diana Damrau, Lucia ; Pavol Breslik, Edgardo ; Dalibor Jenis, Enrico ; Georg Zeppenfeld, Raimondo ; Emanuele D’Aguanno, Arturo Bucklaw ; Dean Power, Normanno ; Rachael Wilson, Alisa. Chœur de l’Opéra d’État de Bavière (chef de chœur : Stellario Fagone), Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière, direction : Kirill Petrenko.

14A l’Opéra de Munich, une représentation de Lucia di Lammermoor qui vaut plus pour l’orchestre, dirigé par , que pour une production et une distribution peu inspirées.

Combien de représentations de bel canto sont gâchées par la fosse ? Bien sûr, toute l’attention du public va vers les chanteurs, mais il suffit d’un chef trop soucieux de son confort, se contentant de tenir les troupes de loin ou au contraire préoccupé avant tout par les effets tonitruants auxquels ces partitions semblent se prêter pour que tout bascule, dans l’à peu près, la platitude ou la vulgarité. Le choix du directeur musical de l’Opéra de Munich, , de diriger lui-même une nouvelle production de Lucia di Lammermoor n’est donc pas anodin, et il s’avère payant. D’abord parce qu’il choisit de jouer une version la plus intégrale et la plus proche possible de la création, en recourant pour cela au témoignage de la partition autographe. Ensuite parce qu’il parvient à donner une couleur et une unité à l’écriture orchestrale qui fait qu’on écoute l’orchestre sans presque remarquer les facilités de l’accompagnement : il y a là du vrai drame. D’aucuns ont pu trouver le volume sonore élevé, mais il ne l’est que par moments : ce qui domine, c’est au contraire le sens de la nuance, l’intelligence du moindre crescendo, le dialogue fécond entre instruments et voix, et texte.

Hélas, cette sincérité et cette émotion ne se retrouvent pas dans la mise en scène de . Avec Lupa et Warlikowski, le théâtre polonais a marqué profondément la scène européenne ces dernières années, et , actrice et metteuse en scène, en est une représentante d’une nouvelle génération très avant-gardiste : hélas, on n’en voit rien sur scène ; le décor, sorte de grande halle décatie dans le style des années 50, est joliment contemporain, mais ce qui s’y passe ne va pas plus loin que ce qu’on devait voir, dans d’autres décors, dans une représentation de routine de ces mêmes années 50, et si les costumes bourgeois d’époque ont visiblement pour fonction de matérialiser la contrainte qui pèse sur le corps même des héros – hors Edgardo en loubard -, ils apparaissent surtout pesants.

Lucia di Lammermoor, Opéra de Munich. Photo Wilfried Hösl

Tous les chanteurs ne se sortent pas avec autant d’éclat de cette contrainte. Le Raimundo trop caverneux de ne contribue pas à sortir le personnage de sa caricature, et ne convainc guère à force de raideur vocale et scénique : on ne lui demande pas de rendre son personnage sympathique, mais d’y laisser percer l’angoisse et la hargne qu’il tente de dissimuler sous la fidélité aux conventions. fait de son dernier air un merveilleux moment de grâce lyrique, à la fois élégant et émouvant, mais le reste du rôle, son héroïsme et sa passion, est souvent perdu. Dès le récitatif d’entrée, si intelligemment écrit mais chanté ici sans la moindre fougue, on saisit ces limites. Le cas est très différent pour , qui domine de haut le reste de la distribution : un choix interprétatif a été fait, qui souligne dans la scène de la folie les images de bonheur et de joie que le texte et la musique suscitent – cette scène est la plus belle de la production, la seule où une direction d’acteur convaincante est visible. Damrau s’en saisit avec brio, et la scène est émouvante. Pour le reste, on sent le grand professionnalisme de la chanteuse, son attention aux notes, mais on en sent aussi le revers, ce sentiment de méticuleuse application qui n’est sans doute pas ce qui convient le mieux au bel canto.

Crédits photographiques © Opéra de Munich / Wilfried Hösl

Banniere-abecedaire728-90-resmusica-janvier16

Mots-clefs de cet article

Lire aussi :

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.