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A Toulouse, Ludovic Tézier illumine un Rigoletto très classique

La Scène, Opéra, Opéras

Toulouse, théâtre du Capitole. 22-XI-2015. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto, melodramma en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Nicolas Joel ; décors et costumes : Carlo Tommasi ; lumières : Vinicio Cheli. Avec : Ludovic Tézier, Rigoletto ; Nino Machaidze, Gilda ; Saimir Pirgu, Il Duca di Mantova ; Sergey Artamonov, Sparafucile ; Maria Kataeva, Maddalena ; Dong-Hwan Lee, Monterone ; Orhan Yildiz, Marullo ; Dmitry Ivanchey, Matteo Borsa ; Igor Onishchenko, Ceprano ; Cornelia Oncioiu, Giovanna ; Marie Karall, la Contessa Ceprano ; Marga Cloquell, un paggio. Chœur du Capitole, direction : Alfonso Caiani. Orchestre national du Capitole de Toulouse, direction : Daniel Oren.

Capture d’écran 2015-11-26 à 17.52.26Reprise du très « classique » Rigoletto de au Théâtre du Capitole de Toulouse. Les qualités du plateau vocal rattrapent en grande partie les conventions de la mise en scène et la direction enthousiaste et désordonnée de .

Habillé à la mode « Renaissance » par un Nicolas Joël alors directeur du Théâtre du Capitole, ce Rigoletto est une valeur sûre. Évidemment, le réalisme et la convention des toiles peintes vouent aux gémonies les prétentions à intellectualiser le débat des anciens et des modernes en matière de mise en scène. En avouant dans le livret de présentation, vouloir « rester le plus fidèle à la lettre de l’ouvrage », il minimise la pluralité des options et des angles de lecture – pluralité qui justifie d’adapter l’œuvre à la modernité du regard, sous peine de la voir se muséifier ou disparaître.

On devra donc ici se contenter d’une collection à la fois impersonnelle et intemporelle, de décors peints, de fausses cloisons en briquettes et de rinceaux en stucs. Le réalisme des costumes mêle pourpoints de velours et manches à crevés, comme pour mieux noyer sous  l’abondance des détails « historiques » la question de l’intérêt de monter Rigoletto de nos jours. A défaut d’être comblé par l’invention scénique, on se rabattra sur le constat qu’un spectacle efficace vaut toujours mieux qu’un mauvais spectacle.

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Le plateau vocal rattrape en grande partie la frustration que nous évoquions précédemment – à commencer par le personnage de Rigoletto, incarné par l’excellent . Alliant à merveille expressivité et beauté de la ligne vocale, le baryton français fait sienne une italianità sans posture ou contrefaçon. Le jeu alterne subtilement entre humour mordant et bouffon, contraste idéal pour exprimer le désespoir et la tragédie de l’ultime scène.

La Gilda de ne cherche pas à dissimuler une agilité vocale somme toute modeste par des effets hors-propos. La soprano géorgienne combine une belle densité du timbre à une couleur très charnelle, loin des lignes éthérées qu’on y entend souvent. Saïmir Pirgu n’est pas le Comte de Mantoue le plus pétillant qu’on ait entendu. Si le public accueille assez froidement son « Questa o quella », il en va tout autrement pour le célébrissime « La donna è mobile », éclatant de brio et de justesse.

Le Sparafucile charbonneux de cède en présence et en volume à l’étonnante / Maddalena de très haute tenue vocale, dont la ligne parfaitement projetée signe assurément une personnalité lyrique qu’il faudra suivre de près dans les prochaines années.

éreinte son Verdi sous une pluie de gestes pas toujours à propos, avec cette tendance à pousser dans l’excès et la démonstration les conclusions de scènes. L’Orchestre du Capitole semble rétif à manœuvrer en pareille circonstances; en témoignent notamment la prudence des bois et la sage bonhommie des cuivres.

Crédits photographiques : Théâtre du Capitole

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  • jl g

    Monsieur Verdier, racontez-nous un peu comment vous avez prévu d’adapter l’œuvre à la modernité du regard, avec pour seule contrainte le fait d’attirer au moins autant de spectateurs. Vous avez donc le droit de vous faire huer lors de la première. Et bien sûr vous disposez des mêmes bons chanteurs.

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