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Le retour d’Orphée à Dijon

La Scène, Opéra, Opéras

Dijon, Auditorium. 06-I-2017. Christoph Willibald Gluck (1714-1787), Orphée et Eurydice, tragédie en trois actes, livret de Pierre-Louis Moline d’après le livret italien de Ranieri de’ Calzabigi. Mise en scène : Maëlle Poésy ; scénographie : Damien Caille-Perret ; chorégraphie : Mikel Aristegui. Avec Anders J. Dahlin (Orphée), Elodie Fonnard (Eurydice), Sara Gouzy (Amour), Théo-Mogan Gidon, Rosabel Huguet, Alice Kinh (Danseurs). Production de l’Opéra de Dijon. Orchestre Dijon-Bourgogne. Chœur de l’Opéra de Dijon. Direction musicale : Iñaki Encina Oyón.

img_0107-orphee-eurydice-2017-gilles-abegg_opera-de-dijonAprès L’Orfeo de Monteverdi donné à Dijon en octobre, voici venu le temps d’Orphée et Eurydice de Gluck. La confrontation des styles, la manière de traiter le même mythe par deux compositeurs majeurs de l’histoire de l’opéra, offrent un plaisir musical et intellectuel des plus intenses. En outre, l’angle sous lequel les deux metteurs en scène ont choisi de montrer cette histoire clé est radicalement différent. Après un Orfeo assez mortifère, voici un Orphée et Eurydice plus léger en apparence, mais non moins sensible.

En réduisant le nombre des chanteurs, Gluck a donné une place écrasante au rôle d’Orphée, constamment sollicité sur scène. Au jeu d’acteur nécessaire pour rendre crédible le rôle, se rajoutent en effet des difficultés techniques accrues : tessiture très étendue surtout dans l’aigu mais aussi dans le grave, vocalises figuralistes à la mode baroque. Le ténor suédois s’en sort assez bien dans l’ensemble, bien qu’il donne l’impression de fatiguer en fin de la soirée : ses aigus moins brillants, alliés à des attaques un peu forcées, montrent d’évidence la tension vocale que ce rôle exige. Elodie Fonnard est à l’aise dans celui, bref hélas, d’Eurydice. Dotée d’un très joli timbre, elle campe une épouse très séduisante. , malgré une voix parfois acide, est à sa place dans celui de l’Amour, car elle joue avec piquant et à propos le rôle du médiateur entre les Dieux et les hommes. Son costume « mixte et spirituel » lui facilite la tâche et, comme elle bouge avec grâce et malice, sa présence pleine d’humour apporte légèreté et distanciation au sujet. Gluck donne aux choristes une place prépondérante, et c’est bien cela qu’affirme le Chœur de l’Opéra de Dijon, qui montre qu’il sait s’adapter aux différents répertoires en ajustant le son d’ensemble. Cela montre le travail effectué en amont sur la partition. De plus, le chœur participe à l’action en bougeant comme dans l’Acte II, où il devient le groupe des Furies animé par des danseurs particulièrement expressifs. Le chef d’orchestre a littéralement transformé l’. Tour à tour incisif dans ses traits de cordes, délicat dans ses interventions des vents (le hautbois surtout, qui « conduit » Orphée) puis dynamique en diable, l’orchestre adopte le style de l’époque et donne un son à la fois clair et plein. On comprend l’admiration que Berlioz vouait à Gluck. L’accompagnement des récitatifs qui illustrent le texte est remarquablement précis et coloré.

porte décidément bien son nom. Sa mise en scène est intelligente et même raffinée. À partir de la boite grise du début, délimitée par le chœur à la fois témoin et acteur, on est emmené sous terre, aux Enfers ; de cet espace, on tourne en rond, comme Orphée face à son destin. Les clins d’œil ne sont pas absents, que ce soit dans le costume de l’Amour, éternel voyageur avec son sac à dos, ou bien dans la pirouette de la chute que propose la scène finale. L’amour est-il toujours acquis, ou bien est-ce toujours la même chanson qui recommence?

Crédit photographique : © Gilles Abegg / Opéra de Dijon

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