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Peter Grimes mis en scène et chanté par José Cura à Bonn

La Scène, Opéra, Opéras

Bonn. Theater Bonn.15-VII-2017. Benjamin Britten (1913-1976) : Peter Grimes, opéra en trois actes et un prologue sur un livret de Montagu Slater, d’après un poème de George Crabbe. Mise en scène et décors : José Cura. Assistants à la mise en scène : Silvia Collazuol, Christian Raschke. Assistant décors : Ansgar Baradoy. Assitant costumes : Dieter Hauber. Lumières : Thomas Roscher. Avec : José Cura, Peter Grimes ; Yannick-Muriel Noah, Ellen Orford ; Mark Morouse, Balstrode ; Nathalie Mittelbach, Auntie ; Marie Heeschen, Rosemarie Weissgerber, Nièces ; Christian Georg, Bob Boles ; Leonard Bernad, Swallow ; Anjara I. Bartz, Mrs. Sedley ; Jonghoon You, Pastor Adams ; Fabio Lesuisse, Ned Keene ; Goswin Spieß, Dr. Crabbe ; Daniel Pannermayr, Hobson ; Asta Zubaite, Femme du pêcheur ; Nicholas Probst, Pêcheur ; Georg Zingerle, Un Avocat ; Jaydon Morouse, John ; Clemens Risse, William. Chor & Extrachor des Theater Bonn (chef de chœur : Marco Medved). Beethoven Orchester Bonn, direction : Jacques Lacombe.

Theater Bonn: PETER GRIMESCoproduit avec l’Opéra de Monte-Carlo qui remontera la production à l’hiver prochain, Peter Grimes de Britten est d’abord présenté cette saison à Bonn, dans une nouvelle mise en scène du ténor , pour l’occasion également garant du rôle-titre. L’ensemble présente un décor de grande qualité autant qu’une prestation musicale de très bon niveau, à laquelle la direction de assure une très bonne mise en place de l’orchestre comme du chœur et des nombreux artistes sur scène.

Lorsque les chanteurs passent de l’autre côté en s’attelant à la mise en scène d’opéra, ils abordent quasi systématiquement tous le problème sous le même angle : une notion de respect consistant en un suivi rigoureux du livret, comme si la transposition n’était pas une solution pour transcender une œuvre ; une notion de respect prioritaire envers les voix, avec au passage quelques petites idées et, si l’on s’est donné le premier rôle, une belle mise en avant du personnage principal. intervient de cette manière pour traiter le premier chef-d’œuvre lyrique de . Sa mise en scène et ses décors ultra-conventionnels de très belles factures pourraient avoir trente ans tant ils n’apportent rien de neuf ; ils ramènent l’action tout simplement à l’époque indiquée dans le livret. L’histoire de Peter Grimes ne peut – et ne devrait – donc exister qu’au début du siècle précédent…

Sans chercher la polémique, expliquons alors seulement ce que l’on voit : le décor d’Ansgar Baradoy présente une bâtisse, une sorte de petite maison avec un clocher. Par le jeu de multiples rotations du plateau (l’Opéra Garnier de Monte-Carlo, coproducteur du spectacle, ne permettant pas facilement de jouer sur les hauteurs avec les éléments de décors), le bâtiment devient église, taverne, cabane de pêcheur et dans la scène finale, dépouillé de ses murs, simple bâti de plage dévasté, à l’image des personnages au moment où il faut imposer à Grimes son suicide. D’idées faciles et gadgets, il ressort l’image du premier enfant mort, dévoilé sur scène et emporté par d’autres enfants en habits blancs, ces petits anges réapparaissant au dernier moment pour emporter Peter dans son bateau, une légère barque du nom de « The Boy Billy »…

Theater Bonn: PETER GRIMESEn fosse, le directeur musical du lieu, , maintient tout au long de l’œuvre de belles lignes de tension et contrôle l’ensemble en donnant également les départs du plateau ; l’absence d’un trou de souffleur présent habituellement sur toutes les scènes allemandes le forçant à lancer des gestes dans toutes les directions pour tenir une mise en place rigoureuse du comme du chœur. Avec cinq contrebasses et encore plus de violoncelles, il bénéficie d’un ensemble de cordes apte à porter les parties graves, tout comme des cuivres très justes et des bois acerbes si besoin, tout particulièrement lors des premiers interludes. Ces interludes participent eux aussi au caractère nerveux de l’action, mais les plus réussis sont finalement les plus dramatiques, ceux que Britten ne reprendra pas dans la pièce symphonique plus tard, là où les 3e et  5e de l’opéra semblent ici parfois laborieux dans leur agencement et leur développement.

Sur le plateau, José Cura s’est donné le premier rôle, celui d’un Peter Grimes balourd pas tout à fait crédible, même si la star a vieilli physiquement et vocalement. Tout juste sorti d’Otello à Liège, rôle qui l’a fait réapparaître la saison dernière d’abord à Barcelone puis à Salzbourg, José Cura tient la partie du pêcheur avec la même voix sans couleur et pourtant bien présente sur toute la tessiture. Il possède en plus une excellente technique pour chanter piano sans trop exagérer l’émotion lors de plusieurs scènes sombres, notamment la dernière. Sa protectrice Ellen Orford est tenue par la soprano dramatique de la troupe, une au timbre charnu et au style sensible, plus à l’aise dans le médium qu’à l’aigu. Le Capitaine Balstrode trouve avec une palette grave chatoyante, tout comme l’est celle encore plus agréable mais moins bien projetée du Swallow de .

Le chœur, chaud ou froid selon les scènes, participe à la réussite du spectacle, tout comme les seconds rôles, l’excellente Tantine de et les deux nièces, niaises juste comme il faut, des jeunes et , quand le Bob Boles de Christian Georg ou le Pasteur bien posé de apportent plus de gravité, tout comme la Mrs Sedley d’, glaciale à la demande du rôle. Ce spectacle retrouvera les planches l’an prochain à Monte-Carlo avec une distribution différentes, mais bien José Cura dans le rôle principal.

Crédit photographique : © Thilo Beu

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