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Le guitariste Sébastien Llinares joue Érik Satie

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Érik Satie (1866-1925) : Gnossiennes ; Españaña, extrait des Croquis et agaceries d’un gros bonhomme en bois ; Gymnopédies ; Je te veux ; Passer, extrait des Danses de travers ; Première pensée Rose+Croix ; Caresse ; Parade ; Modestement, extrait des Airs à faire fuir. Sébastien Llinares, guitare. 1 CD Paraty. Enregistré en octobre 2016. Notice bilingue. Durée : 52’07’’

 

disque-SatieLe guitariste Sébastien Llinares n’en est pas à son premier fait d’armes : entre Rameau et Bernstein, Gershwin et Bach, le musicien à l’habitude de transcrire pour son instrument des pièces inédites en traversant les époques et les styles. Très populaires, Gnossiennes, Gymnopédies et Parade d’Érik Satie sont désormais passées au crible dans ce nouvel opus. Evidence étonnante du travail d’écriture et d’interprétation qui nous ai proposé de la « musique pour tous » mais surtout intemporelle qu’est celle de ce compositeur.

Généralement, le passage du piano à un instrument tel que la guitare ne permet pas de jouer toutes les notes de la partition originale. C’est donc au transcripteur d’avoir suffisamment d’imagination et un certain sens de la débrouillardise pour retrouver le naturel de la musique initiale. Dans le cas de la production d’Érik Satie, Sébastien Llinares l’avoue lui-même : « pas de transcription ni d’arrangement à proprement parler, il suffit de les lire. » Avec comme particularités des lignes mélodiques simples et des harmonies resserrées, les pièces épurées de ce compositeur précurseur paraissent tout simplement évidentes à la guitare, comme si la musique d’Érik Satie n’était pas destinée à un seul instrument. Mais attention, le guitariste toulousain n’est pas rentré dans la facilité et fait donc le choix de maintenir les tonalités du piano pour faire émerger des couleurs singulières dans le jeu de son instrument. Le peu d’artifice qui s’inscrit dans cette musique ne veut pas dire une abondance de cordes à vide, bien au contraire !

Par le biais d’un rare confort d’écoute grâce à la prise de son de Vincent Mons, force est de constater que la guitare va à l’essentiel, sans la résonnance caractéristique du piano. La douceur feutrée et l’impression contemplative des six fameuses Gnossiennes se diffusent dans une régularité presque implacable, une langueur constamment habitée que chaque auditeur peut s’approprier en fredonnant par exemple la mélodie de la célèbre Gnossienne n° 1, restée dans la mémoire de tous les amoureux du septième art puisqu’elle est devenue entre-autre le leitmotiv de nombreux films à succès comme Paris de Cédric Klapisch, ou celui de Martin Scorsese, Hugo Cabret.

Entre légèreté et profondeur, entre finesse et sobriété, on redécouvre la pureté de la ligne et l’élan de construction des exquises Gymnopédies dont la justesse d’interprétation de Gymnopédie n° 1, simple, sans pathos ni maniérisme, donne le ton à une approche particulièrement réfléchie du musicien pour la simplicité feinte de l’œuvre de Satie. L’éclectisme de Parade, le ballet mis en scène avec la collaboration de Cocteau et de Picasso, fait écho au parcours atypique du guitariste qui s’approprie les éléments de jazz et de ragtime avec autant de naturel que ceux de la musique manouche. Le procédé du re-recording lui permet d’être le seul interprète de cette version jouée à deux guitares, rendant scrupuleusement l’univers du minimalisme, de sa réduction de moyens dans les notes et de ses lignes répétitives.

Envoutant tout autant qu’accessible, ce disque ne peut que convaincre et permet aussi au répertoire de la guitare de s’élargir notablement. Ces perspectives que Sébastien Llinares va certainement continuer d’explorer lui donnent surtout l’occasion de revendiquer une autre manière de percevoir son instrument pour que celui-ci ne puisse plus souffrir de la désaffection des musiciens du répertoire « savant » et pour que sa force d’approche soit enfin reconnue à la hauteur qu’elle mérite.

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