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Boris Charmatz fait 10 000 gestes pour la danse

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Theâtre national de la danse Chaillot. 20-X-2017. Avec le Festival d’Automne à Paris. Boris Charmatz / Musée de la danse : 10000 gestes. Chorégraphie : Boris Charmatz, assisté de Magali Caillet-Gajan. Matériaux sonores : Mozart, Requiem en ré mineur K. 626 ; enregistrements par Mathieu Morel à Mayfield Depot, Manchester. Lumières : Yves Godin. Costumes : Jean-Paul Lespagnard. Travail vocal : Dalila Khatir. Régie générale : Fabrice Le Fur. Régie son : Olivier Renouf. Habilleuse : Marion Régnier. Avec Djino Alolo Sabin, Salka Ardal Rosengren, Or Avishay, Régis Badel, Jessica Batut, Nadia Beugré, Alina Bilokon, Nuno Bizarro, Matthieu Burner, Dimitri Chamblas, Olga Dukhovnaya, Sidonie Duret, Bryana Fritz, Alexis Hedouin, Kerem Gelebek, Rémy Héritier, Samuel Lefeuvre, Johanna-Elisa Lemke, Noé Pellencin, Maud Le Pladec, Mani Mungai, Jolie Ngemi, Solene Wachter, Frank Willens.

Pour son nouveau spectacle, créé à Tempelhof à Berlin, bouscule une nouvelle fois le Landerneau de la danse contemporaine avec une bacchanale chorégraphique.

10000 gestes est-il une réponse au Gala de Jérôme Bel ? À la répétition d’un geste unique de ce faux gala d’amateurs, répond par la profusion, la débauche de 10 000 gestes singuliers, précipités dans un chaos sensoriel. En guise de dramaturgie, le chorégraphe s’appuie sur le sublime Requiem de Mozart, dans la version enregistrée par à la tête de l’Orchestre Philarmonique de Vienne, et sur des sons industriels captés en Angleterre par Mathieu Morel.

10000 gestes comme 10 000 improvisations mises bout à bout, répondant ou non à une consigne et juxtaposées pêle-mêle sur le plateau nu du Théâtre national de la danse de Chaillot. Avec un art consommé du rythme, Boris Charmatz catapulte ses danseurs dans une gigantesque essoreuse où la rage le dispute à l’effroi, la joie au plaisir, le saut à la chute, le cri à la clameur. Il n’y a pas d’unité ou de cohésion apparente dans cette profusion de gestes, dont bien peu sont réellement chorégraphiques. Certes, les vétérans comme , Nuno Bizarro, ou font ressurgir à intervalles réguliers leur propre écriture chorégraphique ou celle qu’ils ont interprétée chez d’autres chorégraphes, comme Christian Rizzo ou Vera Mantero. Les plus jeunes interprètes, dont l’historique corporel est moins profond, doivent puiser dans les gestes du quotidien pour enrichir le corpus de 10 000 gestes à performer sur scène.

Boris Charmatz est intervenu dans la mise en espace de l’ensemble des danseurs, qu’il répartit sur le plateau en groupes compacts ou en succession d’individualités, donnant l’impulsion et la vitesse. Au fil du spectacle, la tentative d’épuisement de ces gestes et leur caractère forcément éphémère installe une forme de mélancolie, soulignée par les accents mélancoliques et graves de la musique. S’égaillant dans la salle et grimpant au milieu des spectateurs, les danseurs se lancent dans un compte à rebours qui semble mortifère, délibérément provocateur et pourtant puissamment joyeux. C’est d’ailleurs cette double sensation qui domine lorsque l’on quitte la salle, sonné et ébahi.

Photos : © Tarnish Vision, Tristram Kenton, MIF 17

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