Ariane à Massilia

La Scène, Opéra, Opéras

Marseille. Opéra Municipal. 27-IV-02. Richard Strauss : Ariadne auf Naxos. Eva Johannson, Jean-Francis Monvoisin, Sine Bundgaard, Marie-Ange Todorovitch, Jean-Marie Frémeau, Steven Cole, Jean-François Lapointe, …orchestre de l’opéra de Marseille. Direction musicale : Michiyoshi Inoue. Mise en scène : Charles Roubaud. Décors : Jean-Noël Lavesvre. Costumes : Katia Duflot.

Ariadne auf Naxos

Incroyable mais vrai il aura fallu à Marseille attendre le 25 avril 2002 pour créer in loco Ariadne auf Naxos de . Il est vrai qu’à l’exception de la trilogie Salomé/ Elektra/ Rozenkavalier la scène lyrique phocéenne a ajouté tardivement à son répertoire les autres titres du compositeur munichois : die Frau ohne schatten en 1992 et die Schweigsame frau en 2001. Manque encore Arabella et Capriccio –pour ne citer que les plus célèbres.

Cette création était marquée sous le signe du mauvais œil : Marie Devellereaux, prévue en Zerbinetta, a du se décommander, Anna Agathonos (Dryade) souffrante a toutefois assumé la représentation. Enfin Robert Dean Smith (le Ténor/ Bacchus) gravement malade a laissé la place au canadien , qui, arrivé 2 heures avant la première a chanté son rôle avec la partition. Malgré tous ces déboires l’opéra de Marseille voit en cette Ariadne une de ses productions les plus fameuses.

Charles Roubaud signe, comme à son habitude, une mise en scène conventionnelle mais efficace, situant l’action à l’époque de composition de l’opéra –tout comme dans Don Juan de Manara de Tomasi (1987) et Pelléas et Mélisande (1990, 1995, 2001). Les décors sont tout simplement… une restitution des coulisses et de la scène de l’opéra de Marseille, avec changements à vue –autre constante de ce metteur en scène. La direction d’acteurs –somptueusement vêtus, comme il est d’usage dans cette maison d’opéra- ne laisse jamais les chanteurs livrés à eux-mêmes et va jusqu’à exploiter au mieux leurs capacités, en témoignent les roulades et autres figures de gymnastique exécutées par (le Maître de Danse). Curieuse idée toutefois de travestir Echo, Nayade et Dryade en grands-mères corses, en noir de la tête aux pieds, venues commérer en tricotant sur un banc le sort d’Ariane.

La distribution n’est pas en reste, malgré les nombreuses défections. A la notable exception de Jean Vendassi en Perruquier, qui se débrouille pour hurler les quelques mesures de son rôle l’ensemble des comprimarii est excellent, vocalement et scéniquement. , comme d’habitude, nous joue avec brio son grand numéro de cirque lyrique avec étirements, entrechats et mimiques dignes d’un Roland Petit dans ses plus mauvais jours –et c’est un compliment. Jean-Marie Frémeau, affublé d’une coiffure digne de la perruque de Louis de Funès dans la Grande Vadrouille est un excellent Maître de musique, qui compense sa voix usée par un formidable jeu d’acteur et un abattement scénique hors-pair. Jean-François Lapointe, qui lui aussi nous révèle ses dons de gymnaste, campe un Arlequin tout en finesse et en demi-teinte. arrive à tirer son épingle du jeu de manière fort honorable. Dans le prologue le Ténor n’a que quelques répliques qu’il a parfaitement assurées. Il ne devait pas lui être facile dans l’acte suivant de rester immobile un œil sur le chef, l’autre sur la partition alors que la somptueuse , Ariane à la voix chaude et homogène bien qu’assez pataude sur scène, tournait autour de lui. Le clou de la soirée aurait du être la prise de rôle de en Compositeur. Celle qui fut ici une inoubliable Salud de la Vida Breve de Manuel de Falla en 1998 commence une entrée fracassante dans le répertoire germanique. La voix est ample, homogène, et les aigus du rôle -prévu selon la partition pour une soprano- ne semblent lui être qu’une simple formalité. Non, la révélation de la soirée fut sans conteste Sine Bundgaard, excellente Zerbinetta venue de Scandinavie à la voix aérienne et aux aigus incomparables.

La soirée aurait été trop belle s’il n’y avait eu un défaut : le chef d’orchestre. Habitué au répertoire symphonique Michiyoshi Inoue dirige Ariadne comme Till Eulenspiegel. Après une Madame Butterfly catastrophique ou l’orchestre couvrait en permanence les chanteurs on pouvait espérer une direction quelque peu plus légère dans ce Strauss qui ne nécessite qu’une vingtaine d’instrumentistes. Hélas l’orchestre à la légèreté d’une éléphante en tutu –vertu qu’il sait manifester assez régulièrement- et plus d’une fois ce Strauss là ressemblait à du Johann révisé par André Rieu.

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