Carmen sans « espagnolades »

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra Bastille. 22-V-02. Bizet, Carmen. Béatrice Uria-Monzon, Richard Leech, Jean-Luc Chaignaud, Anja Harteros, etc. Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Paris. Direction : Jesús López Cobos. Mise en scène : Alfredo Arias réalisée par Isabelle Cardin. Décors : Roberto Platé. Costumes : Françoise Tournafond. Lumières : Jacques Rouveyrollis.

 l’a rappelé au public français, Carmen de n’a rien d’espagnol, si ce n’est la vision que pouvait en avoir un compositeur français au début du dernier tiers du XIXe siècle, vision qui tient du fantasme mais qui sonne si magistralement « couleur locale » que l’on finit par authentifier une musique née de l’imaginaire comme étant authentique, au point qu’elle est très rapidement devenue universelle… Et le chef espagnol de le prouver, avec un tact et un naturel confondants. N’appuyant jamais le trait, évitant le folklore pour dégager la partition de tout écart trivial, ce à quoi trop de ses confrères se laissent emporter, Lopez-Cobos propose une lecture séduisante, inondée de lumière et et d’une délectable sensualité, se laissant porter parfois par le charme de l’écriture orchestrale au risque de noyer de temps à autre ses chanteurs sous un flot symphonique, particulièrement dans les interventions d’Escamillo.

La production proposée par place au centre de l’action l’arène, dont le poids est si prégnant qu’elle est constamment présente, y compris dans l’acte de la montagne ou elle n’apparaît pourtant pas. Comme souvent chez le metteur en scène argentin, le spectacle ménage l’excellence que la désillusion. Côté excellence, la direction d’acteur, le monde bariolé dépeint, ce qui sert plus particulièrement les scènes de foules, mais qui a pour corollaire de faire passer au premier plan l’anecdotique aux dépens de l’essentiel, le tout agrémenté des somptueux costumes de Françoise Tournafond et serti des belles lumières de . Pourtant, le ramage ne vaut pas le plumage, la distribution s’avérant dans l’ensemble décevante. Premier point d’achoppement, et de taille, l’on ne comprend pas strict un mot de toute la soirée, en dehors des récitatifs, et surtout pas dans la bouche des chanteurs français qui manifestent un laisser-aller indigne dans un théâtre français. D’autant que beaucoup de leurs confrères étrangers, en dépit d’un fort accent, sont bien plus attentifs à la prononciation de la langue de Molière, à l’exemple d’, jeune soprano gréco-allemande qui, voix pure et présence lumineuse, campe une bouleversante Micaela, au point de s’imposer à l’ensemble de la troupe. est un Don José plus mâle et décidé que de coutume, la voix a la puissance qui sied, mais elle manque d’éclat et de chair. Jean-Luc Chaigneaud est un Escamillo sans véritable relief, la voix manquant de volume pour rivaliser avec les flamboiements de l’orchestre. Quant à , elle déçoit tant elle apparaît terne, effacée, comme si elle s’ennuyait dans ce rôle trop souvent chanté, son jeu s’avérant aussi laborieux que son articulation relâchée. Les chœurs, d’une homogénéité rare, et l’orchestre, polychrome, portés avec tact par la direction ferme et poétique de Jesus Lopez-Cobos, font le prix de cette reprise de cette production créée en février 1997.

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