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Quatuors envoûtés, enfin du Suzanne Giraud à Paris !

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Paris. Festival Agora. IRCAM, Espace de projection. 01-VI-2002. Marco Stroppa : Spirali, Suzanne Giraud : Envoûtements V, Luigi Nono : Fragmente-Stille, An Diotima. Catherine Delume, guitare ; Quatuor Diotima (Eiichi Chijiiwa et Nicolas Miribel, violons ; Franck Chevalier, alto ; Pierre Morlet, violoncelle) ; Serge Lemouton, assistant musical ; Technique Ircam.

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Enfin du à Paris !!! Et en bonne compagnie transalpine de surcroît : Spirali (1988) de son presque exact contemporain (né en 1959) et un des monuments pour quatuor contemporain : Fragment-Stille, An Diotima (1980) de (1924-1990).

Spirali fait appel en plus du quatuor traditionnel à un système de sonorisation et spatialisation du son. Chaque instrument est enregistré et amplifié en direct, le son étant alors projeté sur les divers haut-parleurs avec de légères modifications de timbre et de dynamique. Le résultat est une spirale de sons entourant le spectateur, sorte d’écho perpétuel. s’inspire directement des procédés d’écriture en imitation des compositeurs de la Renaissance –on ne peut s’empêcher de penser aux canzone et motets à plusieurs groupes instrumentaux ou chœurs de Gabrieli ou Monteverdi conçus pour l’architecture particulière de San Marco de Venise, en tenant compte des effets de retour. L’œuvre, qui part du silence absolu est divisée en plusieurs séquences séparées de longs silences servant à la dispersion du son. Stroppa joue avec les timbres et les attaques en superposant par ce jeu d’écho les différents modes de jeu des quatre instruments.

Envoûtements V est, dans la continuité logique des Envoûtements de pour 5 instruments : quatuor à cordes et guitare. Une combinaison peu habituelle, qui a été essentiellement illustrée en Italie au début du XIXème siècle par Giuliani, Boccherini et Paganini. Nulles réminiscences de ce passé ni espagnolades guitaristiques toutefois. Envoûtements V est une œuvre au foisonnement lyrique intense, ou les modes d’attaques propres à chaque instrument sont superposés et confrontés. Les Envoûtements précédents semblaient être des laboratoires sonores de réflexions sur l’agencement des timbres. Le 5ème du nom possède une fraîcheur et une spontanéité que ne portaient qu’en germe les précédents. Une pièce étincelante, porte ouverte sur un nouveau monde sonore quand ses antécédents ne faisaient que l’évoquer et nous y préparer.

Le festival aurait pu avoir l’idée de reproduire dans son programme de salle les textes de Hölderlin qui ont inspiré l’œuvre de Nono Frangmente-Stille, An Diotima et dont la composition se veut résonance –et non illustration- des poèmes. Comme le titre l’indique (Stille, en allemand : silence) cette œuvre est basée sur le silence, silence de la lecture d’ou naît, en réminiscence, des bribes éparses de musique qui à peine exposées retournent au silence. Ce quatuor à l’écriture ascétique est assez éloigné des pièces assez tapageuses et engagées qui l’entourent : Al gran sole carico d’amore (1975), Prometeo (1984) ou Ayacucha (1987). Son exécution en est d’autant plus redoutable puisqu’il faut unifier ces mesures éparpillées dans le temps, « habiter » ces silences fréquent qui ne doivent pas se transformer en instants de détente et trouver ainsi un discours musical continu dans une œuvre qui ne veut pas assumer de continuité logique. Les membres du –dont le nom de baptême n’est certainement pas du au hasard- semble être des habitués de cette partition qu’ils jouent à merveille, privilégiant toujours la beauté du son.

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Paris. Festival Agora. IRCAM, Espace de projection. 01-VI-2002. Marco Stroppa : Spirali, Suzanne Giraud : Envoûtements V, Luigi Nono : Fragmente-Stille, An Diotima. Catherine Delume, guitare ; Quatuor Diotima (Eiichi Chijiiwa et Nicolas Miribel, violons ; Franck Chevalier, alto ; Pierre Morlet, violoncelle) ; Serge Lemouton, assistant musical ; Technique Ircam.

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