Cecilia Bartoli à l’école buissonnière des amants

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Wolfgang Amadeus Mozart, Lorenzo Da Ponte : Così Fan Tutte. Cecilia Bartoli : Fordiligi – Liliana Nikiteanu : Dorabella – Agnes Baltsa : Despina – Roberto Saccà : Ferrando – Oliver Widmer : Guglielmo – Carlos Chausson : Don Alfonso. Chœurs et Orchestre de l’Opéra de Zürich, direction : Nikolaus Harnoncourt. Mise en scène : Jürgen Flimm. Réalisation : Brian Large. Février 2000. 2 DVD Arthaus, 2001, n° 4 006680 100128.

 

Cecilia à l’école buissonnière des amantsL’Opéra de Zürich est un opéra de troupe ; Liliana Niketeanu, , Oliver Widmer sont des habitués de ses productions, souvent cornaquées on le sait par  ; lequel ne manque pas de pousser l’orchestre vers des sommets que celui-ci n’atteint pas toujours… A l’occasion, s’y adjoint  : qu’on se souvienne de certain Orfeo ed Euridice de Haydn (Saccà, Holzmair)… Le chef autrichien est devenu en même temps un vieux routier de Così, qu’il a bien expérimenté avec le Concertgebouw d’Amsterdam avant de le graver – de manière toute personnelle, c’est à dire brillante – chez Teldec. C’est induire que cette captation prend, somme toute, peu de risques expérimentaux.

Et on ne peut que s’en féliciter, vu le niveau de la distribution et de la direction : excellent. L’inévitable Brian Large assure, avec le fort métier qu’on lui connaît (non exempt de défauts, voir le récital de Vicence avec la même Bartoli) un balayage intelligent d’une d’une scénographie efficace, colorée, sinon décoiffante. Astucieuse dans les mouvements de groupe, les duplicités (dont Così n’est pas avare !) ; peu inventive pour les monologues (en la matière, Cecilia n’est guère aidée au cours de « Per Pietà »)… elle joue à fond le sous-titre de l’œuvre (« l’école des amants »), Don Alfonso devenant l’instituteur à son tableau – accessoire qui importera beaucoup dans les reflets des visages, et le commentaire de l’action. En prime, de très beaux plans rapprochés sur les tourments des âmes.

Commençons donc par la prima donna. Sa voix, nul ne l’ignore, n’entre guère dans les tiroirs des typologies prêtes à chanter, dont d’aucuns font leur pain quotidien. Mezzo avec de l’aigu (contre-ré bémol dans Zelmira, « Live in Italia ») ? Soprano maîtrisant des sauts redoutables dans le grave (Vivaldi) ? Peu importe : Un Bellini lui-même (1801-1835) ne connut jamais de son vivant l’expression de « mezzo-soprano » ! Così étant distribué pour deux sopranos à la tierce, voilà notre Bartoli totalement à sa place dans la tessiture de Fiordiligi, y compris – et surtout – pour les écarts du premier air.

Ces préalables étant posés, que songer de sa prestation ? A l’exception d’une attaque parfois rude, avec une émission postillonnante sur la consonne « p », sa composition est, tout de go, anthologique ! Vous rêviez d’un « Come scoglio » totalement replacé dans sa parodie d’opera-seria, aux vocalises intégrales et souveraines ? Vous vouliez une soeur qui soit, non l’opposé, mais l’alter ego plus instable encore de Dorabella ? Vous désiriez un chant velouté et sans cesse sur le bord du précipice, dans la langueur ou l’exultation de « Per pietà » ou « Fra gli amplessi » ?  vous offre tout cela ; un vrai métier de comédienne en cerise sur le gâteau.

Harnoncourt quant à lui reprend la verve originale de son enregistrement, en l’expurgeant de certains tics et scories (ici, des tempi moins déroutants). Si le chef gomme à dessein ce que la partition peut avoir de solaire, au profit d’une lecture toujours grave – et il a raison -, c’est aussi pour mettre en valeur une véritable équipe – une troupe, donc – qui ne demeure pas en reste. A la Dorabella un peu impersonnelle de voix, mais piquante, de Nikiteanu, répond le génie du choix d’, extravagante Despina, parfois grave elle aussi, et qui rachète une seconde partie de carrière parfois peu élégante (Carmen !).

Moins éclatants sans doute, mais entièrement au diapason de cette école des vrais-faux amants, les messieurs sont dominés par Oliver Widmer ; timbre certes banal, Guglielmo moins séduisant qu’un D’Arcangelo – mais composition d’abattage : chapeau. Plus falot que nécessaire pour Ferrando, Saccà a perdu de la grâce de son Orfeo haydnien déjà nommé ; tandis que Chausson met à bon escient du Dandini dans Don Alfonso. Du très bon chocolat suisse donc, qui fait saliver dans l’attente d’un Don Giovanni imminent, avec peu ou prou les mêmes… déjà connu grâce à la SAT3 (Allemagne) ; où la Bartoli gravit (en Elvire !) une nouvelle marche vers un empyrée qui lui est depuis longtemps promis.

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