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Les contes du diable

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra Bastille. 25-IX-2002. Jacques Offenbach, Les Contes d’Hoffmann. Neil Shicoff, Susanne Mentzer, Bryn Terfel, Michel Sénéchal, Desirée Rancatore, Ruth Ann Swenson, Béatrice Uria-Monzon, Nora Gubisch, etc. Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris. Direction : Jesús López Cobos. Mise en scène : Robert Carsen. Décors et costumes : Michaël Levine. Lumières : Jean Kalman.

Offenbach « Les Contes d’Hoffmann »

Pour l’ouverture de la saison de la salle de la Bastille, l’Opéra de Paris a repris la production des Contes d’Hoffmann d’Offenbach proposée par en mars 2000. Après trente mois, la vision du metteur en scène canadien apparaît plus intelligente encore qu’à l’origine, même si on y relève toujours quelque trivialité, principalement dans la scène d’Olympia. Présent sur le plateau avant même que le public ne s’installe (ce qui n’a rien d’inédit), Hoffmann cuve son vin allongé sur ses poèmes entouré de cadavres de bouteilles. Le plateau vide aux lumières rasantes en noir et blanc reste du plus bel effet. Soudain, la scène s’anime de tous côtés, avec l’immersion d’un bar d’une brasserie jouxtant les coulisses du théâtre où se déroule le drame, et que l’on retrouvera dans l’épilogue. L’action commence alors à se démultiplier en strates de significations avec une élégante habileté : le propos de Carsen est le théâtre dans le théâtre.

Pour les trois actes en flash-back, la mise en scène se transporte en effet d’abord sur un plateau d’Opéra, durant l’entracte de Don Giovanni, puis dans la fosse d’orchestre de ce même théâtre lyrique d’où l’on voit le proscenium et où se joue le tragique destin d’Antonia, enfin l’acte de Venise, planté sur l’avant-scène de la même salle, cette fois dos au public mais face aux fauteuils de velours rouge écarlate qui ondoient au rythme de la fameuse Barcarolle. Formidable plongée dans l’imaginaire théâtral que cette lecture virtuose des Contes d’Hoffmann qui passe en revue en moins de trois heures trois types d’opéras, bouffe, dramatique, fantastique.

Succédant à James Conlon au pupitre de l’orchestre de l’Opéra, Jesús López-Cobos dirige une œuvre qu’il semble particulièrement apprécier tant il y met de délicatesse et de poésie, jouant avec gourmandise de la sensualité polychrome d’un orchestre en très grande forme, précis et fluide à merci. Nommé directeur de l’Opéra de Madrid, il se fera malheureusement plus rare dans la fosse de l’Opéra de Paris, où il s’est montré particulièrement en phase avec la musique française, avec Manon de Massenet et Carmen de Bizet.

Côté scène, malgré son âge, est Hoffmann en personne. Il a la voix et le physique du rôle, qui semble avoir été taillé à sa mesure. Susanne Mentzer est un Nicklause rayonnant, mais l’on ne comprend strictement rien à ce qu’elle chante. , dans ses quatre emplois, est égal à lui-même, jovial, sonore. est un Olympia virtuose, dans la ligne de Natalie Dessay, à qui elle succède ici. En revanche, déçoit, campant une Antonia sans chair, tout comme , toujours aussi peu compréhensible et qui semble en outre se demander de qu’elle fait dans le costume de Giulietta. Il suffit de peu de temps pour que impose sa voix de miel dans le petit rôle de la mère. Reste la formidable incarnation de la quadruple figure du diable par un impressionnant d’aisance et dont la présence s’impose à l’ensemble du plateau. Aussi extraordinaire comédien que chanteur d’exception, le baryton-basse gallois ne cesse de captiver, ne serait-ce que par la pureté de son élocution française.

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