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Les caprices de Borée

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Paris. Opéra de Paris Garnier. 28-III-2003. Rameau, Les Boréades. Barbara Bonney, Anna Maria Panzarella, Jaël Azzaretti, Paul Agnew, Toby Spence, Laurent Naouri, Stéphane Degout, etc. Orchestre et Chœur Les Arts florissants. Direction : William Christie. Mise en scène : Robert Carsen. Décors et costumes : Michael Levine. Lumières : Robert Carsen et Peter van Praet. Chorégraphie : Edouard Lock.

boreades_2a-350x233Les Boréades de entrent à l’Opéra de Paris

Jamais données du vivant de son auteur, Les Boréades n’ont guère de chance depuis leur conception. Cette œuvre ultime de a non seulement été la première victime du décès du compositeur en septembre 1764 mais a aussi dû subir la vindicte de la censure en raison de son contenu, la partition étant à la fois porteuse d’avenir et l’une des plus subversives du compositeur. Tout d’abord par son livret, qui s’inspire des amours alambiquées de Borée, dieu des vents du nord, et d’Orithie, fille du roi d’Athènes, dont il a eu deux fils qui donnent à Louis de Cohusac l’occasion de dénoncer l’abus de pouvoir aux dépens de la liberté individuelle. Ensuite par la musique, qui, tout en se fondant dans le moule de la tragédie lyrique, amalgame récitatifs secs, accompagnés, airs et ensembles, et intègre le tout au sein du développement de l’action. Rameau ouvre ainsi la voie à la réforme que Gluck mettra en œuvre quelques années plus tard dans son Orphée et Euridice. On y trouve également trace de Mozart, et jusqu’à Berlioz.

Il aura donc fallu attendre deux cent trente ans pour que le commanditaire des Boréades, l’Opéra National de Paris pour qui l’ouvrage était originellement destiné alors que l’institution portait le nom d’Académie Royale de Musique, l’accueille enfin cette splendide partition. Il s’agit en fait de la seconde production de l’histoire, vingt et un ans après celle de la création dans le cadre du Festival d’Aix-en-Provence 1982 dans une mise en scène de et sous la direction de John Eliot Gardiner. Aujourd’hui, comme en 1982, c’est dans l’édition d’après le manuscrit découvert à la Bibliothèque Nationale de France par Alain Villain que l’œuvre a été donnée, assimilant ainsi à une page nouvelle une partition conçue voilà plus de deux siècles.

Le mauvais sort qui pèse sur Les Boréades à l’Opéra de Paris depuis 1764 se sera finalement maintenu jusqu’au soir de la première, puisqu’une panne de secteur a interrompu le spectacle au tout début du premier entracte, qui s’étira de ce fait sur quelque trois quarts d’heure. Lorsqu’il s’est agi de reprendre, le rideau resta bloqué, et l’on vit Hugues Gall, directeur de l’Opéra de Paris, demander au public de prendre patience, la panne de courant ayant perturbé le bon fonctionnement des ordinateurs de la maison. Mais au beau milieu du troisième acte, une seconde coupure de courant contraignit après quelque hésitation les interprètes à s’interrompre à la fin d’une belle phrase chorale. L’on craignit un moment que le spectacle ne pût reprendre, jusqu’à ce que l’on entendît enfin demander à ses troupes : « Etes-vous prêts ? » …

Calisis (Toby Spence), Alphise (Barbara Bonney), Borilée (Stéphane Degout) et Borée (Laurent Naouri) - photo (c) ERIC MAHOUDEAU

Tant et si bien que, à part les deux premiers actes, il apparaît délicat de juger de la globalité d’une interprétation sur laquelle a pesé tant d’infortune. Néanmoins, dès l’ouverture, l’on a pu percevoir l’excès de nervosité de la direction de . Le chef poussa tant ses Arts florissants à la vélocité que les approximations se sont avérées par trop nombreuses, à commencer par les cors qui, dans l’ouverture, n’ont pu aligner la moindre note juste, pas plus d’ailleurs que les bois, à l’exception des bassons particulièrement onctueux dans l’acte IV. L’acidité des cordes propre aux ensembles baroques a gommé la dimension prophétique de l’ouvrage. Côté distribution, l’on est en revanche proche de la perfection, si ce n’est , qui ne semble pas vraiment à sa place dans le rôle d’Alphise. est un Abaris solide et chaleureux, un impressionnant Borilée. Reste la mise en scène de , que l’œuvre n’a apparemment pas particulièrement inspiré. Le metteur en scène canadien se sera en effet contenté de dépeindre deux mondes manichéens, celui des méchants dieux aux longs mentaux gris sombres, et celui des amoureux promis vêtus de sous-vêtements blancs. Les décors illustrent les quatre saisons et incitent les scénographes à l’humour bucolique et à jouer de l’assonance ballet/balais utilisée en son double sens, les danseurs jouant souvent du balais, puisque c’est à eux qu’est confié le soin de dégager tour à tour fleurs coupées, feuilles mortes, et neige. La chorégraphie importune et épileptique du Québécois Edouard Lock est par trop envahissante et décalée. Mais comment régler l’épineux problème posé par les longues et belles plages de musique pure qui ponctuent le développement de la narration de cette tragédie lyrique en cinq actes ?…

Crédit photographique : Éric Mahoudeau

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Paris. Opéra de Paris Garnier. 28-III-2003. Rameau, Les Boréades. Barbara Bonney, Anna Maria Panzarella, Jaël Azzaretti, Paul Agnew, Toby Spence, Laurent Naouri, Stéphane Degout, etc. Orchestre et Chœur Les Arts florissants. Direction : William Christie. Mise en scène : Robert Carsen. Décors et costumes : Michael Levine. Lumières : Robert Carsen et Peter van Praet. Chorégraphie : Edouard Lock.

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