Figures doubles, double concert

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Maison de la Radio (Salle Olivier Messiaen). 18.IV.2003. Mozart : duo en sol majeur pour violon et alto K423* ; Mendelssohn-Bartholdy : « Ehre sei Gott in der Höhe » pour soli et double chœur a cappella op. posthume, « Warum toben die Heiden » pour soli et double chœur a cappella op.78 n°1 ; Schumann : Quatre chants pour double chœur a cappella op.141 ; Martinu : Duo pour violon et violoncelle n°1 H.157** ; F. Martin : Messe pour double chœur a cappella . Chœur de Radio France. Vlastimil Holek : violon*. Pavel Hula : violon **. Josef Kluson : alto*. Michal Kanka : violoncelle**. Direction : Donald Palumbo.

Donald Palumbo

Composé d’œuvres pour doubles chœurs et de duos instrumentaux, le concert du Chœur de Radio France, de membres du et du ouvrait le week-end de Radio France intitulé Figures Doubles. Si l’intérêt d’un concert tient à la qualité des musiques proposées, il est également le fruit de leur agencement et des oppositions qu’il parvient à susciter. Ici contraste de timbres entre voix et cordes, atmosphères entre profane et religieux, mais aussi entre poésie et virtuosité.

Ainsi, la première partie du programme a fait alterner les trois mouvements du Duo pour violon et alto en sol majeur de Mozart avec deux motets pour double chœur a cappella de Félix Mendelssohn-Bartholdy. Cette mise en regard de ces deux partitions a donné la curieuse impression d’être devant un téléviseur et de zapper entre deux concerts, tantôt submergé par l’univers choral de Mendelssohn, tantôt subjugué par la grâce de Mozart.

Dans le Duo de Mozart, si le violon prédomine sans conteste la ligne mélodique, le compositeur élève l’alto à un rôle d’accompagnement luxueux, réservant pour ce denier une partie exceptionnellement riche. Les rôles sont partiellement inversés dans le Duo pour violon et violoncelle de Bohuslav Martinu, qui offre au violoncelle une longue cadence soliste. Mais l’écriture quasi symphonique de ce duo traite par ailleurs les deux instruments comme un orchestre. Tel un effet d’écho, l’écriture néoclassique de ses deux mouvements, Praeludium et Rondo, réintroduit l’univers mozartien. La spontanéité de ce dernier se double, chez Martinu, d’une fantaisie rythmique éblouissante.

Ardent défenseur de la musique de Bach, Mendelssohn atteint dans les deux motets de maturité interprétés par le Chœur de Radio France la richesse contrapuntique et le sens religieux prégnant du Cantor, et montre une fois de plus qu’il n’est pas seulement l’heureux auteur des charmantes Romances sans Paroles. Quant à Schumann, musicien chez qui la mélodie naît toujours accompagnée de son contrepoint, il explore dans ses Quatre chants de 1849 toute la profondeur de son sens poétique doublé d’une écriture particulièrement dépouillée.

Dernière pièce du programme, la Messe pour double chœur a cappella du Suisse est une page de jeunesse de 1922 qui ne sera révélée au public que quarante ans après sa genèse. Si cette messe reste traditionnelle par son écriture et profondément ressentie dans son perception du texte, c’est par l’emploi d’un double chœur qu’elle prend l’essentiel de sa valeur. Fasciné par les vitraux des cathédrales diffractant la lumière en un spectre multicolore, Martin arrive ici à diviser le son en autant de faisceaux qu’un vitrail par sa rayonnante maîtrise des voix. Le point culminant de cette messe est atteint dans l’Agnus Dei. Une musique très touchante d’un compositeur qui reste hélas encore à découvrir.

Les membres des Quatuors Prazak et Kocian, qui donnaient deux jours plus tard à Radio France dans ce même cadre des Figures doubles l’Octuor de Mendelssohn, ont su si admirablement alterner avec le Chœur de Radio France que l’on ne sait que privilégier dans ce concert, entre le plaisir communicatif que la musique de Mozart et de Martinu inspire à ses interprètes et la justesse de ton du Chœur de Radio France, qui a prouvé qu’un effectif restreint et homogène de chanteurs a cappella peut atteindre une puissance expressive et sonore plus convaincante qu’un ensemble d’une centaine de choristes.

* Concert retransmis le dimanche 18 mai à 9H09 sur France Musiques

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