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Paris. Salle Pleyel. 25-IV-2007. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Une Nuit sur le Mont Chauve. Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 35 . Francis Poulenc (1899-1963) Gloria. Baiba Skride, violon ; Annick Massis, soprano. Chœur de l’Orchestre de Paris (chefs de chœur : Didier Bouture, Geoffroy Jourdain). Orchestre de Paris, direction : Jean-Claude Casadesus.

Moussorgski, Tchaïkovski et Poulenc

L’, dirigé par , a offert un programme hétéroclite aux mélomanes de la salle Pleyel. Moussorgski, Tchaïkovski et Poulenc, qui se distingue nettement de ses confrères, étaient les trois compositeurs-clef de ce concert. L’originalité de ce choix a fait entendre une grande palette sonore ainsi qu’une multitude de couleurs, grâce à la diversité de style des trois hommes, originalité pour laquelle le public a exprimé un grand intérêt. Les œuvres choisies rendent un hommage juste au talent particulier de chaque compositeur, même si, selon le journaliste Marcel Marnat, « Moussorgski n’avait pas 30 ans et n’était qu’un amateur ». Une Nuit sur le Mont Chauve pour orchestre est certes une œuvre de jeunesse mais déjà Moussorgski exprime son opinion quant aux traditions musicales de l’époque grâce à l’écriture harmonique extravagante. Dirigé de manière étonnante par Jean Claude Casadesus, l’ a pu donner une belle interprétation devant une salle comble. L’homogénéité du corps orchestral, qui est une gageure dans une salle à l’acoustique aussi sèche, a mis en avant ces péripéties par des échanges mélodiques subtils, un jeu de couleurs variées ainsi qu’une grande fidélité au texte.

Baïba Skride est parvenue elle-aussi à faire preuve de son talent sans aucunes difficultés dans le Concerto pour violon et orchestre de Tchaïkovski. Ce retour aux traditions crée un effet de surprise après l’écoute d’une œuvre qui entendait les transgresser. Contrairement à Moussorgski, Tchaïkovski voulut écrire ce concerto russo-italianisant selon le modèle beethovénien, comprenant un long mouvement initial avec un thème récurrent, un second mouvement lent et expressif, et enfin un court final vigoureux et énergique aux couleurs tziganes. Délibérément destiné aux virtuoses, des cascades de traits périlleux et de piqués ultra rapides sont la difficulté majeure d’une œuvre que, sans crispation, a joué avec légèreté et une grande facilité. Révélée au Concours Reine-Elisabeth en 2001, alors âgée de vingt et uns ans, cette jeune virtuose a su imposer l’autorité et l’élégance de son jeu, ainsi que la qualité de sa sonorité. Dans son interprétation, elle put mettre à profit sa grande maîtrise technique et sa perception musicale fidèle au souhait du compositeur. Son succès fut indiscutable, acclamée à l’unanimité par des auditeurs enflammés.

Après tant de virtuosité, le Gloria pour soprano, orchestre et chœur fait l’effet d’une seconde surprise. Cette œuvre est sûrement la plus représentative de Poulenc et fut l’objet d’une commande laissée pour compte de la Fondation Koussevitzky. Lors des années 50, Vivaldi était l’objet d’un vif intérêt et Poulenc voulut rendre hommage au « prêtre roux » à sa manière. Bien que le texte se réfère à l’ordinaire de la messe, le caractère général de la pièce est plaisantin et pimpant. Malgré ce décalage de genre, ce fut un grand succès dès la première représentation, à peu de chose près : « La deuxième partie a fait scandale, je me demande pourquoi », s’étonna Poulenc. « J’ai pensé simplement, en l’écrivant, aux fresques de Gozzoli où les anges se tirent la langue et aussi à ces graves bénédictins que j’ai vus un jour jouer au football ». Cet esprit de dérision est traduit musicalement par le chœur. Tout au long de ce Gloria, la soprano , l’Orchestre de Paris ainsi que le Chœur de Paris sont apparu comme trois masses distinctes qui tantôt dialoguent, tantôt s’affrontent ou encore se soutiennent dans un jeu d’échange mélodique souple et fluide, sur un tapis harmonique fourni et gracieux. La mise en musique du texte est une perfection, et encore une fois, l’homogénéité est de rigueur. fait montre d’une voix à la fois puissante et cristalline, et d’une grande sensibilité. Pour ses trente ans, le Chœur de Paris est resté fidèle à Poulenc, interprétant une de ses œuvres écrites pour chœur a capella, de toute beauté.

Le public de la salle Pleyel a été comblé et applaudit à tout rompre ce concert que l’on peut justifier de grand.

Crédit photographique : DR

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Paris. Salle Pleyel. 25-IV-2007. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Une Nuit sur le Mont Chauve. Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 35 . Francis Poulenc (1899-1963) Gloria. Baiba Skride, violon ; Annick Massis, soprano. Chœur de l’Orchestre de Paris (chefs de chœur : Didier Bouture, Geoffroy Jourdain). Orchestre de Paris, direction : Jean-Claude Casadesus.

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