Plus de détails

Paris. Amphithéâtre de la Cité de la Musique. 03.VI.2003 – 18h30. Hugo Wolf : Sechs geistliche Gesänge, Max Reger : Nachtlied op. 138 n° 3, Rudolf Escher : Three Pœms by W.H. Auden, Johannes Brahms : Fünf Gesänge op. 104. RIAS Kammerchor, direction : Daniel Reuss.

Paris. Salle des concerts de la Cité de la Musique. 03.VI.2003 – 20h30. Roland de Lassus : Le Chansonnier de Pétraque (14 madrigaux). Ensemble Huelgas, direction : Paul van Nevel. Claudio Monteverdi : Non m’è grave il morire, Lamento della Ninfa, Cruda Amarill, Tirsi e Clori ; Luca Marenzio : Vaghi e lieti fanciulli, Basciami mille volte, Per duo coralli ardenti, Udite lagrimosi spirti, Satiati Amor, Fuggi speme mia ; Filippo de Monte : Di mie dogliose note ; Pomponio Nenna : Occhi miei che vedeste ; Alessandro Scarlatti : Sdegno la fiamma estinse, O morte. Concerto Italiano, direction et clavecin : Rinaldo Alessandrini.

Cité de la Musique

avec l’aide d’Harmonia Mundi avait fait (re)découvrir le au travers d’albums frisant l’excellence (3 CD Brahms, 1 CD Poulenc, …). Tout y était : clarté de la polyphonie, soin de la prononciation, couleur chaude et inimitable, justesse parfaite, homogénéité…. N’y manquait qu’un soupçon de vie ou de fantaisie, le chef de chœur anglais — qui part diriger l’ensemble vocal de la SWR — privilégiant plutôt l’architecture sonore au dépend de l’expressivité. Son remplaçant, le chef néerlandais , vient pallier ces manques tout en gardant les qualités déjà acquises.

Les Sechs geistliche Gesänge d’ confirment d’emblée que le RIAS Kammerchor reste au firmament de l’interprétation de la musique chorale actuellement. Ce recueil rarement donné — on ne connaît de ce compositeur mort dans la folie guère que ses lieder — s’inscrit dans la tradition germanique des balades pour chœur a capella, genre déjà illustré par Schumann et Brahms. L’écriture en est fort complexe et excessivement chromatique, d’une exécution redoutable, dont les interprètes semblent s’e jouer. Comme les précédents, le Nachtlied de est sur un texte poétique para-religieux. Là aussi l’écriture, bien qu’homophonique, est harmoniquement complexe. Le RIAS Kammerchor fait preuve d’une sonorité exceptionnelle, chaude et sombre, et d’une mise en place sans failles qui fait regretter de ne pas entendre le cycle entier dont est extrait cette pièce.

Avec Rudolf Escher, on s’immerge dans la musique néerlandaise du XXe siècle. Ses Three Pœms by W.H. Auden sont d’une écriture assez académique, plutôt contrapuntique, faisant penser parfois à Britten ou à Kodàly… pour un résultat finalement peu personnel. Ce concert se clôturait en beauté par le cycle des Funf Gesänge op. 104 de Brahms, qui avait déjà été enregistré par le même ensemble… et son ancien chef. La vision de l’œuvre de , bien que techniquement moins parfaite, n’oublie jamais l’impact que la musique populaire eut sur le compositeur du Deutsches Requiem. L’ensemble y gagne en relief et est doté d’une vie alors absente de la version gravée. Triomphe sans réserves du public de cette petite salle, bien peu remplie hélas pour de si grands interprètes.

Le second concert était lui-même en deux parties, consacré aux madrigaux italiens du XVIe au XVIIIe siècle. L’ et ouvrait la soirée en infligeant plus d’une heure de contrepoint franco-flamand avec le Chansonnier de Pétrarque de . Les poèmes de l’illustre Comtadin étaient entrecoupés d’écrits actuels de l’auteur néerlandais — et francophile — Luuk Gruwez. L’idée originale en soi permettait de donner un peu de vie à ce programme, et de le sortir d’une perspective un peu trop muséologique. Les écrits de M. Gruwez sont une forme de « réactualisation » de ceux de Pétrarque, utilisant le langage cru de notre époque. Dommage que l’auteur, dont la maîtrise du français est remarquable, ait tenu la partie de récitant, son fort accent n’ayant pas permis à l’auditoire d’apprécier ses savoureux textes.

Huelgas semble perdu dans cette immense salle des concerts, à l’acoustique sèche et peu adaptée à ce répertoire. Malgré son excellence technique et sa profonde connaissance de cette musique, l’ensemble sonne « maigrelet », les voix ne sont pas très puissantes et les instruments manquent de plénitude sonore… On se prend à rêver de ce qu’aurait pu être la « salle modulable » prévue à l’origine de ce bâtiment ; et qui, finalement, n’a jamais vu le jour. Cette impression d’éloignement acoustique, jointe à l’uniformité stylistique de ce cycle n’a pas empêché un triomphe largement mérité des interprètes.

Déception relative, en revanche, pour le . Ses indéniables réussites discographiques, dans Monteverdi et Marenzio notamment prouvent une fois de plus que les studios d’enregistrement savent bien maquiller la réalité. Là encore, ce petit ensemble vocal se perd dans l’acoustique de cette salle. Néanmoins ce répertoire, qui annonce les cantates et opéras à venir, demande une certaine largeur vocale de la part des interprètes. Force est de constater que la justesse n’est pas leur point fort. Le premier madrigal de Monteverdi proposé reste froid, en retrait. C’est à partir du Lamento della Ninfa que les interprètes commencent à se livrer, avec une mention spéciale à la soprano Anna Simboli — voix peu puissante mais style impeccable —, qui sait rendre et interpréter les affetti typiques de cette musique.

Dommage qu’elle ne fut pas présente dans le duo et ballet Tirsi e Clori, dont les solistes semblaient peu concernés par ce qu’ils chantaient. Le reste du concert ne pouvait aller que de mieux en mieux : les madrigaux de Marenzio étaient habités d’une vie et d’une expressivité alors à peine perceptible auparavant ; et on commençait à retrouver le plaisir d’écoute procuré par cet ensemble dans ses enregistrements. Le concert se finissait sur deux pièces de Scarlatti, œuvres surprenantes chez ce musicien baroque, au contrepoint élaboré et complexe typique du XVIIIe siècle… mais qui se souvient de la leçon de Monteverdi. Ne boudons pas notre plaisir envers le et , qui restent les interprètes les plus qualifiés actuellement pour ce répertoire exigeant — et ce, malgré quelques défauts techniques de justesse et d’homogénéité.

Plus de détails

Paris. Amphithéâtre de la Cité de la Musique. 03.VI.2003 – 18h30. Hugo Wolf : Sechs geistliche Gesänge, Max Reger : Nachtlied op. 138 n° 3, Rudolf Escher : Three Pœms by W.H. Auden, Johannes Brahms : Fünf Gesänge op. 104. RIAS Kammerchor, direction : Daniel Reuss.

Paris. Salle des concerts de la Cité de la Musique. 03.VI.2003 – 20h30. Roland de Lassus : Le Chansonnier de Pétraque (14 madrigaux). Ensemble Huelgas, direction : Paul van Nevel. Claudio Monteverdi : Non m’è grave il morire, Lamento della Ninfa, Cruda Amarill, Tirsi e Clori ; Luca Marenzio : Vaghi e lieti fanciulli, Basciami mille volte, Per duo coralli ardenti, Udite lagrimosi spirti, Satiati Amor, Fuggi speme mia ; Filippo de Monte : Di mie dogliose note ; Pomponio Nenna : Occhi miei che vedeste ; Alessandro Scarlatti : Sdegno la fiamma estinse, O morte. Concerto Italiano, direction et clavecin : Rinaldo Alessandrini.

Mots-clefs de cet article

Resmusica-bannière-01

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.