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Requiem de Fauré… « en état de grâce »

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Saint Denis, Basilique. 24 et 25.VI.2003. Gabriel Fauré (1845-1924), Requiem. Francis Poulenc (1899-1963), Concerto pour orgue et orchestre. Véronique Gens (soprano), Stéphane Degout (baryton), Pierre Pincemaille (orgue), Ensemble Orchestral de Paris, direction : John Nelson, Chœur d’Oratorio de Paris, direction : Jean Sourisse.

Festival de Saint Denis

Stéphane Degout - Baryton (2002)

Le Requiem

La Basilique de Saint Denis est incontestablement le lieu rêvé pour ces pages qui sont parmi les plus belles de la musique française des XIXe et XXe siècles.

Inspecteur des conservatoires en 1892, titulaire du grand orgue de la Madeleine en 1896, successeur de Massenet comme professeur de composition au Conservatoire où il comptera de nombreux et prestigieux élèves avant d’en devenir le directeur en 1905, ce grand mélodiste qu’est a marqué de son empreinte la musique de chambre française du XIXe siècle dont on peut dire qu’il en est un des grands créateurs. Equilibre des lignes mélodiques, homogénéité du discours, simplicité dans l’expression, respect des modes anciens font que Fauré tient une place unique et originale dans la musique de son temps. C’est à la suite de la mort de ses parents en 1886 et 1887 que Fauré compose ce Requiem. Il en écrit l’essentiel en janvier 1888 pour une présentation sous sa direction en l’église de la Madeleine, le 16 du même mois.

Après avoir intégré le Libera me et l’Offertoire en 1891, Fauré ne cesse de remanier l’œuvre jusqu’à la version pour grand orchestre d’aujourd’hui. Il perçoit la mort comme un apaisement et la religion comme une source d’amour. Ni crainte, ni angoisse, ni colère divine dans ce magnifique Requiem mais, au contraire, confiance, tendresse, apaisement. « On a dit que mon Requiem n’inspirait pas la mort, quelqu’un l’a appelé une berceuse de la mort. Mais c’est ainsi que je sens la mort : comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d’au-delà, plutôt que comme un passage douloureux. » Lors des obsèques de Camille Saint-Saëns, on reprendra d’ailleurs le très beau passage In Paradisum.

dirige l’ avec clarté, sans emphase, ni effets inutiles. Il explore le texte à la note près et nous en restitue toute la beauté spirituelle et poétique. C’est une direction frémissante, recueillie, transparente qui emplit les voûtes grandioses de cet écrin idéal qu’est la Basilique de Saint-Denis. Les cordes sont magnifiques. Notamment les altos et les violoncelles. On est subjugués par leur sonorité, leur chant plein de pudeur et de tendresse. L’intervention du premier violon pour le In Paradisum est de toute beauté. Le Chœur d’Oratorio de Paris dirigé par Jean Sourisse est lui aussi clair, précis, jamais envahissant ni mélodramatique. Quant à et à , ils apportent leur élégante ferveur à cette œuvre pleine d’espérance et de lumière. Le Pie Jesu est devenu une sorte de standard discographique mis un peu à toutes les sauces, mais notre très belle soprano sait nous faire vibrer à la douceur de ce délicat appel à la paix. On est touché par la beauté de son timbre, l’élégance de sa ligne vocale, son sens des nuances et de l’harmonie, comme chez son partenaire devenu aujourd’hui, à 28 ans, le jeune baryton français qui monte. Il était récemment dans Les Boréades de Rameau à l’Opéra de Paris. C’est une voix chaude, ample, puissante, colorée. Avec , il donne à ce Requiem toute son humanité, sa générosité, sa tendresse. Ils en font un lumineux acte de foi et d’espérance. Et, le public en total état de grâce, a été bouleversé par la spiritualité vibrante de leur chant.

La prière de Poulenc

Le concerto pour orgue, timbales et orchestre marque le début de la production religieuse de Poulenc alors récemment converti. Son retour à la foi catholique, en 1936, l’amena à composer de nombreuses œuvres religieuses dont les Litanies de la Vierge noire de Rocamadour (1936), le Concerto pour orgue (1938), Quatre Motets pour un temps de pénitence (1939), la cantate Figure humaine (1943) d’après un poème de Paul Éluard, un Stabat Mater en (1950) et un Gloria (1959). Le voyou devenu moine offre ici une vision baroque conçue en un seul mouvement unique et contrasté, sombre, dramatique, recueilli et grandiose. Aux grandes orgues de la Basilique de Saint Denis, son titulaire . Habité, bouleversant, éclatant, magique, il joue en virtuose du timbre des jeux et des couleurs de l’orgue. C’est une direction enlevée, fluide, jamais pathétique, ni trop mystique comme c’est trop souvent le cas, que nous offre . l’équilibre entre l’orgue et son accompagnement est très réussi. Les percussions résonnent avec une profondeur d’une grande subtilité. Là aussi, pas d’excès. Et, le dialogue orgue-timbales est tout en finesse.

Un public fervent, conquis, captivé a chaleureusement ovationné les interprètes.

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