Dana Ciocarlie à Gaveau : clair obscur

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Salle Gaveau. 7.III.2004. Clara Wieck-Schumann : Variations sur un thème de Robert Schumann opus 20, Robert Schumann : Impromptu sur un thème de Clara Wieck opus 5, György Ligeti : Musica Ricercata, Claude Debussy : Poissons d’Or, Franck Krawczyk : Toccata. Dana Ciocarlie, piano.

Dans le cadre du «  Mécénat Musical de la Société Générale  », la salle Gaveau accueillait en récital , pianiste roumaine installée en France qui proposait un programme original allant du romantisme à nos jours.

Le titre de chacune des œuvres de Clara Wieck-Schumann et Robert Schumann nous laisse supposer qu’il s’agit d’un cadeau entre époux, exemple unique à notre connaissance dans l’histoire de la musique. Le fait que ces œuvres aient été composées à vingt ans d’intervalle donne toute sa résonance aux liens qui les unissaient. Le « couple musical » formé par ces deux pièces est assez intéressant même si on décèle un certain académisme chez Clara Wieck-Schumann contrairement au « métier » dont fait preuve son mari. Malheureusement, le jeu sans inspiration de ne nous permit d’apprécier cette musique à sa juste valeur. L’ennui s’installa rapidement du fait d’un phrasé manquant de clarté, d’articulation et d’une gamme de nuances « en ligne droite ». Les deux compositions, sans être essentielles, méritaient mieux qu’un simple survol.

Musica Ricercata de allait donner un autre cours au récital. Ligeti composa cette œuvre, un ensemble de onze pièces au caractère bien marqué, entre 1951 et 1953, époque durant laquelle il enseignait au Conservatoire de Budapest. Comme d’autres compositeurs vivant derrière le « rideau de fer » il eut des problèmes avec la censure : la dixième pièce de ce recueil, ayant été considérée décadente du fait d’une « trop grande » accumulation de secondes mineures dut être supprimée!! Musica Ricercata est sans conteste une œuvre maîtresse. Cet ensemble de onze pièces, d’une durée d’environ deux minutes chacune, est un modèle d’écriture, de concision et d’inventivité. Dès le début de son jeu, Dana Ciocarlie donna l’impression qu’une « métamorphose » s’était opérée tant on avait l’impression d’entendre une autre pianiste. Par la précision, la clarté et l’engagement dont elle fit preuve, la structure et le sens de chaque partie furent mis en évidence. Incontestablement, elle dominait cette partition redoutable.

Après la « lumière » apportée par l’interprétation de l’œuvre de Ligeti, c’est avec impatience que nous attendions Poissons d’Or de , extrait du deuxième livre des Images, aux titres si évocateurs, écrites entre 1905 et 1907 et qui font incontestablement partie des joyaux de l’œuvre pianistique de leur compositeur. Hélas Dana Ciocarlie revint, en les accentuant, aux défauts du début du récital. Son jeu lourd et confus occulta la finesse et la subtilité de l’écriture de Debussy. Ce nouveau changement ne pouvait que laisser perplexe et frustré. La dernière œuvre au programme était la Toccata du jeune compositeur français Franck Krawczyk, né en 1969. Cette œuvre, composée en 1991, sans être d’une grande originalité, est fort bien écrite et suscite l’intérêt. Dana Cociarlie nous donna une interprétation du même niveau que pour Musica Ricercata de Ligeti ce qui nous laisse croire que cette interprète est incontestablement plus à l’aise dans la musique contemporaine.

En bis, la pianiste nous offrit un Impromptu de Schubert et les Danses Roumaines de Bartók. Ces deux œuvres furent en quelque sorte un résumé du concert : un Schubert à oublier et un Bartok tout en verve et qui fut, sans doute, un des plus grands moments du concert.

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