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Idoménée, roi du désert

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Genève. Grand Théâtre, le 11.5.04. Opéra seria en trois actes de Wolfgang Amadeus Mozart. Mise en scène, décors et costumes : Ursel et Karl-Ernst Hermann. Idoménée, Keith Lewis. Idamante, Hannah Esther Minutillo. Ilia, Carmela Remigio. Electre, Marcella Orsatti Talamanca. Arbace, Jeffrey Francis. Le Grand Prêtre, Peter Straka. La Voix de Neptune, Eric Owens. Orchestre de Chambre de Lausanne. Chœurs du Grand Théâtre. Direction musicale : Michael Gielen.

idomenee-300x298« Idoménée » au Grand Théâtre de Genève

C’est dans un décor stylisé à l’extrême que se déroule l’Idoménée imaginé par le couple de metteurs en scène Ursel et . Les Allemands signent l’entier de la scénographie, les décors et les costumes. Une piste éclairée au sol circonscrit la fosse d’orchestre et devient le siège des déambulations, aussi répétées que lassantes, des protagonistes. Hormis quelques tableaux faisant intervenir le peuple et des éclairages variés et bien pensés sur une arrière-scène séparée du reste par un rideau baissé par intermittence, le dispositif et son ordonnancement suscitent une foule d’interrogations qui, à défaut de trouver des réponses convaincantes, finissent par agacer. Que fait, notamment, ce masque africain esseulé au sommet d’une perche blanche au beau milieu de l’avant-scène ? Pourquoi cette chaise inutile et surtout cette direction d’acteurs quelque peu maniérée qui prive le jeu théâtral d’une part importante de spontanéité ? Bien évidemment, au diapason de ces conceptions très « tendance » défilent des costumes high-tech rivés dans des anachronismes cultivés à outrance. Les intentions symboliques (marée noire pour dénoter l’emprise de Neptune sur les rives crétoises, recours aux ombres chinoises entretenant des jeux subtils avec la profondeur de champs) évoquent certes avec une certaine pertinence la présence d’une menace, ou l’imminence de l’irruption d’Idamante ensanglanté parce que vainqueur des monstres vivant dans les flots de Neptune ; mais on peine à être en prise directe avec l’action, tant celle-ci se dilue au fil du temps et ne sert que trop peu la psychologie des personnages.

Heureusement, les conjonctions musicales s’installant entre le plateau, à la tête de l’OCL et l’opéra seria que Mozart écrit à 24 ans convainquent pleinement. Rares sont les distributions aussi méritantes et enthousiasmantes. Le rôle-titre, tenu par , doté d’un timbre plus velouté qu’extérieurement solaire, touche par son chant habité des meilleures qualités dont on peut rêver de la part d’un artiste lyrique. Son fils Idamante, campé par la mezzo , est mis en lumière par une candidate idoine pour tenir le rôle de Cherubino dans les Noces de Figaro. Face à elle, (Ilia) allie une présence vocale intense à une candeur séduisante. Des rôles dévolus à des femmes, tous excellents, émergent peut-être l’Electre implacable et tempétueuse du soprano Marcella Orsatti Talamanca. Arbace par , le Grand Prêtre de et la Voix de Neptune servie par , rôles moins exposés, autorisent également tous les éloges.

Vocalement de très haut vol, la reprise genevoise de la production salzbourgeoise brille aussi par la qualité orchestrale émanant de l’, éminent dépositaire de la musique de Mozart et de ses contemporains. A la tête de la phalange vaudoise était de surcroît placé un des grands maîtres de notre temps : . Aussi sobre qu’efficace, il mène élégamment l’ensemble avec une circonspection et un sens de l’architecture qui laisse paraître avec une rare acuité musicale le rapport ambigu qu’entretenait Mozart avec le genre de l’opéra seria. Moins enlevé – car d’un genre différent – que les trois Da Ponte, Idoménée se pare bien d’airs enlevés aux entournures, mais conduit posément le drame aux travers de nombreux récitatifs richement accompagnés. Michael Gielen souligne avantageusement le caractère affirmé de ces pages variées, ménageant appuis, souplesse, respirations et nuances à loisir, avec une apparente économie de moyens et dans des tempi qui paraissent des plus adéquats. A Genève, le choix des chefs se fait avec un bonheur régulièrement renouvelé. Quant à celui de la mise en scène, il est vrai que les temps sont durs…

Crédit photographique : (c) GTG/Isabelle Meister

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Genève. Grand Théâtre, le 11.5.04. Opéra seria en trois actes de Wolfgang Amadeus Mozart. Mise en scène, décors et costumes : Ursel et Karl-Ernst Hermann. Idoménée, Keith Lewis. Idamante, Hannah Esther Minutillo. Ilia, Carmela Remigio. Electre, Marcella Orsatti Talamanca. Arbace, Jeffrey Francis. Le Grand Prêtre, Peter Straka. La Voix de Neptune, Eric Owens. Orchestre de Chambre de Lausanne. Chœurs du Grand Théâtre. Direction musicale : Michael Gielen.

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