Retour de Don Quichotte par Noureev à l’Opéra de Paris

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Opéra Bastille. 17-V-2004 et 28-VI-2004. Don Quichotte : musique de Ludwig Minkus, chorégraphie et mise en scène de Rudolf Noureev d’après Marius Petipa, décors Alexandre Beliaev, costumes Elena Rivkina. Les Solistes et le Ballet de l’Opéra de Paris. Orchestre de l’Opéra de Paris, direction Paul Connelly.

Don Quichotte dans la merveilleuse chorégraphie et mise en scène de (1981) vient de faire son retour à l’Opéra-Bastille. Prises de rôles, artistes invités et la nomination « surprise » d’un nouveau Danseur Étoile auront marqué cette reprise.

On se disait en consultant les possibles distributions de cette reprise de « Don Quichotte » à l’Opéra-Bastille (qui a atteint les 165 représentations à la fin de cette série) qu’aucun Danseur Étoile n’aura daigné y danser le rôle de Basilio. Certes, entre les jeunes Pech, Ganio, Paquette, Thibaut prévus et la présence de deux artistes invités, du Ballet de La Scala de Milan et Carlos Acosta, du Royal Ballet de Londres, l’affiche était plus qu’honorable. Mais voilà que la nomination surprise à l’issu de la représentation du 20 mai au titre de Danseur Étoile de Mathieu Gagno, 20 ans, qui vient à peine d’être promu sujet au dernier concours interne du Ballet en décembre dernier et qui s’était distingué dans Kourbsy d’« Ivan le Terrible » au même moment, a démenti cette absence. On avait à l’œil ce jeune danseur, fils des Étoiles Denis Ganio et Dominique Kalfouni, depuis qu’il avait dansé le rôle de Franz dans la « Coppélia », spectacle de l’École de Danse à Garnier en mai 2001. avait choisi de faire danser pour la première fois à l’École la chorégraphie de Saint-Léon et Delibes dans la chorégraphie originale de 1870, remontée par elle-même et d’après les maquettes de la création. Ce ravissant spectacle a été capté et un DVD publié par TDK (voir l’article « Trois Ballets sur DVD ; Variété des styles » publié sur le site en janvier 2004). Sa prestation dans le rôle de Basilio, qu’il a appris en trois semaines pour parer à quelques défections techniques de ses collègues, est impeccable en tous points. Tout en jambes, il maîtrise la virtuosité de ses variations tant au premier acte qu’au pas de deux final. Quand il aura gagné de la confiance, ce qui se trahi actuellement par une expression un peu figée du jeu du visage et un certain manque d’humour, il sera vraiment au niveau de la distinction qui vient de lui être décernée. On le retrouvera avant la fin de la saison au Palais Garnier dans « La Sylphide ».

On ne reviendra pas sur la magie du travail de , son premier pour l’Opéra de Paris en 1981, très riche dans sa mise en scène comme toujours sur la base de la chorégraphie de , conservé jusqu’en avril 2002 dans les superbes décors de Nicholas Georgiadis inspirés de Cervantès et de Goya. Pour son passage à la scène bastillane de plus grandes dimensions, on avait fait appel à deux artistes russes, Alexander Beliaev et Elena Rivkina pour réaliser respectivement de nouveaux décors et costumes. S’ils ont respecté l’esprit de la chorégraphie de Noureev et si le nouveau dispositif arrondit un peu les angles de la trop grande scène, l’ensemble n’est pas une réussite absolue. Trop compliqués dans le mélange des styles (sauf peut-être celui de la Taverne au III), les décors manquent de poésie. Comme les costumes, qui semblent empeser les danseurs dans des formes et des matières trop rigides. Le propre d’un costume étant d’être aussi beau de près que de loin, on est ici loin du compte. La blonde Agnès Le Testu danse le rôle de Kitri qu’elle a repris après tant de « brunes » comme Pietragalla, Guillem. Elle y démontre avec beaucoup de malice, une absolue perfection technique (ses équilibres et ses fouettés sont époustouflants) et une grande classe. L’excellent Don Quichotte de Jean-Marie Didière, jouant sur le fil du rasoir entre folie et dignité et le choryphée Yong Geol Kim, très bien dans le rôle du Gitan, le sujet Laurent Novis comique à souhait dans le rôle de Gamache et le Toréador Espada blond de (qu’il alterne avec Basilio), flanqué de la charmante Karin Averty en Danseuse de rue, complétaient cette excellente distribution. Parmi les autres distributions, celle où Agnès Le Testu avait comme partenaire le formidable , qui a une distinction de grand danseur international, était, avec campant un très inquiétant Espada, d’un niveau digne des grands soirs du Ballet de l’Opéra de Paris. L’Orchestre de l’Opéra de Paris dirigé avec un très grand soin par Paul Connelly rendait justice à la très belle partition de Minkus.

Opéra de Paris-Bastille. Prochain spectacle du Ballet : « La Sylphide », chorégraphie de du 28 juin au 15 juillet.

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