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Hary, un ami qui vous veut du bien

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Paris. Théâtre du Châtelet. 13.VI.2004. Hary Janos, fable en un prologue, quatre aventures et un épilogue de Zoltán Kodály sur un livret de Béla Pausini et Zsolt Harsanyi d’après Janos Garay. Adaptation française de Florian Zeller. Mise en scène, décors et costumes : Jean-Paul Scarpitta. Chorégraphie : Georges Momboye. Lumières : Urs Schönenbaum. Avec : Gérard Depardieu (Hary, le Narrateur), Micha Lescot (l’Etudiant), Béla Perencz (Hary Janos), Nora Gubisch (Ilka), Lucia Schwartz (Marie Louise), Zita Varadi (l’Impératrice), Istvan Rozsos (Marci), Erick Freulon (Napoléon). Cymbalum : Cyril Dupuy. Chœur d’enfants Opéra-Junior de Montpellier (direction : Valérie Sainte-Agathe). Chœur de l’Opéra National de Montpellier (direction : Christophe Talmont). Orchestre National de Montpellier, direction : Friedemann Layer

hary_janos-300x403Eloge d’un peuple rêvant de disposer de lui-même, la genèse d’Hary Janos de commence dès 1900, la Hongrie n’étant alors qu’une composante de l’Empire Austro-Hongrois. Révoltés contre l’establishment germanophone de Budapest le compositeur et son comparse Béla Bartok ne cessèrent de chanter les louanges de leur folklore magyar tout au long de leurs vies, et ce longtemps après l’indépendance de leur nation (1918). Car Hary Janos est un rêve, une vaste fresque onirique et ironique d’une culture attachée à ses spécificités mais dont le discours peut être compris de tous. L’ambiguïté repose sur la forme elle-même de l’œuvre : pièce de théâtre dotée d’une vaste musique de scène, ou opéra fait de longs passages parlés ? Le public français s’y entendant peu en hongrois les artisans de la soirée on donc opté pour une simplification des dialogues, traduits et confiés à deux comédiens officiant en récitants, les chanteurs et danseurs étant dévolus aux déplacements scéniques.

a placé sa production sous le signe du songe : un rideau quasi invisible sépare les récitants — à l’avant scène — de l’action scénique. Les décors en trompe-l’œil, les subtils effets d’éclairages et la présence incessante de pantomimes et d’acrobates confirment l’ambiance virtuelle de l’œuvre. Car tout n’est qu’affabulation : Hary Janos, garde-frontière de l’empire autrichien au début du XIXème siècle, suscite le désir de ces dames, à commencer par l’Impératrice d’Autriche et sa fille, Marie-Louise, sauvée des prisons russes par notre héros. Mais aussi la jalousie de ces messieurs surtout par ses faits d’armes, puisqu’il réussit à battre et ridiculiser Napoléon en fédérant une armée hongroise moribonde. L’apologie de la Hongrie n’est faite que par clins d’œil et sous-entendus : ainsi Ilka — épouse d’Hary et symbole de la paysannerie magyare — chante une chanson dans laquelle où elle nourrit un insatiable poulet à deux têtes (raillerie de l’aigle à deux têtes, symbole de l’empire autrichien). Les soldats entament une complainte au début du troisième acte — ou plutôt de la troisième aventure — narrant leur désespoir de quitter leurs terres pour guerroyer en « pays étranger ». L’Empereur d’Autriche dans la quatrième aventure offre la main de sa fille à Hary lors d’un banquet lors duquel il découpe en deux un poulet rôti… à deux têtes. Mais le chantre de la nation hongroise refuse, préférant retourner à son humble condition.

La partition, plus connue sous forme de suite orchestrale, regorge de mélodies folkloriques enchâssées dans une orchestration luxuriante. Les chœurs sont légions — et pour cause — et sont plus importants que les parties solistes, parfois fort réduites tels les rôles de Marci, l’Impératrice ou Napoléon. L’Orchestre national de Montpellier et son directeur musical donnent le meilleur d’eux-même avec une énergie et une fraîcheur peu présentes dans les grandes formations parisiennes. L’écriture orchestrale est redoutable, notamment pour les cuivres souvent sollicités. Les chœurs étaient admirablement préparés et homogènes, l’ensemble des solistes n’appelait aucun reproche — à noter la remarquable performance de dans le rôle d’Ilka. Alors d’où venait ce malaise, cette impression de temps perdu qui se manifesta par des huées et sifflements dans le public, doublé de rappels d’une brièveté peu commune ? L’œuvre en elle-même, atypique et décousue, peut paraître déroutante. Le travail du metteur en scène, chargé d’unifier tout cela, n’est est que plus difficile, surtout en raison des longs passages orchestraux — l’ouverture dure plus d’un quart d’heure et est suivie… d’une seconde ouverture !!! Les parties dansées n’étaient pas du niveau de l’interprétation musicale, la chorégraphie étant une espèce de fourre-tout où se télescopaient des influences de Béjart, de danse africaine ou populaire d’Europe centrale parfois de manière incongrue. Le jeu des danseurs était lui-même plutôt pataud et pesant. Mais l’incompréhension du public vint du premier rôle, celui de . Outre une sonorisation déplorable des voix des comédiens le célèbre acteur — qui lisait sont texte, malgré ses déplacements scéniques et alors que Micha Lescot le connaissait par cœur — semblait être totalement détaché du contexte et de l’histoire, si ce n’est un bref passage vers la fin où, enfin, l’esprit ironique et désespéré de l’œuvre semblait le toucher. Nous étions bien loin du rêve voulu par Scarpitta avec ces longs soliloques monotones et monocordes, le regard plongé sur ses feuilles, semblant nier l’existence d’un auditoire, alors qu’il devait nous conter une fable… Le public ne s’y est pas trompé. Certes une telle œuvre, si peu représentée en dehors de son pays d’origine, nécessitait quelques arrangements pour être compréhensible et surtout une tête d’affiche pour être attirante. Mais de là à faire prendre des vessies pour des lanternes…

Credit photographique : (c) DR

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Paris. Théâtre du Châtelet. 13.VI.2004. Hary Janos, fable en un prologue, quatre aventures et un épilogue de Zoltán Kodály sur un livret de Béla Pausini et Zsolt Harsanyi d’après Janos Garay. Adaptation française de Florian Zeller. Mise en scène, décors et costumes : Jean-Paul Scarpitta. Chorégraphie : Georges Momboye. Lumières : Urs Schönenbaum. Avec : Gérard Depardieu (Hary, le Narrateur), Micha Lescot (l’Etudiant), Béla Perencz (Hary Janos), Nora Gubisch (Ilka), Lucia Schwartz (Marie Louise), Zita Varadi (l’Impératrice), Istvan Rozsos (Marci), Erick Freulon (Napoléon). Cymbalum : Cyril Dupuy. Chœur d’enfants Opéra-Junior de Montpellier (direction : Valérie Sainte-Agathe). Chœur de l’Opéra National de Montpellier (direction : Christophe Talmont). Orchestre National de Montpellier, direction : Friedemann Layer

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