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Savary sous le charme de la Carmen de Béatrice Uria-Monzon

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Orange. Théâtre antique. 31-VII-2004. Carmen, opéra en quatre actes de Georges Bizet sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène et décors : Jérôme Savary, costumes : Michel Dassarat, lumières : Alain Poisson. Avec : Béatrice Uria-Monzon (Carmen), Roberto Alagna (Don José), Norah Amsellem (Micaëla), Ludovic Tézier (Escamillo), Catherine Dune (Frasquita), Karine Deshayes (Mercedes), Nicolas Cavallier (Zuniga), Gilles Ragon (Le Remendado), Olivier Grand (Le Dancaïre), Didier Henry (Morales). Chœurs des Opéras de Nice, de Toulon et d’Avignon (chef de chœur : Giulio Magnanini), Ballet de l’Opéra-Théâtre d’Avignon, Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Myung-Whun Chung.

Savary sous le charme de CarmenChorégies d’Orange 2004

Un ciel étoilé sans aucun nuage, une toute petite brise de sud-ouest, des cigales qui ont su se taire bien vite – voilà pour l’ambiance inégalée du Théâtre antique d’Orange en cette chaude soirée d’été du 31 juillet, jour de la première d’une nouvelle production de Carmen, signée . En ce qui concerne la mise en scène, le théâtre antique lance pourtant un défi non négligeable : un plateau immense, aussi large que peu profond, qu’il faut d’abord savoir remplir. Pour cela, on pouvait évidemment compter sur le directeur de l’Opéra Comique comme l’avaient déjà montré ses Contes d’Hoffmann au même endroit, il y a quatre ans. Et comme à l’époque, Savary ne nous a pas déçu. Des figurants, des danseurs, des acrobates, voire un petit spectacle pyrotechnique au quatrième acte ont largement meublé l’espace sans que, pour autant, cela soit devenu le grand capharnaüm savarien comme il sait en proposer de temps en temps. Au contraire, avec des décors simples, mais impressionnants, merveilleusement intégrés dans le cadre du théâtre antique, le spectacle était bien en phase avec l’aspect grandiose des lieux. En plus, Savary n’a nullement abandonné les solistes à eux-mêmes, mais a fait preuve d’une direction d’acteur plus qu’efficace. On lui pardonnera donc quelques rares idées discutables, notamment d’avoir privé Carmen de ses castagnettes pour sa danse devant Don José et d’avoir parsemé la scène de cadavres de chevaux à l’acte trois, cadavres contre lesquels se coucheront plus tard des contrebandiers…

Côté musique, on ne pouvait qu’admirer le travail effectué par à la tête de ses musiciens de l’. En effet, s’il est déjà bien rare d’entendre une interprétation aussi nuancée dans un théâtre d’opéra, on ne s’y attend guère dans un festival en plein air. La direction de Chung était certes passionnée et passionnante, mais ne cédait jamais à la tentation de l’effet gratuit. Elle était, au contraire, variée, colorée et extrêmement attentive aux chanteurs qui, eux aussi, pouvaient ainsi risquer mille et une nuances et surtout nous faire profiter d’une diction pour la plupart exemplaire.

Et quels chanteurs ! Depuis qu’elle chante le rôle titre un peu partout dans le monde, est littéralement devenue Carmen. Bien plus sensuelle qu’il y a quelques années, la mezzo française est maintenant aussi à l’aise dans les deux premiers actes qu’en deuxième partie où elle se transforme admirablement en grande tragédienne. Vocalement, le rôle n’a plus aucun secret pour elle, sa voix chaude et ronde, riche en demi-teintes et couleurs, se déployant sans aucun effort sur toute l’étendue. A ses côtés, s’est également montré en grande forme. Comme on l’a pu entendre récemment dans Manon à Bastille ou dans Faust à Londres, il a su regagner une souplesse, une rondeur du timbre que l’on croyait perdues depuis qu’il s’était lancé dans des emplois bien lourds tels que le Trouvère ou Tosca. Ainsi, il a su nous offrir quelques piani et diminuendi à couper le souffle, sans renoncer, par ailleurs, à des aigus rayonnants, y inclus un contre-ut royal à la fin du deuxième acte. Mais Alagna n’exhibe pas seulement cette voix magnifique, bien au contraire. Son chant est toujours intense et il sait créer un personnage, vocalement et scéniquement.

Cela vaut également pour Micaëla et Escamillo, alias et . Si le timbre de la jeune soprano française se durcit par moments dans le forte, son expressivité et ses sons filés d’une grande pureté lui ont valut une ovation bien méritée à la fin de son grand air. Quant à , il s’est confirmé encore une fois comme un des plus grands talents lyriques du moment. La beauté du timbre, l’égalité des registres, la facilité de l’aigu d’une part, un chant des plus nuancés et une grande présence scénique de l’autre, en ont fait un des Escamillo les moins machos et les plus élégants qu’on ait pu voir sur une grande scène d’opéra ses derniers temps.

Quant aux seconds rôles, la politique de distribution s’est encore une fois avérée bien efficace. On pouvait ainsi se régaler des pétillantes Frasquita et Mercedes de et , du duo rien moins que parfait des contrebandiers que constituaient et Olivier Grand ainsi que du Zuniga élégant de . Seul en Morales était un peu retraite face à cette distribution de rêve.

Le public, à la fin, s’est montré bien enthousiasmé et a salué le chef et les chanteurs par de longues ovations. Seul l’accueil réservé à a été quelque peu mitigé.

redit photographique : (c) Grand Angle Orange

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Orange. Théâtre antique. 31-VII-2004. Carmen, opéra en quatre actes de Georges Bizet sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène et décors : Jérôme Savary, costumes : Michel Dassarat, lumières : Alain Poisson. Avec : Béatrice Uria-Monzon (Carmen), Roberto Alagna (Don José), Norah Amsellem (Micaëla), Ludovic Tézier (Escamillo), Catherine Dune (Frasquita), Karine Deshayes (Mercedes), Nicolas Cavallier (Zuniga), Gilles Ragon (Le Remendado), Olivier Grand (Le Dancaïre), Didier Henry (Morales). Chœurs des Opéras de Nice, de Toulon et d’Avignon (chef de chœur : Giulio Magnanini), Ballet de l’Opéra-Théâtre d’Avignon, Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Myung-Whun Chung.

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