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Il était une fois en Italie…

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Gioachino Rossini : Il Signor Bruschino ; Farsa giocosa en un acte. Livret de Giuseppe Foppa. Gaudenzio : Giorgio Caoduro. Sofia : Corinna Mologni. Bruschino padre : Roberto De Candia. Florville : Riccardo Botta. Commissario : Stuart Patterson. Filiberto : Evgueniy Alexiev. Marianna : Delphine Gillot. Bruschino figlio : Humberto Ayerbe Pino.

Giacomo Puccini : Gianni Schicchi ; Opéra en un acte sur un livret de Giovacchino Forzano. Gianni Schicchi : Roberto De Candia. Lauretta : Corinna Mologni. Zita : Cinzia De Mola. Rinuccio : Riccardo Botta. Gherardo : Stuart Patterson. Nella : Katia Vellataz. Betto : Evgueniy Alexiev. Simone : Alessandro Svab. Marco : Giorgio Caoduro. La cies ca : Delphine Gillot. Notaio /Dottore : Alexandre Diakoff.

Mises en scène : Mariame Clément. Décors et costumes : Julia Hansen. Lumières : Hervé Audibert. Orchestre de Chambre de Lausanne placé sous la direction musicale de Corrado Rovaris. Nouvelle production de l’Opéra de Lausanne.

schicchi_1-300x476« Il Signor Bruschino » de Rossini et « Gianni Schicchi » à l’Opéra de Lausanne

L’Opéra de Lausanne a auguré sa saison 2004-2005 avec un diptyque pleinement original. En effet, deux ouvrages italiens issus d’époques différentes se sont succédé pour former une seule et même soirée à l’opéra. Une heure et un quart de Rossini avant une petite heure de Puccini, la recette peut sembler hardie. Et pourtant, les maîtresses d’œuvre sont parvenues à donner corps à l’entier de cette aventure italienne grâce à une scénographie astucieuse que soulignaient une direction d’acteurs malicieuse et un sens comique peaufiné jusque dans ses moindres détails. et , que le soussigné avait rencontrées pour vous il y a quelques semaines (lire l’interview), sans dévoiler avant le premier lever de rideau les tenants et aboutissants de leur travail mené en commun, s’étaient toutefois laissé aller à quelques confidences. Ainsi apprenait-on que les pièces allaient être reliées l’une à l’autre par des jeux sur les couleurs, des traits de caractère communs entre les personnages au-delà du temps, personnages que camperaient parfois les mêmes acteurs-chanteurs. Tout un jeu subtil de passerelles qu’ont effectivement tendues les deux scénographes. Les deux jeunes femmes ont mûrement pensé les parallèles pouvant se retrouver entre l’univers de la farce rossinienne d’Il Signor Bruschino, qui conduit le spectateur dans un labyrinthe fait de subterfuges, de quiproquos cocasses et d’usurpations d’identité, et l’univers plus sarcastique de Gianni Schicchi et ses fourberies pour mettre la main sur un héritage soudainement destiné à l’Eglise. L’idée de génie, qui sert aussi de fil conducteur à la soirée, est sans conteste le lieu unique que l’on visite à des époques différentes. D’abord, dans l’univers de Bruschino, le lieu apparaît sous les traits d’une maison de commune italienne contemporaine échafaudée sur les bases d’une ancienne demeure de nobles dont les fresques originales n’ont été entamées que par un ascenseur et un mobilier aussi fonctionnel que discret. Ensuite, chez Puccini, ce même lieu est la chambre à coucher, au XVe siècle, de feu Buoso Donati, au chevet duquel les descendants directs complotent avec Schicchi pour que l’héritage substantiel de l’aïeul fraîchement décédé ne leur échappe point.

Ce diptyque, ainsi traité par et , se livre un peu comme une saga familiale dont on n’aurait retenu que deux épisodes marquants en remontant le temps sur plusieurs siècles. Pour présenter cette famille (rien n’interdit de penser que ces deux familles sont issues d’une souche commune), la veine comique de Rossini est idéale. D’autant qu’Il Signor Bruschino apparaît comme « un péché de la fleur de l’âge » de l’Italien. En un seul acte, sa musique rappelle l’essentiel de ses procédés. Les airs à vocalises, les exigences en matière de logorrhée virtuoses et les ensembles dignes de ses plus belles pages s’égrainent comme pour former une distillation avant l’heure de l’entier de son legs lyrique, des premiers opéras à Guillaume Tell. L’ brille sous la conduite alerte du chef , souvent invité à diriger depuis la fosse lausannoise. Souple et vif, il se marie au plateau ou anticipe les interventions des chanteuses et chanteurs. Le haut du panier de la distribution est occupé conjointement par (soprano) et (baryton). Ils livrent tous deux un Rossini volubile, enlevé et très expressif autant par le jeu que par le chant. La projection du baryton et l’assise de sa voix impressionnent tandis que chez , la gracilité de ses aiguës le dispute à sa conviction dans les forte. Le ténor Riccardo Botta et la basse , dont les mimiques soulignent la remarquable « italianité » du style, plaisent sans réserve, tout comme le reste de la distribution, aux qualités multiples et idoines.

Chez Puccini, ces qualités vocales se retrouvent. La musique se fait bien sûr plus vibrante, plus large. L’orchestre souligne merveilleusement la perfidie et la veulerie et alterne entre tensions et sections plus allantes. Flot musical continu, la partition de Puccini épouse la dramaturgie, conduit le récit sans redondances et sans corseter l’intrigue. La direction de culmine au travers d’une dynamique très nourrie et par des contours dessinés d’un geste sûr et d’une grande noblesse. Lauretta (Corinna Mologni) met le public en pâmoison en chantant l’air dans lequel elle implore la pitié de son père alors que mêle habilement parodie, humour et cynisme autoritaire pour subtiliser la fortune des Donati. Les ensembles sont livrés avec aplomb et les voix fusionnent idéalement tout au long de cette courte heure en compagnie d’un des plus célèbres volets du triptyque puccinien.

Avec cette distribution et pour son début de saison, Lausanne surfe sur le haut de la vague et consacre deux jeunes femmes dont le travail réalisé appelle toutes les mentions.

Crédit photographique : (c) Marc Vanappelghem

 

<strong> </strong>: <em>Il Signor Bruschino</em>&nbsp;; Farsa giocosa en un acte. Livret de <strong>Giuseppe Foppa</strong>. Gaudenzio&nbsp;:<strong> </strong>. Sofia&nbsp;: <strong>Corinna Mologni</strong>. Bruschino padre&nbsp;:<strong> Roberto De Candia</strong>. Florville&nbsp;:<strong> Riccardo Botta</strong>. Commissario&nbsp;: <strong></strong>. Filiberto&nbsp;: <strong></strong>. Marianna&nbsp;: <strong></strong>. Bruschino figlio&nbsp;: <strong>Humberto Ayerbe Pino</strong>.<br /><br /> <strong></strong>&nbsp;:<strong> </strong><em>Gianni Schicchi</em>&nbsp;; Opéra en un acte sur un livret de <strong>Giovacchino Forzano</strong>. Gianni Schicchi&nbsp;: <strong>Roberto De Candia</strong>. Lauretta&nbsp;:<strong> Corinna Mologni</strong>. Zita&nbsp;:<strong> Cinzia De Mola</strong>. Rinuccio&nbsp;:<strong>    Riccardo Botta</strong>. Gherardo<strong> </strong>:<strong> </strong>. Nella&nbsp;: <strong>Katia Vellataz</strong>. Betto&nbsp;:<strong> </strong>. Simone&nbsp;:<strong> Alessandro Svab</strong>. Marco&nbsp;: <strong></strong>. La cies ca&nbsp;:<strong> </strong>. Notaio /Dottore&nbsp;: <strong>Alexandre Diakoff</strong>.<br /><br />Mises en scène&nbsp;: <strong>Mariame Clément</strong>. Décors et costumes&nbsp;: <strong>Julia Hansen</strong>.<strong> </strong>Lumières&nbsp;: <strong>Hervé Audibert</strong>. <strong></strong> placé sous la direction musicale de  <strong>Corrado Rovaris</strong>. Nouvelle production de l’Opéra de Lausanne.

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Gioachino Rossini : Il Signor Bruschino ; Farsa giocosa en un acte. Livret de Giuseppe Foppa. Gaudenzio : Giorgio Caoduro. Sofia : Corinna Mologni. Bruschino padre : Roberto De Candia. Florville : Riccardo Botta. Commissario : Stuart Patterson. Filiberto : Evgueniy Alexiev. Marianna : Delphine Gillot. Bruschino figlio : Humberto Ayerbe Pino.

Giacomo Puccini : Gianni Schicchi ; Opéra en un acte sur un livret de Giovacchino Forzano. Gianni Schicchi : Roberto De Candia. Lauretta : Corinna Mologni. Zita : Cinzia De Mola. Rinuccio : Riccardo Botta. Gherardo : Stuart Patterson. Nella : Katia Vellataz. Betto : Evgueniy Alexiev. Simone : Alessandro Svab. Marco : Giorgio Caoduro. La cies ca : Delphine Gillot. Notaio /Dottore : Alexandre Diakoff.

Mises en scène : Mariame Clément. Décors et costumes : Julia Hansen. Lumières : Hervé Audibert. Orchestre de Chambre de Lausanne placé sous la direction musicale de Corrado Rovaris. Nouvelle production de l’Opéra de Lausanne.

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